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Felix n'aurait jamais cru qu'avoir un parloir était compliqué. Maintenant qu'il se trouvait dans le lieu de détention de Minho, il voulait immédiatement repartir. C'est alors que la raison qui l'avait poussé à venir surgissait alors que Felix s'apprêtait à plusieurs reprises à rentrer chez lui et se mettre en boule sous sa couette. Le blond s'était rendu plus d'un quart d'heure en avance par rapport à l'heure donnée du parloir : 15H00. Il n'avait qu'une heure, ou moins, avec Minho. C'était largement suffisant. Voire trop. Il n'y avait presque personne dans le hall. Une femme avec son mari. Lorsque ce fut le tour de Felix, il tendit avec hésitation sa pièce d'identité au surveillant. Il déposa également quelques effets personnels  -- interdits dans les parloirs. 

Felix passa ensuite sous un portique, comme dans les aéroports pour les bagages. Le détecteur ne sonna pas. Un soupire de soulagement gagna Felix. Même s'il n'avait rien de dangereux sur lui, ça le stressait de passer sous les portiques. 
Il patienta dans la salle d'attente avec le couple. Le surveillant se gratta l'arrière de la nuque, sur ses cheveux blancs coupés assez courts. Ses doigts fins tenaient une feuille dans sa main où était inscrit des noms et des chiffres. 

- Monsieur Lee Felix, veuillez vous rendre à la salle numéro 8 et patientez, le détenu arrivera dans les minutes qui suivront. 

Felix se dressa droit comme un piquet et sortit de la salle d'attente pour s'engager dans un loin couloir parsemé de portes sur les côtés. Certaines étaient ouvertes, d'autres fermées et impossible de voir à l'intérieur. Felix se rapprochait inexorablement de la salle numéro 8. Son cœur battait la chamade et son estomac remontait progressivement dans sa gorge. 

Ne vomis pas maintenant, pitié. 

Les jambes de Felix flanchèrent un peu et il dut se rattraper au mur pour continuer. Des sueurs froides lui envahissaient la nuque et les tempes. Il soufflait pour relâcher la pression. Mais elle ne faisait que s'accumuler. Chaque pas qu'il faisait devenait lourd, fatiguant et stressant. 

Felix releva la tête, faisant face à son destin. Tout un tas de questions trônait dans sa tête. 

Felix se trouva à l'entrée de la salle vide. Enfin, pas exactement. Elle était séparée en deux par un plexiglas. Deux moitiés de table et plusieurs trous dans la séparation pour entendre de l'autre côté. Felix prit place sur sa chaise, jouant avec ses doigts, la tête baissée. 
Quelques instants plus tard, une porte en face grinça, laissant entrer trois personnes. Felix retint son souffle avant de relever la tête. 

Minho était là. 

Minho. 

Entouré de deux surveillants. Felix contracta sa mâchoire. Minho semblait ne pas le regarder, pourtant, ses yeux fixaient un point étrange. Une fois Minho assis sur la chaise, les surveillants sortirent de la salle pour laisser les deux en intimité. Felix dévisageait à présent  l'inconnu  en face de lui. 

Son aura qui émanait de lui n'était pas aussi chatoyante et criminelle qu'avant. Elle semblait avoir dépéri. Felix ne le reconnaissait  pas. Du Minho du passé qu'il restait, seul son physique n'avait pas trop changé. Un peu amaigri et plus sombre. Ses cheveux bruns retombaient sur son front et cachaient un peu ses yeux. Ses yeux chocolats n'avaient que peu de réactions, tout comme son corps en général. Habillé d'un simple pull bleu marine et d'un jean et aux pieds : des Doc Martens

De longues minutes passèrent sans que l'un ni l'autre ne se mette à parler. Le silence rendait le temps long, mais les minutes qui s'écoulaient demeuraient tout de même précieuses. 

- Bonjour... Minho. 

Felix s'était décidé à entamer la conversation, même s'il se doutait qu'elle ne serait pas florissante. Minho lui adressa à peine un regard mais semblait encore fixer devant lui. Son attitude sonnait pitoyable aux yeux de Felix. 

- Un an a passé déjà. 

Felix crut voir Minho hocher la tête à peine. 

- Pourquoi ? Pourquoi tu m'as gardé autant de temps avec toi Minho ? 

Aucune réponse. 

- Pourquoi ?! 

Felix avait élevé la voix. Quelques larmes s'amoncelaient déjà dans ses yeux fatigués. Ses poings sur ses genoux se serrèrent. Son pouls s'affolait. L'envie de vomir revenait mais Felix la retenait tant bien que mal. 

- ...pourquoi tu ne te justifies même pas... 

Cette fois, Minho cligna plusieurs fois des yeux rapidement. Ce n'était pas de l'étonnement. Loin de là. C'était autre chose que Felix ne parvenait pas à identifier. 

- J'imagine que tu ne me répondras pas. 

- Non. 

Felix sursauta légèrement. La voix de Minho aussi avait changé. Un peu plus grave et éraillée. Il détourna le regard vers le mur à sa droite, bien qu'il n'y ait rien. 

- Je suis venu ici pour te dire adieu définitivement. 

Felix s'attendait à ce que Minho lui fasse une remarque sarcastique, comme il faisait d'habitude. Un peu dans le genre : Tu veux mettre fin à ta vie en gros ? Tu veux que je culpabilise ? 
Mais rien de tout ça. Minho ne détachait pas ses yeux du mur. Sa bouche s'ouvrit à peine. 

- Pourquoi tu ne dis rien ? 

- Felix. 

Le cœur de ce dernier rata un battement. Cela faisait plus d'un an qu'il n'avait pas entendu son prénom sortir de  sa  bouche. Il résonnait différemment à ses oreilles à présent. C'était... plutôt sombre. 

- Quoi...? 

- Oublies. 

- Oublier quoi ? 

Aucune réponse à nouveau. 

- Minho... 

Troisième fois que Felix disait son prénom. Il n'allait pas l'utiliser plus longtemps. Cela lui rappelait trop de souvenirs mauvais. 

- Si tu crois que je vais mourir, tu te trompes. Je vais vivre avec ce que j'ai vécu. Peu importe si c'est dur... que je pense à la mort tous les jours, je vais vivre. Pour moi. 

Felix s'était levé, les poings abattus sur sa table et regardant Minho de haut. Une telle lueur de détermination brûlait dans son regard. Minho avait planté ses yeux dans les siens, presque étonné de voir Felix comme ça. En fait, il ne l'avait jamais vu si déterminé. 

- A-alors... 

Soudainement, Minho se leva à son tour. Il avait plaqué une main sur la vitre séparant les deux garçons et défiait Felix du regard.  La mine de Minho demeurait assombrie. Si rien ne les séparait, Minho aurait plaqué Felix sur le mur de derrière. 

- Vis, alors. 

Felix s'était reculé par réflexe. Il n'avait plus l'habitude d'avoir quelqu'un d'aussi proche de lui. Enfin...  proche

- Surveillant, appela Minho, s'étant éloigné de la vitre. 

- A-attends Minho ! 

L'interpellé jeta un regard par-dessus son épaule, les sourcils froncés et le regard énigmatique. Felix baissa un instant les yeux avant de regarder de nouveau Minho, ayant un voile de doutes éphémères.

- Adieu. 

Felix ne cilla pas une seconde. Un léger poids s'était soulevé de son cœur. C'était déjà un bon début. Minho, quant à lui, ses yeux s'écarquillèrent sensiblement. 
Tandis que les deux surveillants entrèrent dans la pièce pour récupérer Minho, Felix observait le moindre de ses faits et gestes.
Cela lui rappela le jour où la police l'avait retrouvé. Minho ne s'était pas défendu. Io s'était laissé emmené.

Felix ne quitta pas Minho du regard jusqu'à ce qu'il parte de la pièce.
Un détail avait frappé Felix et il s'était figé sur place. La porte se referma sur les surveillants et le détenu.

Mais comment est-ce possible...?

Une larme avait coulé sur la joue de Minho.

stalker↝†

𝘀𝘁𝗮𝗹𝗸𝗲𝗿† ₍ᐢ ̥ ̮ ̥ᐢ₎ ᵐⁱⁿˡⁱˣOù les histoires vivent. Découvrez maintenant