Les portes enfoncées par Iris lors de sa première venue sont restées en l'état. Les trois jeunes gens entrent dans le long couloir qui mène au poste de contrôle sécurité. Iris est en tête, suivie par Aloès, et Airelle ferme la marche. La porte derrière eux bouge. Les gonds arrachés et pliés en font autant. La porte se soulève, et se remet toute seule en place sur ses gonds à nouveau droits. Le mécanisme des serrures se met en mouvement.
— Il nous enferme, dit Aloès...
— Rien ne m'empêchera de détruire cette porte une deuxième fois, dit Iris.
Les trois amis continuent leur progression. Ils aperçoivent à deux mètres sur la droite la porte donnant sur le poste de contrôle.
Iris et Aloès s'engagent dans la pièce et tombent sur Narcisse Anicet, assis sur un fauteuil, jambes croisées, le coude posé sur la table. Iris, discrètement, fait signe à Airelle de rester dans le couloir.
— Iris ! lance Anicet. Nous t'attendions. Je vois que tu as réussi à surmonter les petites épreuves que Sigü a mis sur ton chemin. Mais nous n'en doutions point. J'espère que ce fût aussi divertissant pour toi que pour nous.
Puis, le vieil homme se tait et dévisage la jeune femme.
— Oui, tu ressembles beaucoup à ta mère, reprend Anicet à voix basse. Les yeux surtout. Ce vert sans profondeur... Avez-vous une âme dans votre famille, Mademoiselle Astragal ?
— Mon âme se porte certainement mieux que la vôtre, siffle Iris d'un ton cassant.
— Que sais-tu de mon âme Iris ? rétorque le vieillard. Sais-tu ce qu'elle a enduré ?
— Je connais votre histoire, j'ai lu la lettre de ma mère.
— Ah oui, la lettre ! Mon fils l'a sauvée des flammes cette nuit tragique où tes parents sont morts. J'ai pensé, en te la remettant, que tu comprendrais ainsi combien j'ai pu souffrir.
Iris la sent à nouveau, cette colère en elle, bien plus assumée qu'avant. Narcisse Anicet en a conscience et dit :
— Oui, moi aussi j'ai senti cette fureur. Mais j'ai réussi à surmonter l'épreuve. J'ai gardé mon fils, et j'ai abandonné l'amour de ma vie avec son Orkyd. Malin cet Orkyd... Il a réussi à créer des systèmes d'émetteurs à ultra-sons miniaturisés, rien qu'en découvrant mon système. Car c'est moi qui ai découvert toute cette technologie.
Anicet se lève.
— C'est moi qui ai d'ailleurs tout découvert ici ! Connais-tu le Projet Global, Iris ? Tu y es, en plein dedans ! Au début du vingt-deuxième siècle, quand les dirigeants ont coupé internet, coupé les câbles sous-marin, détruit les data-centers, ils n'ont pu se résigner à entièrement tout effacer. Ils se sont dit qu'un jour, peut-être, nous trouverions une solution plus écologique pour faire fonctionner tout ça. Alors ils ont laissé en marche celui-ci, en y réunissant un maximum de données. Et puis, le changement climatique, suivi du chaos, les guerres civiles, la famine, les maladies, et tout le reste, ont plongé tout ça dans l'oubli. Jusqu'à ce qu'un gamin un peu curieux, moi, le redécouvre lors d'une de ses explorations. Un endroit idéal pour y faire des recherches.
Narcisse Anicet fait une pause. Aloès, en Clairvoyant convaincu, ne peut s'empêcher de parler de Sigü.
— Et Sigü ? Pourquoi l'avoir créé ? Que se passe-t-il dans les mines du sud, là où sont extraites les terres rares ? On a des témoignages de gens qui ont vu des étangs entiers de matière polluée. Et pourquoi devrions-nous rester confinés dans cette zone soi-disant protégée ? Ce n'est qu'une manière de garder la main mise sur les gens. Vous agissez en dictateur !
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IRIS
Science FictionIris rêve de partir et de découvrir le monde hors de la « Zone Protégée ». Iris s'interroge, cherche, doute. Iris est perplexe... Elle a vingt ans, nous sommes à la fin du vingt-deuxième siècle, et elle a grandi dans un contexte où les survivants d...
