Le général Aldrov est dans son bureau au Ministère de l'Armée. Il a le rapport du Commandant Scirpe sous les yeux. Le téléphone retentit. C'est la ligne directe du Président. Le général décroche.
— Monsieur le Président ?
— Général ! Je suis sûr que vous êtes au courant des derniers évènements... Ah, mais oui, bien sûr, vu que vous en êtes l'instigateur ! Sachez, Aldrov, que je ne comprends pas votre stratagème sur ce coup là. Pourquoi n'avoir envoyé qu'une petite escouade chercher les Clairvoyants ?
— Je voulais être sûr des renseignements qui m'ont été fournis. J'ai moi aussi une question, Monsieur le Président : que faisait Datura Stram là-bas, Monsieur le Président ?
— Lui aussi vérifiait quelques renseignements, mais cela ne vous regarde pas, Aldrov. Vous avez maintenant ordre d'envoyer une escadrille dans cette zone et d'éliminer tous les Clairvoyants que vous y trouverez. Est-ce bien compris, Général ?
Aldrov ne répond pas. Funesta semble s'impatienter.
— Général, m'avez-vous compris ?
— C'est Sigü qui vous en donne l'ordre, n'est-ce-pas ?
Le président est surpris par la question. Le vieux général n'a pas l'habitude de parler ouvertement de Sigü. Ce sujet n'est jamais abordé entre eux. Il fait partie de ces choses non dites, mais dont ni l'un ni l'autre ne sont dupes.
— Vous le savez bien, Général, que cela vient de Sigü, répond Funesta en réprimant sa colère.
Un court silence s'ensuit. Puis, comme fatigué, Funesta abandonne quelque peu son rôle : il objurgue Aldrov de ne pas faire de faux pas.
— Soyez sur vos gardes. Je pense que vous avez réussi à faire de Sigü un de vos ennemis. Et c'est de loin le plus dangereux. Si vous voulez un bon conseil : évitez de rester seul.
Aldrov est animé par des sentiments complexes et contradictoires. « Iris... Etonnante Iris... D'où tient-elle ses pouvoirs ? Elle est comme cet homme qui l'a sauvée il y a seize ans... Et comme ce... Xantium. Il est fort possible que... oui... cet homme et ce Xantium soient la même personne. C'est logique. Xantium... Il veillait sur Iris. Il est mort maintenant. Il faudrait que... Oui, il faudrait en avoir le cœur net. » Une idée commence à germer dans l'esprit du général. « Oui, je vais aller trouver les Clairvoyants... Ils ont quelque chose qui m'intéresse. »
*
Université de Bioclimat. Les bâtiments s'érigent en remparts affrontant des bourrasques qu'Iris juge encore plus fortes qu'avant. Le contraste avec la jungle des Clairvoyants est saisissant. Dans le ciel, d'immenses nuages tracent leur route vers les terres, soufflés par le suroît. La nuit commence à poindre à l'est. Iris et Airelle discutent dans leur chambre.
— Tu as vu l'affiche concernant le Professeur Stram dans le hall ? demande Airelle.
— Oui, ils attendent un remplaçant pour les cours de Chimie.
Iris ferme les yeux.
— C'est bizarre. Je... Je n'arrive pas à m'en vouloir de sa mort.
— Peut-être parce que tu n'es effectivement pas responsable.
— C'est quand même moi qui l'ai tué, Airelle. Je ne l'ai même pas vu. J'étais tellement en colère. C'était comme si toute la nature autour de moi était aussi en colère avec moi... Ça m'a débordé, je voulais tellement anéantir Sigü. J'aurais dû éviter Stram, j'aurais dû réfléchir à mes actes, faire attention. Je... Je devrais être jugée pour ça... Parfois, je me fais peur. Je ne suis pas sûre que cette puce électronique fasse de moi quelqu'un de bien, Airelle. Mais il y a un côté tellement grisant... J'ai l'impression d'être au-dessus de tout et de tout le monde.
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IRIS
Science-FictionIris rêve de partir et de découvrir le monde hors de la « Zone Protégée ». Iris s'interroge, cherche, doute. Iris est perplexe... Elle a vingt ans, nous sommes à la fin du vingt-deuxième siècle, et elle a grandi dans un contexte où les survivants d...
