La déchirure

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Au jour d'aujourd'hui, la relation de mes parents ne tenait plus qu'à un seul fil.

Et ce fil, c'était moi.

Eux qui avaient été si aimants, si passionnés autrefois, ne cessaient désormais de se disputer pour tout et pour rien. Chaque mot devenait une arme, chaque silence une accusation. J'assistais à leur chute sans pouvoir intervenir, figée dans un rôle qui n'était pas le mien. J'étais leur fille. Rien de plus.

Je vivais enfermée dans deux mondes distincts, deux réalités qui faisaient de moi une hypocrite aux yeux de la morale.

Dans l'un, j'étais la petite fille calme, respectueuse et gentille que mes parents avaient élevée.
Dans l'autre, j'étais la sadique. Celle qui tuait sans aucun regret.

Le jour et la nuit représentaient ces deux mondes. Et je n'avais pas honte de l'admettre : j'aimais celle que j'étais devenue.

Les vibrations de mon téléphone me réveillèrent brutalement. Comme d'habitude, mon cher cousin venait faire son boulot d'horloge.

S'il te plaît épargne moi tes dires j'en ai réellement marre de me faire gronder par toi, dis-je sans lui laisser le temps de parler.

Si je ne te trouve pas prête je te jure que je m'en irais seul au travail et je ferais en sorte que tu n'y soit pas accepté, menaça-t-il.

Sans me laisser répondre, l'appel se termina.

Je pris ses menaces au sérieux. N'ayant pas de voiture en ma possession, je devais me montrer discrète et respectueuse pour éviter que celui qui me servait de cousin ne mette ses paroles à exécution.

Habillée de ma tenue de travail, je descendis les escaliers, prête à accomplir mon devoir : travailler.

Bonjour maman comment tu va aujourd'hui je ne vais pas trop manger car je prévois de manger quelque chose dehors, dis-je en lui faisant un câlin.

Mais c'est une blague ou quoi, Khalifa m'a dit que tu étais en jeûne intermittent c'est pourquoi je lui ai donné ton petit déjeuner.

Ne t'inquiète pas maman je vais lui régler son cas à lui bon je m'en vais je tacherais de trouver un bon resto ou j'irai prendre le petit déjeuner je m'en vais.

Un bisou rapide sur la joue de ma mère me permit de commencer une nouvelle journée.

Ce calvaire quotidien avec mon cousin était imposé. Je n'avais guère le choix.

je t'en supplie épargne moi ta bouche pleine de malédictions s'il te plaît.

Il ne répondit pas. Il se contenta d'augmenter le volume d'une musique ancienne, savourant son silence comme une victoire.

Mon téléphone vibra de nouveau. Je reconnus aussitôt la sonnerie. C'était lui.

Bonjour toi j'ai attendu ton appel hier soir.

J'étais tellement pris que je me suis pas rendu compte que l'heure de notre rendez-vous téléphonique n'était plu je m'en excuse ma vie.

Ne t'inquiète pas à quelle heure est ton vol.

11h je suis déjà en route vers l'aéroport tu viendra me prendre j'espère.

Bidew qu'est-ce que tu es belle, me lança l'autre crevard.

Je savais exactement ce qu'il cherchait. Il savait où appuyer, et je devais subir.

PERDUSOù les histoires vivent. Découvrez maintenant