Flash-back
Le taxi venait à peine de s'immobiliser devant la maison de mes parents. J'étais certaine que mon patron avait déjà tout expliqué au chauffeur. De toute façon, je ne pouvais plus reculer. Il fallait affronter.
J'inspirai profondément, comme si l'air pouvait me donner du courage, puis je poussai la porte.
Ils étaient là. Tous les trois. Assis dans le salon d'accueil.
Mon estomac se retourna.
Putain... je vais vomir.
J'avançai lentement, chaque pas me semblant plus lourd que le précédent.
— Wa yow dagnouy la wakh ni chaque pas dagnouy lakoy diay...
(On t'a dit que les pas étaient à vendre ou quoi ?)
La voix fendit l'air avant même que je puisse lever les yeux.
Mon frère entra dans le salon, sourire aux lèvres, comme si tout cela l'amusait.
— C'est toi qu'on attendait, ajouta mon père, d'un ton neutre.
Ils savaient. Forcément.
Je devais parler. Leur dire ma vérité. Je n'étais pas une menteuse.
— Papa... je peux tout vous expliquer... je suis vraiment désolée, dis-je, la gorge serrée, à deux doigts de pleurer.
— On t'attendait pour le dîner, répondit ma mère. Tu veux nous expliquer quoi, juste ?
Je clignai des yeux.
Attendez... ils ne savaient donc pas pour mon renvoi ?
Un sourire involontaire étira mes lèvres. Un soulagement idiot, presque indécent.
— Non... je suis désolée d'être rentrée aussi tard... j'avais vraiment faim, m'empressai-je d'ajouter.
Je me dirigeai aussitôt vers la table.
Je ne m'étais jamais sentie aussi heureuse de mentir.
Après le repas, je remerciai ma mère, puis montai dans ma chambre.
Une joie étrange me traversait. J'avais l'impression d'être une criminelle... et j'adorais ça.
Mais je ne devais pas me tromper de combat. Il fallait d'abord trouver un travail. Un travail qui rapporte. Et surtout, un travail que j'aime. Parce que sans amour, je ne tiendrais pas.
Je me devais d'être heureuse.
Avez-vous déjà dansé et chanté dans les toilettes, même quand c'est interdit par nos religions ?
Moi oui.
Libérée. Faussant des notes avec une voix qui n'avait rien d'extraordinaire, mais qui, ce soir-là, criait la liberté.
Je sortis de ma « boîte de nuit » improvisée et regagnai ma chambre.
Il fallait que je l'appelle. Cette fille. Sans elle, je n'aurais jamais eu le courage de rentrer.
Je lançai l'appel.
— Allô ? C'est qui ?
*
Aminata Abdul Gaye
*
Hôpital Principal
Assise sur un fauteuil en cuir noir, mon regard était rivé à un tableau.
Une femme noire y était représentée, dégageant une assurance presque arrogante. Mais en y regardant de plus près, on devinait sa tristesse.
— Amina.
Je sortis de ma bulle.
— Oui Nancy... tu as duré, lui fis-je remarquer.
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PERDUS
NouvellesTous ne se passe pas comme ce qu'on avait prévu dans la vie. N'hésitez pas à entrer dans un monde où tout le monde est susceptible de se perdre
