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Ndiawa
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Une semaine s'était écoulée depuis le départ d'Amadou pour les États-Unis. Sept jours de calme relatif durant lesquels j'avais choisi de rester seule dans l'appartement, tentant de rassembler mes forces avant d'affronter un nouveau déménagement. Depuis que ces événements s'étaient abattus sur moi, je sentais mon cœur s'engourdir. Une sorte d'anesthésie émotionnelle m'envahissait, au point que je me demandais parfois s'il battait encore dans ma poitrine.
Ce soir-là, j'étais restée tard dans ma salle de classe, les yeux rivés sur mes manuels. La révision était mon seul refuge.
— Que faites-vous encore ici, Mademoiselle ?
Je sursautai et me retournai. C'était Monsieur Sarr, le professeur d'économie.
— Je révisais mes cours, Monsieur, répondis-je d'un ton neutre en rangeant précipitamment mes cahiers.
Je savais qu'il était chargé de fermer l'établissement, et je n'avais aucune envie de prolonger cet échange.
— Attendez, Mademoiselle Ly, m'interpella-t-il alors que je me dirigeais vers la porte.
— Oui, Monsieur ?
Je gardai une distance de sécurité. La réputation de ce professeur le précédait : il était connu pour ses tentatives de séduction persistantes envers les élèves.
— Si vous avez besoin de cours particuliers, je pourrais vous les offrir gratuitement.
— C'est très gentil de votre part, mais je n'en ai pas besoin, répliquai-je sèchement.
— C'est dommage pour vous... Je serais même prêt à vous offrir vos repas.
L'insistance dans son regard me mit mal à l'aise.
— Je crois que vous ne comprenez pas. Je n'en ai pas besoin. Maintenant, je dois rentrer.
— Très bien. Mais aidez-moi au moins avec mes bagages jusqu'à ma voiture pendant que je ferme ces deux salles.
Je l'observai un long moment, cherchant à déceler ses intentions. Finalement, pour en finir plus vite, j'acceptai de porter ses affaires à l'extérieur. Ne reconnaissant pas son véhicule, je restai sur le trottoir. C'est à ce moment que mon téléphone vibra. Un numéro inconnu.
— Oui, qui est-ce ?
— Ndiawa, c'est Khalifa. Tu es chez toi ? Ton frère m'a demandé de passer te récupérer avec tes valises.
— Je suis encore à l'école. Je me débrouillerai pour aller chez Bidew seule.
— Non. Envoie-moi ta localisation. J'ai promis à Amadou de m'en occuper.
— Bon, d'accord... murmurai-je en lui envoyant le point GPS.
— Je suis tout près. Attends-moi à l'intérieur de l'école.
Il raccrocha sans même attendre ma réponse. Quel connard. Et l'autre prof qui ne se décidait pas à sortir alors que ses sacs commençaient à me scier les bras.
Dix minutes plus tard, Monsieur Sarr réapparut enfin, un sourire mielleux aux lèvres.
— J'espère que l'attente n'a pas été trop longue ?
— Prenez vos affaires, Monsieur Sarr. Je suis fatiguée et je dois vraiment rentrer.
— Laissez-moi au moins vous offrir un repas avant de vous déposer.
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PERDUS
Short StoryTous ne se passe pas comme ce qu'on avait prévu dans la vie. N'hésitez pas à entrer dans un monde où tout le monde est susceptible de se perdre
