A l'époque ou la location vidéo était encore en vigueur, j'avais fréquemment affaire à des clients qui menaient visiblement une double vie.
Le premier cas auquel j'ai été confronté, m'a particulièrement marqué. Je m'en rappelle comme si c'était hier. Ce jour-là, j'inscrivis un nouveau membre. Je demandai au client, comme le règlement l'exigeait, de me fournir sa carte d'identité afin que je puisse remplir les formalités administratives. Durant ce temps, j'invitai le client à faire son choix parmi les films disponibles en magasin. Il revint au comptoir avec deux films gays. Je lui expliquai le plus banalement du monde les règles en vigueur du magasin. Pourtant, il semblait inquiet. Il me posa alors une question étrange :
– si j'ai du retard pour la restitution des films, est-ce qu'on envoie un courrier à mon domicile ? Je répondis par l'affirmative.
– est-ce que ce courrier stipulera le titre des films en retard ? ajouta-t-il
Évidement monsieur, lui répondis-je ! Je trouvai sa question plutôt étonnante.
– Je ne voudrais pas ma femme sache que je regarde des films gays.
Je me rappelle très bien, la réflexion que je me suis faite à ce moment.
– Putain, le mec est gay et sa femme ne se doute de rien ! Comme ça doit être difficile et frustrant de devoir vivre comme ça !
Autant le dire de suite, le client n'a jamais au grand jamais eu un seul retard dans la restitution des films loués.
J'ai eu plusieurs cas similaires et par la force des choses, je me suis habitué à ce genre de situation.
J'ai fini par sympathiser avec un client qui vivait ce genre de situation, nous avons eu des échanges très enrichissants. Je le soupçonnais même d'en pincer un peu pour moi.
Il m'expliqua qu'il venait d'une famille bien-pensante, catholique ou l'homosexualité n'avais pas sa place et était d'ailleurs, un sujet tabou limite diabolique. Le mec était marié à une femme qui ne s'est jamais doutée des véritables penchants sexuels de son mari. Le couple avait, si je me souviens bien, 3 enfants dont le plus âgés tenait régulièrement des propos homophobes. L'homme avait fini par avoir des amants occasionnels. Il connaissait bien évidement les lieux propices au rencontres éphémères entre gays. Parfois même jusqu'à s'adonner à ses envies sur les aires de repos d'autoroutes avant de rentrer tranquillement chez lui.
Il m'a un jour raconté que bon nombres de personnes dans ce cas se retrouvaient dans les saunas gays de Bruxelles durant leurs heures de table. Pour la plupart, personnes ne se doute un instant de leur orientation sexuelle. Le client me raconta un jour une histoire, ou à ma souvenance, il assista au match de football d'un de ses fils durant lequel il entendit la voix d'un supporter adverse qui lui sembla plutôt familière, de fait, c'était un habitué d'une aire de repos dans la proche banlieue de Bruxelles. Contre toute attente, cet homme vociférait à l'arbitre « enculé de PD !!! »
J'ai pu remarquer, après avoir rencontré des tas de gays dans le magasin, qu'une chose est sure, c'est qu'on est toujours beaucoup plus heureux quand on s'assume complètement.
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Non-FictionLes histoires délirantes d'un jeune homme vendeur dans un sex-shop
