14.

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Il est quatre heures du matin.

Nous venons enfin de sortir des galeries souterraines, ces couloirs humides, étroits et étouffants qui avaient servi de repaire à Voldemort et ses fidèles. La tension me quitte doucement, mais une fatigue profonde commence à m'envahir. Mes jambes sont lourdes, mon cœur encore battant, et mon esprit peine à croire que nous en sommes vraiment sortis vivants.

Devant nous s'étend la lisière de la Forêt Interdite, baignée dans une obscurité encore dense, mais teintée de reflets gris-bleu. Le ciel, bien que toujours sombre, commence doucement à changer de teinte. Une lueur pâle à l'horizon trahit l'arrivée imminente de l'aube. Le jour se lèvera bientôt.

Mais aucun de nous ne parle de retourner immédiatement au château. Pas encore.

Le silence du petit matin est apaisant. L'air printanier est doux sur ma peau, chargé de l'odeur de l'humus et des feuilles mouillées. Après l'horreur, le calme. Presque trop calme. Comme si le monde voulait lui aussi faire une pause.

Je m'éloigne du groupe. Juste de quelques pas. J'ai besoin de me retrouver un instant avec moi-même, de digérer ce qu'on vient de vivre. Une victoire, oui... mais à quel prix ? Et pour combien de temps ?

— Ça va ?

Je sursaute légèrement, surprise. Je me retourne et découvre Draco, les mains dans les poches, son visage à moitié éclairé par la lumière naissante.

— Oui... répondis-je doucement, avant de baisser un peu les yeux. Je suis désolée pour ton père...

Il secoue lentement la tête, un sourire presque triste aux lèvres.

— Ne t'en fais pas pour ça. Il a choisi son camp. Il fait une pause, puis demande d'une voix plus douce : Tu penses à quoi ?

Je prends une inspiration, mal à l'aise.

— Quand on s'est disputé... tu sais... tu as dit quelque chose, et je...

Il me fixe, intrigué, un brin amusé.

— Attends, tu veux dire que... on vient tout juste d'empêcher Tu-sais-qui de raser 90% de la population mondiale, et toi, la seule chose à laquelle tu penses, c'est notre dispute ? dit-il avec un sourire en coin, mi-amusé, mi-surpris.

Je ris nerveusement.

— Nooon... enfin... siii... mais pas comme tu crois ! Je commence à parler trop vite, les mots se bousculent. C'est surtout à un moment précis... tu as dit quelque chose et je sais pas si tu... enfin peut-être que c'était sous le coup de... ou alors tu pensais pas vraiment à... et quand t'as fait ça je me suis dit que tu...

Il s'avance d'un pas, ses yeux rivés aux miens, un air attendri sur le visage.

— ...et puis après c'était bizarre, je t'ai pas... enfin je suis pas sûre que...

Il me coupe doucement, sans moquerie, sans ironie, simplement avec tendresse.

— Je t'aime.

Je cligne des yeux, figée.

— Quoi ?

Il se rapproche encore, penche la tête vers mon oreille et répète, plus doucement :

— Je t'aime.

Un frisson me parcourt l'échine, et un sourire éclaire mon visage. Un vrai sourire. Le genre qu'on n'offre qu'une fois par an. Le genre de sourire qu'un enfant fait le matin de Noël.

A Demon InsideOù les histoires vivent. Découvrez maintenant