Essai 17 : PDV Hélias

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  - Gaïa... C'était le genre de fille un peu bizarre. Cette personne solitaire, que les gens prenaient soin d'éviter. Elle s'y plaisait. Était ce une habitude qu'elle a finit par accepter, ou un véritable confort ? Peut être un peu des deux. Il m'arrivait de la croiser dehors par temps de pluie. Là où tous se cachaient sous le grand préau pour fuir le fin crachin, elle fuyait l'amalgame épais d'êtres humains. Elle se prenait souvent des réflexions déplacées sur le fait qu'elle était présente sans vraiment l'être. Certains l'appelaient "la fille fantôme". Des rumeurs ont commencé à circuler sur elle, tout plus grossières les unes que les autres. Quand on ne disait pas qu'elle se liait avec des esprit, on la soupçonnait d'en être un elle même, coincé entre le monde des morts et des vivants. Elle a simplement une vision...différente des choses. Une perception inhabituelle. Les gens n'aiment pas ce qui sortent de l'ordinaire. Elle, elle était tout sauf ça. Elle aimait les études. Les seules lueurs que j'ai vu apparaître dans ses yeux se manifestaient lorsqu'elle observait le monde vivre autour d'elle. Les araignées, les pigeons, les mauvaises herbes. Les choses les plus anodines semblaient l'intéresser bien plus que n'importe quel outil culturel de nos jours. Elle aimait les mathématiques, beaucoup, tout comme les sciences. Pour autant elle ne s'est jamais intéressée aux films, aux jeux vidéos, aux animés et j'en passe... Même sur YouTube, elle n'y passait que peu de temps. Elle préférait rester plongée dans ses bouquins. Je l'ai déjà surprise à écrire, mais elle n'a jamais voulu me montrer ce qu'elle faisait. Elle dessinait aussi, quand cela s'avérerait utile. Quand elle avait du mal à comprendre un fonctionnement, elle en faisait un schéma. Je me demande où elle a appris à dessiner aussi bien. Contrairement à ce qui se disait, je pense qu'elle avait un côté très humain. Simplement... À sa manière. Elle n'a jamais souhaité prendre parti pour quoique ce soit. Ses solutions étaient toujours rationnelles. Mais c'était rassurant. Au moins, elle essayait toujours d'en trouver. Elle avait beau avoir l'air de ne rien ressentir, il était faux de dire qu'elle ne prenait pas en compte les émotions des gens. Elle avait conscience que c'était un facteur important, et elle a toujours pris le soin d'adapter ses idées à ses interlocuteurs. Elle aurait pu faire une bonne médiatrice. Aussi, il semblait qu'elle n'avait peur de rien. Même avec un esprit terre à terre, elle n'excluait pas les autres hypothèses tant qu'elles n'avaient pas été vérifiées. C'était une personne très respectueuse. Je crois qu'elle appréciait aider les gens. Bien plus que d'exprimer de la rancœur vis à vis de leurs propos. Je n'ai jamais su si il s'agissait d'un motif de divertissement, pour faire passer les heures et atténuer la solitude, où si elle le faisait par bonté de cœur. J'admets que... Sans la connaître, elle m'a toujours intriguée. J'ai vite compris en apprenant plus sur elle que les gens se moquaient d'une personne précieuse. Au début, je la suivais sans vraiment m'en rendre compte. Mais un jour, elle est venue à moi. Je crois qu'elle s'en était aperçue avant, mais qu'elle ne me l'a jamais dit. Elle aussi faisait ça après tout. Je me souviens de ce que je ressentais la première fois que j'ai entendu sa voix. Elle était distante, on pourrait dire froide, mais pourtant très douce. Un peu ferme, mais pas stricte. Un peu rassurante, mais pas chaleureuse. Une voix aussi neutre que son apparence. On dirait qu'elle faisait tout pour correspondre à cette neutralité. C'est vrai que son regard et son ton semblaient vide. Mais j'ai toujours pu y déceler quelque chose de plus, mais de lointain, très lointain en elle. J'aurai aimé le découvrir. J'aurai aimé qu'elle le découvre. Il est vrai, j'ai eu le béguin pour elle. Elle a été un grand soutien pour moi. C'est comme si elle en savait plus sur moi que moi même, qu'elle avait une solution à tout, qu'elle trouvait toujours les bons mots. Malheureusement, je n'ai pas pu me délecter du privilège de lui avoir fait découvrir l'amour. Peut être l'avait elle découvert dans les yeux de ma sœur. Mon cœur bat toujours un peu plus vite à la mention de son nom. Rien qu'en parlant d'elle, j'ai la sensation de sa chaleur qui m'entoure.

  Nous laissons quelques secondes de flottement pour s'assurer qu'elle ait bien terminé.

- Alors... C'était.... Comment ?

- Ça t'a aidé ?

- Je crois oui. Je ne pensais pas... Aller aussi loin.

- Tu n'es pas jalouse de ta sœur ?

- Honnêtement... Pas vraiment. Je sais que je n'ai pas mes chances avec elle. Je l'ai été à une époque, mais j'ai finit par l'accepter. Étonnement plutôt vite d'ailleurs. Je pense que Gaïa peut être une source de positivité pour elle. Elle est la seule à avoir la patience de supporter son caractère. De creuser à travers ses défenses, peu importe le nombre de fois qu'elle doit recommencer et le nombre de pièges supplémentaires qui lui seront tendus.

  - Je ne la savais pas aussi déterminée.

  - Moi non plus à vrai dire. Je crois qu'elle ne se rend même pas compte de tous les efforts qu'elle fait pour Amanda.

  - Tu crois que de parler d'elle au passé était une bonne idée ?

  - Je pense qu'elle n'était pas si mauvaise que ça. Je sais que ce n'est pas un deuil de sa mort. Simplement de mes sentiments. Mon cœur est beaucoup moins serré qu'avant maintenant. Ça m'a fait du bien de faire le point sur la vision que j'ai d'elle.

   - Ok... Tant mieux alors.

   - Merci Hélias.

   - Ah euh... De rien. Peut être que je devrais essayer moi aussi...

   - Comment ça ?

   - Oublie ça.

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