Essai 12 : PDV Hélias

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    -Et toi, tu ferais quoi si t'avais ton clone en face de toi ?
    - ...
    - Hélias...?
    - ...Je le frapperai. Je le frapperai partout où c'est possible de le frapper. Je le frapperai au ventre, au dos, aux jambes, au visage, au crâne, partout. Je prendrai mon cutter et je lui scarifierai la peau. Les jambes, les bras, les épaules, le visage, les mains, le cou. Je lui dirai à quel point il est immonde et repoussant, à quel point son existence est pitoyable, à quel point il est puéril, répugnant, stupide et j'en passe. Je lui dirai à quel point je le déteste. À quel point je me déteste. Je lui dirai toutes ses vérités, celles que je ne veux pas m'admettre. Je voudrais anéantir son existance. Je voudrais qu'il n'y ai plus aucune trace de son passage sur Terre.
   - ... Oh.
   - Puis quand j'aurai fini ma misérable crise existentielle, je l'emmènerai boire une bière dans un bar et je lui dirai que je suis désolé. Pas de lui avoir fait tout ça. Mais que je suis désolé pour lui. Désolé qu'il soit tombé sur moi, que ce ne soit pas le double de quelqu'un d'autre. Peut être même que je coucherai avec lui, juste pour voir, mais je me raviserai sûrement en voyant mon corps. Peut être que je le testerai en lui demandant ce que je ressens, ce que lui ressent. J'aimerai pouvoir lui dire que je l'aime. Mais il s'en fout lui, c'est pas lui qui a besoin d'entendre ça.
   Elle me regarde toujours en silence, piégée entre une expression de peine et de choc. Merde. J'aurais pas du hein...? J'aurai pas dû l'ouvrir. C'est pas une bonne idée d'être honnête avec les gens. Ils ont pas à subir ce que je me fais subir. Ils méritent pas ça. J'ai juste bien niqué l'ambiance.
Je suis pas foutu de parler à quelqu'un sans tout gâcher.
    - ...Désolé. T'avais pas besoin d'entendre ça, j'aurai pas d-
    Je n'ai pas le temps de finir ma phrase. Elle m'entoure de ses bras sans que je ne puisse me justifier. Ça aurait probablement été pire. Personne ne m'a jamais enlacé si tendrement. Merde... J'ai envie de pleurer. Je parlais avec ma colère, mais avec sa chaleur qui m'entoure je perds tout mes moyens, tout mon aplomb, mon hostilité. Sa chaleur que je n'ai pas l'impression de mériter. Je me sens comme un enfant qui se rend compte qu'il a fait une bêtise. Une grosse bêtise. Et qui regrette. Je suis désolé...
     - Arrête de te retenir. Ça doit sortir. Moi, je t'aime, et j'aimerai te voir dire que toi aussi tu t'aimes. Sincèrement, je veux dire. Mais là t'as besoin de dire que tu te détestes, t'as besoin de le crier haut et fort, de laisser s'échapper ce que tu gardes en toi depuis beaucoup trop de temps. T'as besoin que ce soit quelqu'un d'autre qui l'entende. C'est pas une honte de se haïr. Lâche toi, lâche tout...
     Elle chuchote au creux de mon oreille en caressant doucement mes cheveux. On dirait une mère avec son enfant. Une... quoi...? M-merde...
      - Je-
      Je craque.
      - J-J'SUIS DÉSOLÉ !!
      J'arrive plus à me retenir. Et puis merde, j'ai besoin que ça sorte. Je pleure. Encore et encore. Fort. Je tremble. J'essaie de prononcer quelques mots, d'exprimer mes regrets, mais je n'arrive plus à parler. Ma gorge se serre lorsque le moindre son construit s'apprête à sortir. Je sanglote, je m'arrête, je respire, puis je repars de plus belle, pris de court par un spasme de douleur. J'ai mal... J'ai si mal... À l'aide...

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