CHAPITRE III

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Adéis. Un homme à l'allure imposante et au caractère principalement insolent. Une liste qui mettrait en lumière ses défauts serait suffisamment longue pour être utilisée en guise d'écharpe et assurerait au passage à son porteur, un hiver bien au chaud. Mais ce qu'avait Adéis d'effrayant, c'était l'aura qu'il dégageait. Elle laissait comprendre à quiconque dans les alentours, qu'il était en capacité d'appliquer toutes les menaces qui sortaient de sa bouche. Sans exception. Et toutes les personnes présentent dans la pièce l'avaient bien comprit. Il lui avait suffit de quelques minutes pour changer drastiquement l'ambiance qui régnait jusque là dans la salle. Le contraste entre sa prise de parole qui revêtait une certaine dureté, et le calme olympien qu'il laissait transparaître était déstabilisant. Sa posture démontrait bien d'autres choses. Premièrement, qu'il n'éprouvait aucun plaisir à se trouver là. Deuxièmement, qu'écouter les autres converser jusqu'ici l'avait fortement agacé. Le seul bon point qui avait poussé Adéis à faire acte de présence aujourd'hui, c'était l'intérêt partiel qu'il pourrait tirer pour lui et les siens. L'égoïsme est l'unique chose qui explique sa présence actuelle. Les autres clans et leur situation lui importait peu. En réalité, personne n'avait besoin de lui et de son Clan. Il en avait conscience et c'est ce qui nourrissait sa rancoeur profonde. Le plus frustrant pour lui était d'avoir rapidement constaté qu'il dépendait des autres. Leur superficie, leur reconnaissance et leur puissance permettait à chacun de déposer un avantage sur la table. Mais pas lui. Son clan n'était pas reconnu, il était même inconnu. Et c'est ce qui leur faisais peur à tous autour de cette table. Ils étaient perçus comme des menaces imprévisibles et haineuses. Et ils avaient raison. Il ne s'agissait pas pour Adéis d'une campagne qui laverait son image et par extension, celle des individus qui composaient son Clan. Le monde leur avait suffisamment prit et il estimait qu'il n'était pas venu au monde pour prouver une humanité puéril dont lui et ses ancêtres avaient été privés auparavant. Non; lui était né pour tout prendre.

Son regard traversait la salle. Il ne s'attardait pas visuellement sur tous ceux qui étaient assis là, le regard presqu'honteux caché dans leurs baskets. Ce qu'il cherchait à ce moment précis, c'était la seule personne qui ne devait pas se sentir viser par sa petite tirade antérieure. Mettre en avant l'exception à une règle générale n'était pas son style. Mais l'une des rares qualités qu'on ne pouvait reprocher à Adéis, c'était bien son flair. Il était capable de reconnaître les qualités qui sommeillaient en chacun et de les exploiter à outrance. C'est d'ailleurs ce qui faisais de lui un chef de commando hors pairs. Il savait gracieusement récompenser ses soldats et les deviner au premier coup d'œil. Sa prise d'information n'était pas forcément axée sur le physique de son interlocuteur. Parfois, quelques mots échangés sur le papier suffisaient. Et ces quatre dernières années, il n'avait pas qu'un peu échangé avec celle qui était à l'origine du rassemblement d'aujourd'hui. Aliyah Alan'zhia était dans son viseur. Mais contrairement au reste des personnes qui remplissaient la pièce, il ne ressentait nullement le désir de tirer sa balle. Elle était bien la seule qui ne lui provoquerais un réflexe vomitif. Et pourtant, elle manquait présentement à l'appel. La frustration lui fit taper sa langue sur son palais.

Où est-elle ? Se demanda t-il en effectuant un nouveau tour de table de ses yeux.

Et soudainement, son regard s'arrêta sur le chef de la famille Alan'zhia. Et en le voyant, une bribe de l'un de leurs échanges lui revint en mémoire. Aliyah provenait d'un Clan dans lequel les femmes n'étaient pas décisionnaires. Que ce sois politiquement, ou dans des décisions plus personnelles de leurs vie, les femmes n'étaient pas celles qui dictaient, mais plutôt celles qui obéissaient. C'était un fonctionnement complètement étranger à son Clan à lui. Et, il est vrai qu'il en pensait bien des choses. Et peut-être qu'après tout, son opinion avait été partiellement influencée par celle d'Aliyah. Elle débordait d'un désir inéluctable de décider et d'agir. Il était alors naturel qu'Adéis se questionne sur son absence. Du peu qu'il en avait déduit d'elle, elle n'aurait jamais accepté de ne pas faire acte de présence lors d'une assemblée qu'elle a elle-même imaginée.

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