CHAPITRE II

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...

Le silence était maître et l'ambiance était lourde. Il était aisé de distinguer les respirations de chacun. Car malgré le fait qu'ils respiraient calmement et l'unisson, leurs fluides distinctifs les trahissaient. La couleur rouge qu'arborent les membres du Clan Damné s'explique par la couleur que produisent les fleurs de leur Arbre. Il également possible de la retrouver sur leur drapeaux ou sur leurs tenues. Cependant, la lueur elle, varie d'une personne à une autre. Un fluide possède son unicité et permet d'identifier clairement chaque individus. Un peu comme une empreinte digitale, ou encore comme les rayures qu'arborent les zèbres sur leurs robes. Il est bien évidemment nécessaire de connaître  sur le bout des doigts les membres d'un Clan pour savoir qu'elle couleur appartient à qui. Mais il est à la portée de n'importe qui d'apercevoir les variantes d'intensité d'une personne à une autre.

La pièce est emplie d'une certaine tension dans l'air mais aucun d'entre eux ne ressens le besoin de demander aux autres comment ils vont ou comment ils se sentent. Aliyah et ses frères connaissent parfaitement le rôle qu'ils doivent jouer en ce grand jour. Il est naturel de ressentir de l'appréhension. Mais ce sera la seule émotion admise en présence de leur père. Il n'est pas question de peur ou de stress à proprement dit. Chacun souhaite simplement que tout se passe au mieux. Cela explique donc les mines sombres et sérieuses qui se dessinent sur leurs visages.

Aliyah est la seule à légèrement s'agiter. La jeune femme est tellement excitée par cette rencontre qu'elle ressent le besoin de jouer avec ses faucilles de guerre, les faisant tourner l'une après l'autre et ce, afin de détendre les muscles de ses bras. Après tout, ces années d'attentes justifient parfaitement cet état d'impatience qui fait vibrer son corps tout entier. Fobos, l'homme certainement le plus aigri de France, lui jette un regard mauvais et lui fait signe de sa main de cesser toute agitation. Aliyah s'exécute après avoir une inspiration. Elle range ses armes puis positionne ses mains dans son dos et se tient désormais droite comme un soldat.
Voilà trois ans que cette assemblée a été imaginée afin de convenir à des accords de protections mutuelles contre l'unique et réel ennemi qui semble guetter l'entièreté de l'Ile de France. La durée qui sépare la venue d'Adéis et la tenue de cette réunion peut sembler grande au premier abord. Mais d'après Aliyah, il était nécessaire de réagir correctement en évitant toute précipitation. Car après des siècles de séparation, forcer des relations soudaines avec tous leurs voisins géographiques aurait pu créer de potentielles tensions vraiment peu nécessaires en ces temps de crise. Notre jeune protagoniste avait donc décidé de rédiger des lettres à destination de tous les autres départements et ce afin de convenir sur des échanges d'informations capitales permettant aux uns et aux autres de s'accorder sur des cordialités simples. Qu'étaient-ils devenus avec le temps ? Étaient-ils potentiellement ouverts à une rencontre et à une alliance à l'avenir ? Quelles étaient leurs coutumes ? De nombreuses questions qui éviteraient d'autres palabres. Ce procédé a finalement permis à chacun de se sentir suffisamment en confiance pour accepter une rencontre commune. Aliyah n'avait pas chômé et c'était également étonnée de prendre  plaisir à s'informer sur tous les autres Clans, s'enfermant parfois pendant des jours pour lire et recenser les diverses informations qui lui étaient transmises. Il était presque naturel d'affirmer qu'elle était la mieux placée pour mener une politique externe.

Et pourtant...

C'était son père qui se tenait devant elle et ses frères. C'est lui qui allait diriger les négociations au nom du Clan Damné. Aliyah connaissait la poigne de fer que son père pouvait avoir lors de débats et savait déjà que ce rassemblement allait se montrer compliqué sur de nombreux points. Mais qui sait, peut-être que les autres Clans possèdent eux aussi des chefs à la surdité sélective ? Ce serais mentir que de dire qu'elle n'était pas frustrée par la simple position qu'elle tenait aujourd'hui, surtout au vue du rôle qu'elle avait joué ces trois dernières années. Mais ce n'était pas comme si elle avait vraiment le choix. Alors, silencieusement, elle avait remercié son père de l'amener à la réunion. Car voyez-vous, au sein du Clan Damné, les hommes supposent que les femmes n'ont rien à faire en politique. Et c'est bien parce qu'Aliyah a su donner des résultats concluants à son père qu'il a accepté de l'amener avec lui. C'est donc la Famille Secondaire qui dirigeait en leur absence.

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