Chapitre 6 : Passé

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NDA : Ce chapitre sera le point de vue de Ruggeroo les potos, je vous demande la plus haute attention <3. Il comportera du langage cru, comme des jurons et des insultes. Les TW seront annoncés avant le début de la scène.
Bonne lecture 🫶🏻

Ruggeroo.
Présent.

Aussi loin que je me souvienne, mon enfance avait ce parfum d'innocence et de tranquillité. Mes parents formaient ce couple que tout le monde enviait, unis par un amour profond, toujours prêts à s'émerveiller de la vie, à partager des instants simples comme les sorties au cinéma avec leur fils. Ma mère, douce et lumineuse, veillait sur moi avec une tendresse infaillible. Elle s'assurait que je ne manque de rien, que je sois toujours à ma place, aimé, protégé. Jamais je n'aurais pu imaginer l'ombre qui se cachait derrière ces murs, ni que mon père, l'homme que je regardais comme un modèle, pouvait lever la main sur elle, briser ce doux visage qu'elle offrait au monde.

Le jour où elle s'est envolée, tout a basculé. Je venais tout juste de me réveiller, attendant comme chaque matin son regard tendre et son sourire rassurant. Mais les heures passaient, et elle ne venait pas. L'angoisse m'a saisi quand je l'ai trouvée, immobile et froide. J'ai essayé, j'ai tout donné pour la réveiller, pour la ramener à la vie, mais elle ne bougeait plus. La vérité m'a frappé comme un coup de poing : elle était déjà partie. Pourtant, dans mon innocence, je pensais encore qu'elle dormait, que tout allait s'arranger. J'ai suivi ce qu'elle m'avait appris, j'ai appelé les secours, ma voix tremblante, hésitante, bégayant comme un enfant terrifié. Pendant ce qui m'a paru une éternité, j'ai tenté d'expliquer la situation, sans vraiment comprendre, juste espérant un miracle.

Quand enfin les ambulanciers sont arrivés, c'est là que j'ai compris, au plus profond de mon être, que ma mère ne se réveillerait plus jamais.

Ma tante, dans un souffle, a tenté de me consoler. Elle m'a dit qu'elle était partie vers un monde meilleur, un endroit où les âmes pures portaient des couronnes. Un paradis, disait-elle. Je n'ai compris le poids de ses mots que bien trop tard, lorsque j'ai saisi que Dieu reprenait ses soldats une fois leur mission accomplie sur Terre. Et j'ai toujours cru que ma mère avait été sa plus belle création — jusqu'à l'arrivée de Rosa, bien sûr.

Lorsque mon père est rentré ce soir-là, ma tante m'avait déjà couché. Je dormais, plongé dans un sommeil profond, loin de ce monde brutal. Je me souviens encore du rêve qui m'a enveloppé ce soir-là : ma mère était là, son visage doux éclairé d'un sourire tendre, ses paroles réconfortantes résonnaient dans mon esprit endormi.
« Tu es un gentil garçon... Maman veillera sur toi », me disait-elle, comme une promesse gravée au creux de mon cœur.

Ce rêve m'a apporté une paix fugace, une lueur d'espoir au milieu du chaos. Malgré tout ce qui venait de se passer, malgré l'ombre qui planait sur notre famille, j'ai senti qu'elle m'aimait toujours, qu'elle veillait sur moi, où qu'elle soit.

Mon père a débarqué dans ma chambre comme une tempête. Il m'a arraché du lit en me tirant par les cheveux, sa main crispée par la rage. La douleur m'a réveillé d'un coup sec, brutal, comme si le rêve de ma mère s'était évaporé pour me jeter en plein cauchemar.

Il puait l'alcool. À dix ans, je ne savais pas vraiment ce que c'était, alors je l'appelais « la boisson des grandes personnes tristes ». C'est comme ça que ma mère me l'avait décrite. Elle disait que les gens buvaient pour noyer leur douleur, pour étouffer ce qu'ils ne pouvaient pas dire à voix haute. Ce soir-là, j'ai compris qu'il avait mal. Qu'elle lui manquait. Mais j'étais bien trop jeune pour saisir ce que la douleur pouvait engendrer chez certains hommes.

J'ai voulu l'apaiser, lui dire que tout allait bien. Que maman était peut-être juste... ailleurs. Mais mes mots, ma voix, mon regard innocent ont juste jeté de l'huile sur le feu. Il s'est mis à hurler. « C'est ta faute ! C'est de ta faute si elle est morte ! » Sa voix vrillait mes tympans tandis que ses poings s'abattaient sur moi sans relâche. Je ne savais plus s'il frappait mon corps ou mon existence. Chaque coup me volait un peu plus de souffle, de silence et d'innocence.

La mia rosa. Où les histoires vivent. Découvrez maintenant