Le jour de l'enterrement est arrivé et c'est le cœur serré que nous assistons à la cérémonie. Toute l'agence est présente et les savoir présents me réconforte. Ils ne connaissaient pas vraiment Molly. Ils ne l'ont vue que les rares fois où elle passait à l'agence pour mettre un bazar monstre dans le laboratoire de Meï. Mais ils sont là pour elle et c'est l'essentiel.
Pourtant c'est à peine si j'ai conscience des visages qui nous entourent, ma mère et moi. La cérémonie en est d'autant plus douloureuse en revenant sur la tombe familiale, là où mon père a été enterré, cinq ans plus tôt. Ma vue est brouillée par les larmes, mais cette fois, je garde les paroles de Bakugo en tête. Je ne me laisserai plus abattre. Je dois rester forte, pour maman, pour Molly, pour tout le monde. J'arrêterai Green Madness et je vengerai la mort de tous ces enfants.
Les poings serrés, je fixe la tombe familiale depuis un moment tandis que la cérémonie se termine. Beaucoup partent peu à peu, mais je n'y prête pas attention. J'essaie désespérément de contenir toute la rage qui bout sous ma peau. Mes ongles creusent des croissants de lune dans mes paumes tandis que je réprime toute la douleur. J'ai l'impression d'être à deux doigts de l'implosion. Il suffirait d'une étincelle pour que tout parte en fumée ; pour que je parte en fumée.
Une main se pose avec une douceur infinie dans mon dos et je sors lentement de ma torpeur. Mirio me couvre du regard avec bienveillance et compassion, puis sans un mot, il m'attire dans ses bras.
C'est seulement à ce moment-là que je choisis de laisser mon cœur saigner. Mirio a toujours été le grand frère que je n'ai jamais eu, cette famille que l'on se construit au gré du destin et que pour rien au monde on ne souhaiterait quitter. Il a toujours eu les mots justes, toujours su comment me faire avancer quand j'avais l'impression d'être face au mur. Avec lui, il y a toujours moyen de contourner le problème, toujours une façon d'aller de l'avant. J'ignore comment aller de l'avant désormais.
J'enfouis ma tête contre son torse et laisse les larmes rouler sur mes joues, tachant sa chemise noire tandis qu'il resserre son étreinte.
一 Je te promets qu'avec le temps, ça deviendra supportable. Un jour tu avanceras sans regarder derrière. Mais aujourd'hui, aujourd'hui, tu as le droit d'avoir mal, tu as le droit d'être en colère, tu as le droit de pleurer, Aïko. Ce n'est pas une faiblesse.
J'essuie du revers de la main mes joues puis relève la tête sans me détacher de lui.
一 Je vais rester un moment à l'agence, ajoute-t-il avec un faible sourire. J'ai demandé à All Might de faire partie de l'équipe de recherche. J'ai besoin de me sentir utile, je n'ose même pas imaginer ce que la petite Eri doit endurer... encore.
Son regard bleu se perd un moment dans le vague et mes doigts viennent serrer les siens, cherchant à lui donner un peu de réconfort.
一 Ça va aller, Mirio. On va la retrouver.
Je me mords la lèvre, refoulant de nouveau un élan de colère et de peine.
一 Enfin... vous allez la retrouver, ajouté-je avec une pointe de frustration. All Might m'a mise à pied.
Les deux mains sur mes épaules, il s'écarte pour mieux m'observer.
一 Hey, c'est pour ton bien qu'il a fait ça, tu le sais. Regarde dans quel état ce Green Madness t'a mis. Tu n'es pas apte à continuer pour le moment, ni physiquement ni moralement.
Il fronce les sourcils.
一 Laisse-toi le temps de t'en remettre, Aïko.
J'acquiesce, mais en vérité, je m'en veux beaucoup. J'ai la terrible impression de ne servir à rien.
*****
J'ai trouvé un refuge inespéré dans la salle de sport. Si la première raison en est ma remise en forme, c'est aussi un exutoire à toute la colère qui est en moi. Cela fait seulement trois jours que je suis mise à pied tandis que les autres se démènent pour trouver Eri.
J'aimerais pouvoir aider, j'aimerais pouvoir faire quelque chose, n'importe quoi. J'ai proposé mon aide à Spider pour l'aider avec les images de vidéosurveillance, mais elle a catégoriquement refusé en m'interdisant l'accès à la toile. Selon ses mots, je dois surtout « me reposer en regardant une bonne série ».
Mais c'est bien la dernière chose dont j'ai envie.
Entre deux pompes, je grogne sur la terre entière en constatant que mon séjour dans le terrier du renard m'a bien trop affaibli.
一 Trop impactée par les événements, m'a-t-il dit. S'il n'y avait que ça ! Je suis surtout une vieille limace pour l'instant. Mirio est émotionnellement impacté, lui aussi. Pourtant, il aide, lui.
Je râle et m'assois en tailleur, fixant l'arène d'entrainement plongée dans le noir. À la vue des recoins obscurs, je frissonne et me relève, frictionnant mes bras pour chasser cette désagréable sensation. Pourquoi faut-il que cette satanée pièce me rappelle le sous-sol froid et humide ? Pourquoi faut-il que je sois hantée par ce qui s'y est passé ?
一 Je viens te libérer du joug de la salle de sport, s'exclame Mirio en descendant l'escalier.
Je me tourne pour lui faire face et le sourire qui s'étire sur son visage balaie mes angoisses. Il porte un short blanc et un t-shirt noir à l'effigie de Yuai et brandit un sac de ramens comme un trophée.
Je me laisse tomber sur le banc de musculation et il fait de même, sortant de la poche deux boîtes de ramens encore fumantes.
一 Comment tu fais pour toujours être positif ? demandé-je en prenant celle qu'il me tend.
Il sépare ses baguettes dans un bruit sec avant de tourner les yeux vers moi, l'air sérieux.
一 Je pars du principe que sans joie ni rire pour contrebalancer la peine, le monde ne pourra jamais connaître un avenir brillant. Ce n'est pas parce que tout semble noir qu'il ne faut pas apporter un peu de lumière.
Il me pointe du bout de sa baguette avant de les plonger dans ses ramens pour saisir un bout d'œuf pour le faire disparaître dans sa bouche.
一 Et puis tu as besoin de te changer les idées. Il paraît que je suis doué pour ça.
Il prend une nouvelle bouchée puis reprend la bouche pleine :
一 Je sais aussi que tu adores les ramens.
Je ris, parce qu'à ce stade, c'est ça ou fondre en larmes. Alors je laisse sa bonne humeur prendre le dessus sur toutes mes idées noires et avale une bouchée de pâtes.
一 Non, tu adores les ramens. J'en mange seulement parce que tu ne jures que par ce plat, rétorqué-je en lui lançant un sourire accompagné d'un coup d'épaule. Ce n'est pas le meilleur plat au monde.
Il pose son plat sur les genoux et joint les mains devant lui en posant le front dessus.
一 Je suis désolé, sainte déesse des ramens, elle ne sait pas ce qu'elle dit !
J'éclate de rire devant sa moue théâtrale et nous passons tous deux un bon moment, oubliant que le monde s'apprête à s'écrouler.
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Aïko - New Heroes
FanfictionAïko ne désire qu'une seule chose : être un modèle de héros aux yeux de sa petite sœur. Pour cela, son plus grand rêve est d'intégrer la toute nouvelle agence fondée par All Might : La Cavalerie ! Mais alors qu'elle fait ses premiers pas à l'agence...
