23. Une histoire de costume

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Quelques jours se sont écoulés depuis le réveil de Bakugo, mais nous n'avons pas eu l'occasion de nous retrouver seuls à nouveau. Lui et tous les autres s'activent pour organiser l'opération « sauver le monde ».

Rien que ça.

Et moi, je reste sur la touche, à me morfondre d'inquiétude.

Je suis dans la salle d'entraînement depuis bientôt trois heures, à déverser tout mon ennui et ma lassitude sur le sac de frappe. Cela devient insupportable. Je sais que mes excès d'émotions leur ont paru problématiques pour revenir sur le terrain, mais c'est de tourner en rond comme un lion en cage qui me rend folle. J'ai besoin de penser à autre chose. J'ai besoin de bouger si je ne veux pas revoir en permanence les yeux hystériques de Green Madness. Ses doigts gantés qui glissent sur ma peau.

La sueur perle à grosse goutte sur mon front tandis que j'enchaîne les coups de poing et de coude, seul défouloir que j'ai trouvé pour ne pas péter les plombs.

一 Je savais que je te trouverais là. Tonne une voix familière dans mon dos. Tu vas finir par te casser les poignets à frapper aussi fort.

Je ne me retourne pas et continue mon combat contre le sac de frappe fatigué par mes coups qui pleuvent en cascade sur la surface lisse.

一 Je ne peux pas vraiment faire autre chose de toute manière, Kat, grincé-je entre mes dents.

Il entre dans mon champ de vision, les mains dans les poches et ce regard de braise toujours aussi impassible quoi qu'il pense. Il soupire à ma remarque et vient tenir le sac de frappe à deux mains, la tête penchée vers moi. Mon poing s'arrête sur le sac et je plonge mon regard dans le sien, une lueur d'amusement pointe dans ses iris rouges ce qui a le don de m'agacer.

一 Si tu es venue pour me faire des remarques, tu peux repartir. Je suis assez énervée ainsi.

Son sourire en coin m'irrite à un point et il le sait.

Il lâche le sac de frappe avant de réduire la distance entre nous à quelques centimètres. Ce simple rapprochement étouffe sans un bruit tous mes tracas. Son souffle soulève les mèches de mes cheveux tandis que sa main se glisse dans mon dos. Je n'arrive pas à comprendre comment il arrive à réveiller des sentiments aussi contradictoires en moi. Parfois il m'agace, d'autre fois, j'aimerais que le monde entier s'écroule autour de nous et nous laisse seuls pour l'éternité.

一 J'espère que ton envie de me frapper passera parce que j'ai fait en sorte que tu puisses prendre l'air et enfiler ton costume.

Je lève les yeux vers lui, cherchant à deviner s'il se moque de moi ou s'il est bel et bien sérieux.

一 C'est vrai ?

Il écarte les bras avec sur le visage son insupportable sourire orgueilleux.

一 Parce que tu penses vraiment que je te mentirai ?

La frustration de ses derniers jours est officiellement balayée à l'arrière-plan. Je vais enfin pouvoir sortir. Je prends sa tête entre mes mains tremblantes après les trois heures de sport intensif et viens déposer mes lèvres sur les siennes. Il reste tendu un instant puis referme son étreinte autour de ma taille. Mes doigts remontent dans sa nuque pour se glisser dans ses cheveux. Il recule à peine et son sourire me vrille le ventre.

一 Je ne t'ai même pas dit ce que nous allions faire.

一 Honnêtement, je suis même prête à faire seulement des patrouilles tant que je peux me rendre utile, dis-je en m'écartant pour retirer les bandages sur mes phalanges. Si je reste un jour de plus mise à pied, je vais tourner maboule !

Il enfonce les mains dans ses poches et une fois mon équipement de fortune abandonné sur un banc de muscu, nous quittons le sous-sol pour gagner le local à costume.

*****

一 Une conférence ?

一 Après les récents événements, All might est tenu d'expliquer la raison des dégâts. Nous devons également avertir la population du danger potentiel et rallier les autres agences pour les recherches. Il va devoir mentionner Green Madness.

Je tressaille. All Might savait que tant que nous étions les seuls au courant, Green Madness ne pouvait pas attirer facilement l'attention et nous pouvions agir dans l'ombre. S'il devient le vilain à abattre, la moindre démarche devra passer par le commissaire. Nous perdrions du temps et surtout de la discrétion. Mais nous n'avons plus le choix désormais. Il faut mettre toutes nos chances de notre côté pour l'arrêter avant qu'il n'y ait une catastrophe.

一 Est-ce que... est-ce qu'on va me demander de parler de... du terrier ?

Je m'arrête dans le couloir. Je n'ai plus si envie que ça tout à coup. Je ne saurai dire si c'est le fait qu'il soit responsable de la mort de ma sœur ou qu'il m'ait torturé dans cette cave. Quoi qu'il en soit, cette expérience m'a laissé un goût d'amertume indélébile dans la bouche.

Katsuki fait volte-face, le visage grave.

一 Bien sûr que non. All Might n'est pas idiot. On sait tous dans quel état tu étais après tout ça.

« Toi en particulier. »

Mais ça, je ne le lui dis pas. Même si je voudrais lui rappeler qu'il a été le seul à trouver les mots justes, le seul à veiller autant sur moi quand j'étais au fond du trou, je ne le ferai pas. Ce serait admettre que j'ai trop de faiblesse et je ne suis pas prête à l'accepter.

一 OK... arrivé-je à articuler en hochant la tête. Dans ce cas, allons-y.

Nous sommes dans le local à costume, et je me glisse dans la cabine la plus proche pour enfiler le mien. Le tissu élastique du justaucorps épouse mes hanches et mes bras avec douceur et je rajuste mon gant droit. Je me munis du bas ample ainsi que de lourdes bottes, attache mon bracelet caméra au poignet et ma ceinture puis regarde au fond de la valise. Meï n'a pas tardé à effectuer les modifications que je lui ai demandées et je pense la remercier plus tard. Mes doigts agrippent le fin masque noir et mon écharpe légèrement modifiée. J'espère simplement que ça va lui plaire.

一 Tu es prête ? Demande Katsuki derrière la porte.

J'enfile mes accessoires et m'arrête un instant la main sur la poignée.

一 J'ai changé deux ou trois petites choses sur mon costume... j'espère que tu ne m'en voudras pas d'avoir rallié ta couleur.

J'ouvre la porte et croise son regard. Il passe de la surprise à une expression que je peine à déchiffrer. Ses yeux balaient les lignes de mon costume, passées du mauve à l'orange profond. Puis il remonte à mon écharpe, désormais orange elle aussi, et enfin, il s'arrête à mes yeux, entourés par un masque noir semblable au sien.

Il ne dit rien et je me sens obligé de me justifier.

一 Je voulais montrer dans quel camp je suis. Dis-je mal à l'aise.

Maintenant que je suis devant lui, je trouve ça ridicule. Il va sûrement se moquer et refuser, prétextant ne pas avoir besoin d'une acolyte, mais il n'en fait rien. Un sourire apparaît sur son visage et il penche la tête légèrement sur le côté.

一 L'orange te va bien. En revanche...

Il s'approche et, du bout de ses doigts gantés, retire délicatement le masque.

一 Tu n'as pas besoin de ça.

Je sens le rouge me monter aux joues. La tension entre nous devient électrique. S'il n'y avait pas cette conférence et All Might qui nous attend dans le hall de l'agence, je crois que je m'empresserais de lui retirer son costume et d'explorer sa peau à m'en brûler les doigts.

Mais alors que nous nous apprêtons à quitter le local, il se penche rapidement et son souffle me chatouille l'oreille.

一 J'aime que tu sois mienne.

Est-il possible d'annuler cette foutue conférence et garder jalousement Bakugo ?

Bien sûr que non.

J'avoue que l'idée m'a tout de même tentée. 

Aïko - New HeroesDes histoires addictives. Découvrez maintenant