Je me réveille en sursaut. Il y a une ombre dans ma chambre. Un spectre qui m'observe.
Mais cette fois je sais qui c'est. Et mon cœur bondit d'une joie un peu excessive. Elle est venue ! Ça a marché, le plan a marché !
- Marie-Alice, c'est bien vous ?
- Chuuuut, vous allez nous faire repérer. Oui c'est moi, mais parlez plus bas je vous en prie.
L'ombre reste prostrée près de la porte, comme la première fois. Et comme la première fois, elle chuchote, si bas que je peux à peine l'entendre.
- Pourquoi vous débarquez toujours en pleine nuit, comme une voleuse ? Vous voulez me provoquer une crise cardiaque ?
Un petit rire s'échappe de la cornette. C'est la première fois que j'entends son rire. Il est presque contagieux.
- Non, mais je ne veux pas m'attirer les foudres de la mère prieure. Elle n'était déjà pas ravie que je vous ramène, et elle m'a prévenue que si cela changeait quelque chose à mon travail et ma ferveur, elle vous ferait partir sur le champ. Et moi avec.
- Wouah ça déconne pas ici. C'est pas une mère prieure c'est une mère fouettard. Mais moi je demande que ça, de partir !
- Ah oui ? Et pour aller où ? Vous êtes recherchée par la police, Julia. Votre domicile est surveillé. Karen est même suivie. Ils ne sont pas encore remontés jusqu'à nous mais si vous voulez mon avis, ce n'est qu'une question de jours. Peut-être d'heures. Franchement je ne sais pas ce que vous avez fait, mais je crois que la mère prieure a raison de s'inquiéter.
- J'ai rien fait. Enfin, je crois que j'ai rien fait. Écoutez, un bout de la soirée m'est revenue en mémoire hier soir.
Je sors mon couteau suisse du tiroir de la table de chevet.
- C'est mon couteau. Je l'ai toujours sur moi depuis des années, c'est comme un porte-bonheur. Il m'a tirée de bien des situations.
- Oh oui, j'imagine aisément que le nombre de bouteilles qu'il a ouvert n'a d'égal que le nombre de vos conquêtes.
- Quoi ? Mais pour qui vous me prenez ?
Un nouveau rire lui échappe, plus sonore que le précédent. Et il a le drôle de pouvoir de calmer mon agacement. Voilà que je me mets à glousser moi aussi. Après tout, elle a pas tort. Et le rôle de l'effarouchée offusquée ne me va pas très bien.
- Oui bon, je reconnais que je ne suis pas une sainte. Mais c'est pas le sujet.
- Avouez quand même que votre situation est une drôle d'ironie. Bon, trêve de plaisanterie, racontez moi ce souvenir.
- Mon couteau, la lame est pleine de sang. Et j'ai eu un flashback en voyant tout ce sang : je suis sûre que la personne avec qui je m'engueulais me l'a pris et se l'est planté dans le ventre en criant « maintenant tu es coupable de tentative de meurtre » ou un truc dans ce genre. Je ne sais pas qui était cette fille, mais elle avait un regard complètement fou, et un rire hystérique.
- Ok, donc si je comprends bien, vous êtes victime d'un coup monté, et vous êtes probablement innocente. C'est plutôt une bonne nouvelle. Mais la mauvaise, c'est que le couteau est recouvert de son sang, et de vos empreintes.
- Et merde.
- Je ne vous le fais pas dire.
- Alors il n'y a vraiment qu'une seule manière de prouver mon innocence. Il faut retrouver les bandes des caméras du bar. Est-ce que vous voulez bien me donner le numéro de la barmaid ? Vous comprenez bien que c'est mon dernier espoir de m'en tirer. Et vous avec.
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Confession intime
Short StoryQuand Julia se réveille dans un couvent, la gueule en vrac et sans aucun souvenir de sa soirée, elle comprend que la vie la punit enfin d'avoir abusé des jolies filles et de l'alcool. Entre une bonne sœur déjantée, une infirmière formée au bouche à...