J'ai retrouvé ma piaule, qui me semble encore plus vide qu'auparavant.
Allongée sur le lit, je fixe le plafond en essayant de rassembler mes pensées.Je ne crois pas aux anges gardiens, mais s'ils existent, le mien porte un costume de mère sup', c'est sûr.
Quand les coups ont retenti sur la porte de la cellule de Marie-Alice-Rose, j'ai bien cru que c'en était fini pour moi.- Sœur Marie-Alice, c'est moi. Ouvrez. Tout va bien, ils sont partis.
Un soulagement intense m'a envahie. La silhouette de la mère supérieure s'est dessinée dans l'encadrement de la porte, nimbée de la lumière du soleil, tel un ange tombé du ciel.
- Tout va bien, mes sœurs, vous pouvez souffler. Ils ont tout fouillé et n'ont rien trouvé. Sœur Marie-Angélique vous pouvez regagner votre cellule en toute tranquillité.
- Ils ne vont pas revenir ?
- Ils ne peuvent revenir que si un élément nouveau dans l'enquête justifie l'attribution d'un autre mandat de perquisition. Ça devrait vous laisser quelques jours de répit.
- Merci Mon Dieu !
- Appelez-moi Mère Bernadette, ça suffira.
Le visage de la mère supérieure s'est fendu d'un large sourire qui, après un instant d'hésitation, s'est transformé en hilarité générale. Ça m'a fait un bien fou de rire. Et d'entendre de nouveau le rire communicatif de Rose. Ça m'avait tellement manqué.
La mère supérieure n'est guère restée avec nous. Elle devait remettre de l'ordre dans son cheptel de cornettes ébouriffées par les événements de la journée.
Un silence pesant s'est installé entre Rose et moi. Je n'avais plus aucune raison de rester ... mais je n'arrivais pas à partir. Je n'arrivais plus à la quitter des yeux. Dans ma tête, c'était le chaos. Une partie de mes neurones sautait de joie en répétant en boucle « C'est Rose. Elle est là ! Elle est là ! ». Et l'autre partie criait « Sauve-toi, t'avais réussi à l'oublier, sauve-toi vite ».
Quant à elle, impossible de décrypter ses pensées. Depuis que la porte s'était refermée, elle dévisageait méticuleusement ses chaussures, qui n'en méritaient pas tant.
Les neurones énervés ont fini par gagner la partie, et un nouveau flot de questions m'a échappé.
- Pourquoi tu m'as pas raconté tout ça plus tôt, dès que je suis arrivée ? Pourquoi tu t'es cachée, en venant me voir la nuit, pourquoi tu t'es méfiée de moi ?
- Parce que rien n'a changé Julia. Parce que je suis toujours coincée ici, dans ce couvent, parce qu'Adélaïde est toujours une enfant. Parce qu'il n'y toujours aucun moyen de l'adopter légalement et que je suis encore plus incapable maintenant de l'abandonner. Parce que je ne voulais pas avoir à te quitter encore une fois. Parce que tu as toujours ta fossette, que tu mets toujours ce même parfum, parce que tu es toujours ... Julia ....
Mon cœur s'est serré à ces mots. Je suis toujours Julia. Juste Julia. Celle qui passe après le devoir, après les responsabilités, après une petite fille innocente et espiègle. J'ai détourné les yeux pour qu'elle ne voie pas les larmes qui brouillaient mon regard. Mais Rose ne comptait pas en rester là.
- Et toi ? Pourquoi tu me reproches ta vie ? D'après mes informations, toi tu m'as bien vite oubliée. Et pas juste une fois. Des dizaines de fois ! À toutes les autres aussi, tu leur as dit qu'elles étaient la femme de ta vie ?
- JE T'AI PAS OUBLIÉE !
Cette fois je ne peux plus cacher mes pleurs.
- Je t'ai jamais oubliée, bordel. Au début je me suis dit que le monde des lesbiennes était un microcosme, tout le monde connaît tout le monde. Oui J'ai dragué. Mais c'était pour essayer de te retrouver, je pensais qu'il y en avait bien une qui saurait, qui aurait une information, un indice, quelque chose. Et puis je me suis aperçue que quand j'étais avec ces filles, pendant un moment, quelques heures, j'arrivais à ne plus penser à toi. Tous ces corps sans nom, ils sont devenus des petites tâches de lumière au milieu de ton absence. Des petits cailloux qui me donnaient la force d'avancer jusqu'au jour d'après, à la semaine d'après, puis à l'année d'après. Et toi, t'as pas le droit d'être jalouse. T'as même pas à être jalouse de ça. Parce qu'aucune n'a jamais rempli le vide que tu as laissé. Aucune.
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Confession intime
Cerita PendekQuand Julia se réveille dans un couvent, la gueule en vrac et sans aucun souvenir de sa soirée, elle comprend que la vie la punit enfin d'avoir abusé des jolies filles et de l'alcool. Entre une bonne sœur déjantée, une infirmière formée au bouche à...