les marques du silence ( daisuga)

72 3 0
                                        


Le gymnase était désert depuis des heures, mais Sugawara restait là, assis sur le banc près des casiers, son regard perdu dans le vide. Ses mains jouaient nerveusement avec un morceau de bandage qu’il avait arraché de sa trousse de premiers secours, ses doigts crispés autour du tissu effiloché. 

Depuis des semaines, un poids s’était installé dans sa poitrine, lourd et oppressant. Et ce soir, ce poids semblait insurmontable. Il avait vu Daichi parler avec Michimiya après l’entraînement. Encore une fois. Les rires, les regards complices, cette facilité avec laquelle ils semblaient se comprendre… Tout cela était comme une lame invisible qui s’enfonçait un peu plus dans son cœur. 

Sugawara passa une main tremblante sur son visage. Il savait qu’il ne devrait pas se sentir comme ça. Il n’avait aucun droit d’être jaloux, aucun droit de ressentir cette douleur. Après tout, Daichi était son capitaine, son ami. Ce n’était pas comme s’il lui devait quoi que ce soit. 

Mais ce qu’il ressentait pour Daichi allait au-delà de l’amitié, et il le savait depuis longtemps. 

« Sugawara ? » 

La voix familière résonna dans le gymnase vide, et Sugawara sursauta, le bandage glissant de ses mains. Il leva les yeux pour voir Daichi se tenir dans l’encadrement de la porte, une ombre inquiétante sur le visage. 

« Tu es encore là ? » demanda Daichi en s’approchant, son ton teinté de préoccupation. 

Sugawara détourna le regard, essayant de cacher ses pensées derrière un sourire forcé. « Oh, Daichi. Oui, je… je rangeais quelques trucs. » 

Daichi fronça les sourcils. « Tu mens. » 

Sugawara écarquilla légèrement les yeux, mais il ne répondit pas. Daichi connaissait trop bien ses silences, ses hésitations. 

« Ça fait des jours que tu agis bizarrement, » continua Daichi en croisant les bras. « Tu te pousses trop à l’entraînement, tu évites de me regarder, et maintenant tu restes ici, seul, à te torturer. Qu’est-ce qui se passe, Suga ? » 

Sugawara sentit sa gorge se nouer. Il aurait voulu trouver une excuse, détourner la conversation, mais sous le regard perçant de Daichi, il savait que ce serait inutile. 

« Ce n’est rien, vraiment. Tu n’as pas à t’inquiéter, » murmura-t-il finalement, son sourire se fissurant. 

Daichi s’assit à côté de lui, son expression adoucie par l’inquiétude. « Suga, tu sais que tu peux tout me dire, non ? Peu importe ce que c’est. Je suis là. » 

Ces mots, prononcés avec une sincérité désarmante, brisèrent quelque chose en Sugawara. Les larmes qu’il retenait depuis des semaines commencèrent à rouler sur ses joues malgré lui. 

« Ce n’est pas si simple, » lâcha-t-il, sa voix brisée par l’émotion. 

Daichi posa une main rassurante sur son épaule. « Essaie-moi. » 

Sugawara inspira profondément, cherchant le courage de parler. Son cœur battait si fort qu’il avait l’impression que Daichi pouvait l’entendre. « Je… Je sais que c’est stupide, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que tu es amoureux de Michimiya. Et je… » 

Il s’interrompit, les mots se coinçant dans sa gorge. 

Daichi sembla surpris par cette révélation, mais il ne retira pas sa main de l’épaule de Sugawara. « Michimiya ? » répéta-t-il, l’incrédulité dans la voix. 

« Oui, Michimiya ! » s’écria Sugawara, le désespoir éclatant dans ses mots. « Tu passes tellement de temps avec elle, tu ris avec elle… Et moi, je suis là, à faire semblant que ça ne me dérange pas, mais c’est faux ! Ça me détruit, Daichi. Parce que… parce que je t’aime. Et je sais que je n’ai aucun droit de ressentir ça, mais je ne peux pas m’en empêcher. » 

Le silence qui suivit fut si lourd que Sugawara crut qu’il allait s’effondrer. Il se détourna, honteux, incapable de regarder Daichi dans les yeux. 

Mais au lieu des mots qu’il redoutait, ce fut une pression légère sur son poignet qui attira son attention. Daichi avait pris sa main dans la sienne, son expression grave mais douce. 

« Sugawara Koushi, » commença-t-il, sa voix calme et posée, « écoute-moi bien. Je ne suis pas amoureux de Michimiya. Elle est une amie, rien de plus. Et si je passe du temps avec elle, c’est souvent parce qu’elle me demande des conseils pour ses propres soucis. » 

Sugawara releva lentement les yeux, son souffle court. 

Daichi poursuivit, un sourire timide se dessinant sur ses lèvres. « Et toi… Tu es bien plus que ce que tu crois. Je suis peut-être maladroit, mais si j’ai fait quelque chose pour te faire penser que tu n’avais pas d’importance à mes yeux, alors je suis désolé. Parce que, Suga, tu comptes énormément pour moi. Plus que n’importe qui. » 

Les joues de Sugawara s’empourprèrent, mais cette fois, ce n’était pas de honte. C’était comme si un poids énorme avait été levé de sa poitrine. 

« Tu es sérieux ? » murmura-t-il, sa voix tremblante. 

Daichi hocha la tête, un sourire sincère éclairant son visage. « Absolument. » 

Sugawara sentit un éclat de rire nerveux lui échapper, suivi d’un sourire à travers ses larmes. « Tu sais, tu pourrais éviter d’être si parfait tout le temps, ça rend les choses encore plus difficiles pour moi. » 

Daichi éclata de rire, passant un bras autour des épaules de Sugawara. « Parfait ? Moi ? Tu me surestimes. » 

Sous la lumière tamisée du gymnase, leurs rires se mêlèrent au silence apaisant. Les marques du silence qui avaient pesé sur Sugawara disparaissaient peu à peu, remplacées par une chaleur douce et réconfortante. 

os haikyuu Des histoires addictives. Découvrez maintenant