A Jean-Baptiste Tati Loutard

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I

Tombeau

Voici, la nouvelle m'a frappé, telle la foudre soudaine :

La Mer de Ngoyo est sans mouvement ;

Ah ! la nuit éternelle la voile de son ombre,

Le Temps a suspendu son cours...

J'écoute, au plus profond de moi,

     le chant de la Mer de Ngoyo :

Chante ô Poète de la mer !

Chante-nous, oiseau de haut vent,

     les Poèmes de la mer,

La mer, Femme inépuisable et vivante,

Feu de la planète, Muse de l'éternité,

Mais défie le Temps, scarabée sacré ;

Lumière au cœur de l'absence.

J'écoute, au plus profond de moi,

     le chant de la Mer de Ngoyo...

II

Laurier

Ce jour, cinq ans de silence déjà,

Que les flots de Loango ne chantent

plus les Poèmes de la mer,

Et la mer elle-même n'est plus chantée, comme la femme.

Ce jour, grand silence de l'homme

Depuis cinq ans déjà,

Que le Récit de la mort n'est plus

un songe,

Et nul murmure du Palmier-Lyre

ou de la sanza,

Pour nous bercer de chants,

Tel l'aède ou le griot.

Dis: quelle Tradition du songe nous

Laisses-tu ô poète?

Mais quel rêve pour le Congo?

Les Racines congolaises?

Le Serpent austral?

À ta source, je me suis abreuvé

Des Feux de la planète et de

L'Envers du soleil,

Et tu as bravé l'Ordre des phénomènes, les Normes du temps,

Nous laissant poursuivre seuls

Le Dialogue des Plateaux.

Lorsque j'écouterai le bruit du ressac;

La musique du flux et du reflux,

Je me souviendrai de toi,

Homme de mer, masque de chacal.

Hommage au poète congolais Jean-Baptiste Tati Loutard, décédé le 04 juillet 2009.
05 juillet 2009 - 10 septembre 2014.

Chants à ceux qui furentOù les histoires vivent. Découvrez maintenant