III

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Du noir. Du noir partout, du noir tout le temps. Il était comme ... Ligoté, oppressé dans un genre de cage aux dimensions inégales. Il a les yeux ouverts, mais ne voit rien. Son cœur se démène pour faire retentir chaque battement, malgré la pression insoutenable.

Et puis, une brise, aussi légère qu'imperceptible. Il tourne la tête vers ce qui semble être sa droite. Tous ces repères sont nuls. Il ne repose sur rien, il ... Lévite. Il regarde partout, pris de panique. Puis, petit à petit, il se sent entrainé, aspiré. Une odeur de souffre se répand. Il fait chaud. Très chaud. Et très noir. Sa respiration est haletante. Il se déplace de plus en plus vite, ses cheveux volent d'avant en arrière, suivant la position qu'il prenait. Il n'y avait aucune gravité, ici. Du moins ... Pas comme sur Terre.

Il tente de se démener, mais tout mouvement lui est impossible. Il se fait balader dans tous les sens, si tant est qu'il existe un semblant d'endroit et d'envers ici.

Ses yeux secs commencent à le piquer sérieusement à cause de la vitesse. Il ouvre la bouche pour tenter de respirer. Il rejette violemment la tête en arrière ...

Il souleva les paupières. Agressé par une vive lumière, il les referma aussitôt.

« Mais qu'est-ce que ... »

Il tenta une deuxième fois. Après s'être un peu habitué à la luminosité environnante, il réalisa qu'il était entrain de loucher sur l'oreiller.

Génial.

Il décolla sa joue du matelas prune, étirant au passage un filet de bave élastique.

Magnifique.

Il se releva à demi, essuya l'épais filament du revers de la main avant de le frotter sur le drap, et inspecta l'endroit où il se trouvait. Une chambre peu spacieuse, mais assez ordonnée. Un bureau était installé en face de lui, juste devant le papier peint verdâtre. A sa gauche se trouvait une armoire en pin, le genre à faire des creux dans le parquet tellement son poids est imposant. Le mur opposé était constitué d'une double fenêtre, d'où provenait la totalité de la lumière.

Il s'assit sur le bord du lit, pensif. Ses rêves étaient plus bizarres les uns que les autres.

« C'est ton trop plein d'imagination, mon fils ! » Répétait sans cesse sa mère.

« Ouais, bah j'aimerais assez que mon imagination reste planquée dans un coin, histoire de laisser mon esprit se reposer en paix, pour une fois ! »

Il tâta lourdement la surface boisée de sa table de nuit, jusqu'à ce qu'il trouve ce qu'il cherchait. Il prit le bracelet de cuir, et regarda le cardan qui y était raccroché.

Il voyait encore tout flou, mais il arriva un peu à discerner les aiguilles ... Il était donc ... 10h12.

10h12 ?!

« Et merde ! »

Il s'éjecta de son lit, enfila un jeans brut et un pull en laine, qui lui fit lever les poils à son contact.

Il ouvrit la porte.

Le salon était bien moins lumineux, les volets étant clos. Tant pis, il n'avait pas le temps. Il fit un brin de toilette et partit de l'appartement aussi furtivement qu'un affamé vers un buffet à volonté.

Il devait être arrivé là bas depuis 12 minutes. Enfin ... 15 à présent.

« Putain, mais quel con, quel con ! »

Il ne manquait jamais un rendez-vous. Enfin ... Presque jamais. Mais il détestait ça.

Il alluma le moteur de sa petite Renault, qui fit trembler la totalité de l'appareil.

C'était quand même étrange. Il n'avait jamais entendu le prénom de cette dite tante, cette Emie. Certes, sa famille n'était pas l'une des plus soudée du monde, mais quand même ... Quoi que, fût une époque où de nombreuses querelles avaient plus ou moins dispersé sa famille. Mais sa mère ne lui aurait pas caché l'existence d'un membre de la famille, surtout maintenant que les rancœurs étaient à plus ou moins apaisées.

Pourtant, Sainte Anne ne l'aurait pas appelé sans preuve véritable que lui et cette femme étaient parents, non ?

Et merde. C'était peut-être une erreur. Oui, c'était ça, une simple et banale erreur d'administration. Quoi de plus normal ?

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