VI

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Au moment où la cloche aurait sonné midi, ils furent arrivés en bas de l'appartement où résidaient Ben et Alex.

Ce dernier éteignit le moteur, et tout l'habitacle sembla s'endormir, les vibrations s'atténuant peu à peu. Le jeune homme se permit une longue et puissante expiration avant d'ouvrir la porte qui grinça sous l'effort, et de sortir de la voiture aussi étroite qu'inconfortable.

Il s'avança jusqu'à la porte du hall d'entrée qu'Anneth, la voisine du deuxième étage venait tout juste d'ouvrir. C'était une femme d'âge mûr, quoiqu'assez bien conservée,  de ce que pensait le jeune homme. Elle avait remonté une partie de ses cheveux blonds grace à ses lunettes de soleil qu'elle portait sur la tête. Il pouvait voir ses yeux bleu et son rouge à lèvres rose pétant de là où il était.

Elle lui teint la porte vitrée, pendant qu'il franchissait les derniers mètres à grande enjambées.

« Merci ! Lui lança-t-il d'un de ses plus beaux sourires. Ce qui, de ce fait, revenait à un grand plissement des lèvres accompagnée d'un rictus d'à peu près tout le visage. La femme trouva cette mimique très drôle. On aurait un genre de rat, ou une petite gerbille, à la limite.

- Je vous en prie. Passez une bonne journée, Monsieur Joly ! Lui lança-t-elle tandis qu'elle poursuivait son chemin, son sourire toujours accroché à la face.

Alex la suivit du regard quelques secondes, avant de trouver que quelque chose clochait.

Il balaya les alentours. Personne, pourtant.

Personne ?

Où est bien passé Emy ?

Il fronça les sourcils, la cherchant du regard. Il finit par l'apercevoir derrière le parebrise de sa voiture, toujours assise à sa place. Elle regardait pas la fenêtre, paisiblement.

"Mais qu'est-ce qu'elle fout ... "

"Madame" ! Cria-t-il.

Aucune réaction.

"Madame !"

Toujours rien.

Il lui fit de grands gestes de la main pour tenter de capter son attention, mais rien n'y faisait.

"Il ne manquerais plus qu'elle soit sourde."

Il leva les yeux au ciel avant de relâcher la porte pour revenir au véhicule.

"Mais dans quelle merde est-ce que je me suis foutu, moi ..."

Il s'appuya sur le rebord de la fenêtre. Il fixa ses baskets qu'il trainait depuis quelques années déjà, il les gardait pour le week-end. Même une paire de pantoufles serait moins confortable.

"Ecoutez ... Je ne sais pas ce que vous attendez de moi, mais il va sérieusement falloir qu'on ..."

Elle lui pinça le bras.

"Mais arrêtez, avec cette manie de pincer les gens, enfin !"

Elle lui tira la manche, déformant son pull. Il releva la tête, brusqué.

La femme lui flanqua une page de son carnet juste devant le nez, si bien qu'il dût s'écarter un peu pour en lire le contenu.

" Un homme digne de son nom ouvre la porte en attendant que les dames descendent."

Il avala difficilement sa salive, et leva les yeux au ciels, tandis que ceux de son interlocutrice se fondaient dans les siens.

"Très bien."

Ainsi il s'exécuta.

La femme arqua les sourcils d'un air hautain, et poussa un léger soupir lorsqu'elle arriva à sa hauteur.

Il allait la suivre, bouillant de frustration, mais se ravisa.

"Ah, son sac.  "

D'un claquement de doigt, il tourna derrière la voiture et ouvrit le coffre pour s'emparer de la grosse valise en toile brune.

Emie sourit en le regardant de côté. Une légère brise lui carressait le visage. Le soleil lui réchauffait sa peau blancheâtre.

Tout allait parfaitement.
Peut-elle aurait-elle trouvé son Utopie, en fin de compte.

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