Sur le chemin du retour, elle repensa à la scène du billard, et malgré la peur qu'elle avait ressenti lorsque cet inconnu était venu les accoster, elle devait bien reconnaître qu'elle s'était bien amusée... Cela faisait bien longtemps qu'elle ne s'était pas oubliée de la sorte... Elle n'avait plus du tout pensé à sa maladie mais avait repris une vie que toutes les jeunes filles de son âge menaient. Avec son lot d'insouciance, de découverte et d'expérience palpitante...
Elle hâta néanmoins le pas, même si elle faisait attention à ne pas courir, le stress de son retard et les émotions de l'après-midi eurent raison de sa résistance. Son cœur commença à s'emballer comme il l'avait fait il y avait quelques minutes. Stoppant sa marche, elle se tint à un panneau de signalisation et mit sa main sur son cœur espérant stopper les battements intempestifs. Voulant chercher ses médicaments, elle entendit le bruit d'un vélo s'arrêter tout près d'elle.
-« Quelque chose ne va pas ? », demanda une voix d'homme.
Levant ses yeux hagards vers la personne, elle reconnut son professeur de littérature. Celui-ci la regardait de manière inquiète. Se penchant alors vers elle, il remarqua qu'elle semblait essoufflée. Prenant une petite bouteille d'eau qu'il avait dans sa sacoche, il fit boire la jeune fille. Elle réussit à se calmer sans prise de médicament et remercia son professeur pour son aide.
-« Et bien on peut dire que tu sais effrayer les gens », fit il en souriant d'un air réconfortant.
-« Je suis désolée... Je ne pensais pas avoir une autre crise si rapidement... »
-« Une autre crise ?... », demanda-t-il sans comprendre.
-« J'ai un problème au cœur... On a découvert il y trois mois que j'avais un souffle au cœur. Mais ma seule chance de retrouver une vie normale est une greffe... »
-« Je comprends mieux cette crise alors... », reprit il.
Perdus dans un silence, chacun semblait mesurer l'effet de cette annonce. Pour Anna ces deux crises successives ne présageaient rien de bien réjouissant. Il fallait qu'elle fasse beaucoup plus attention à l'avenir... Elle voulut repartir lorsque Luc déclara ;
-« Monte ! Je te ramène chez toi... »
-« C'est que... », fit Anna étonnée de cette proposition.
-« Allons, je ne voudrais pas te retrouver allongée sur la route à cause d'un malaise, et puis tu seras beaucoup vite chez toi avec mon vélo... »
Voyant qu'elle semblait encore un peu hésiter, il rajouta sur un ton moins formel ;
-« A moins bien sûr que mon vélo tout rouillé ne te fasse peur et que tu aurais préféré un professeur avec une grosse voiture ?!!! »
Le regardant complètement abasourdie par ses propos, elle vit celui-ci sourire, faisant une mine faussement dépitée. Réalisant le comique de la situation, elle se mit à rire elle aussi oubliant l'espace de quelques secondes l'inquiétude qu'elle avait ressenti sur sa maladie.
-« Je crois que pour une fois je vais fermer les yeux et accepter de monter sur votre antiquité !! », s'exclama-t-elle sans se départir de son fou rire.
-« Allons, un peu de respect pour les vieilles choses, et puis je peux t'assurer que c'est un vrai bolide quand il le veut à ses heures !!! », reprit l'enseignant dans la même bonne humeur.
-« Il ne me reste plus qu'à tester vos dires dans ce cas !! », répliqua-t-elle en s'installant sur le porte-bagages.
-« Accroche toi bien dans ce cas !! », dit il en commençant à pédaler comme un fou sous les rires cristallins de son élève.
La brise tiède de cette fin de journée, fouettait le visage d'Anna qui se cramponnait comme elle le pouvait au corps de son professeur. Sa pudeur lui interdisait de se serrer trop à lui. Mais quelque part, elle se sentait bien... Elle avait une impression de liberté qu'elle croyait depuis trois mois avoir perdu. Or, à cet instant, c'était comme si elle se sentait capable de tout... Plus de peur de mourir, plus de peur de souffrir... Rien de tout cela si ce n'était une incroyable envie de vivre... Elle se surprit à regarder les arbres qui doucement commençaient à prendre une teinte brune, orangée, annonçant l'automne prochain. Mais cela lui semblait si beau... Fermant quelques instants les yeux, elle se laissa bercer par cette brise. Comme à regret, elle constata bientôt qu'ils approchaient de la rue où elle vivait...
Pourquoi subitement avait-elle ce pincement au cœur, comme si elle avait peur de ne plus jamais ressentir cette douce torpeur qui l'avait envahit l'espace de ce trajet ?... Lorsque le vélo de Luc s'immobilisa, elle fixa l'arrière de la rue comme si elle désirait repartir dans l'autre sens.
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Le temps d'une seconde
FanfictionUne seconde, moment d'éternité ou simple rêve fugace ?... Voilà comment l'espace d'une seconde le destin de deux êtres va se trouver chamboulé... Attention romance à l'horizon ^^.
