Trois

47 7 4
                                    

-Je peux t'aider, affirmait l'homme assis en face de moi.
Je le considérait un instant, incrédule. Je voulais bien ne pas être assez mâture pour avoir des jugements fiables, mais ça, ça dépassait de loin tout ce que j'aurai pu penser.
-Alors vous pensez qu'un homme, que je ne connais pas, peut m'aider, alors que je n'ai pas de problème, et que quand bien même j'en aurai, je n'en ai jamais parlé même aux personnes de confiance, auquel cas je ne serai pas ici, c'est ça?
Une lueur de défi traversa son regard. C'est comme ça que je compris. Je n'étais qu'un patient de plus, pour lui. Un autre fou à soigner. Un gamin dont il se foutait mais dont les parents payaient.
Ha ça, l'argent... J'en avis tout vu, avec les couleurs de la Vérité. Tout. Les hommes tuent pour ça. Ils mentent, trahissent, délaissent, ils perdent leur honneur et leur dignité, deviennent ni plus ni moins que des animaux, des bêtes farouches, sournoises et cupides. Cet homme n'y faisait pas exception. Son salaire comptait ô combien de fois plus que la santé de ses patients à ses yeux. Mais je ne pouvais pas lui en vouloir. Alors j'ai dis, comme d'habitude :
-Je vais bien.
Et je me suis tu, jusqu'à la fin de la séance. Jusqu'à ce que ma mère vienne me chercher. Qu'elle me demande comment ça c'est passé et que je réponde, comme un litanie :
-Bien. 
Bien. Bien, bien, bien.
J'avais remarqué, quand j'étais petit, qu'à force de répéter un mot, en boucle, à vois haute, il perdais son sens. Alors je m'amusais, allongé sur mon lit à répéter ces mots jusqu'à en perdre la signification. Voilà ce qu'était ce mot, à présent. Bien. Un mot dont on a perdu le sens à force de le répéter. J'allais bien. Ça ne voulais plus rien dire, pour moi. Je n'allais pas. Je n'allais plus.

J'avais été écrasé par les couleurs de la Vérité.

J'ai vu les couleurs de la VéritéOù les histoires vivent. Découvrez maintenant