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Depuis toujours, Stephen avait été différent des autres enfants. Au premier baiser salé offert à sa mère, le mal avait parlé. Dès le premier jour, son existence avait été complexe : les médecins, les prélèvements sanguins, les examens sans fin et les interminables avertissements et inquiétudes de ses parents qui l'avaient surprotégé, tentant de le garder en sécurité au sein du cocon familial. Il avait toujours su que, quoi qu'il fasse, sa vie ne pourrait jamais être aussi simple que celles des autres jeunes de son âge. Quoi qu'il puisse espérer, l'espoir ne le ferait pas vivre. Mais il n'avait jamais baissé les bras. La vie était belle et méritait d'être vécue.

L'automne était difficile pour lui : un climat trop humide, un air trop lourd pour être sain et salvateur dans ses poumons, une saison assassine, qui lui arrachait sans cesse quintes de toux douloureuses et grasses. Pourtant, en ce début d'octobre, dès le lever du jour, il avait pu respirer plus facilement, et c'est accompagné d'un grand sourire qu'il avait rejoint ses parents dans la cuisine. Sourire à la vie était comme un croche-pied fait à la maladie.

Stephen avait profité de cette accalmie pour se rendre chez son meilleur ami et y avait passé l'après-midi à jouer aux jeux vidéo. Sébastien, contrairement aux autres garçons du bahut, n'avait jamais accordé la moindre importance à son physique maigrelet ou à sa maladie envahissante, c'est pourquoi Stephen l'adorait et abusait de son temps.

La nuit commençait à tomber quand il atteignit le cimetière qui embrassait la ville côté ouest. C'était un raccourci qu'il empruntait souvent pour rentrer chez lui. Il aimait marcher le long de la forêt, au grand air. Peu de gens choisissaient de passer par là, certainement rebutés par l'ombre des tombes. Mais Stephen n'avait jamais eu peur de la mort. Mourir était une finalité en soi, mais le plus dur n'était pas de partir, c'était d'abandonner les gens que l'on aime, de les laisser vivre avec un vide insondable dans le cœur. Il chassa bien vite ces sombres pensées.

Seul un liseré de soleil caressait encore la cime des arbres. Les parents de Stephen s'inquiéteraient s'il ne rentrait pas sous peu alors il accéléra légèrement le pas. Se faisant, il manqua tomber en marchant sur un lacet défait. Il se baissa pour le refaire, le souffle un peu court, et entendit du bruit derrière lui, comme la caresse de pas légers sur le tapis ocre de l'automne. Il se retourna mais ne vit personne. Son lacet noué, il se redressa et reprit son chemin, continuant à longer l'épais mur de pierre. Les crépitements reprirent dans son dos. La nuque de Stephen se couvrit d'une fine couche de sueur froide : on l'observait. Son instinct lui cria de fuir. Ridicule ! Une peur, infondée sûrement, s'était emparée de ses tripes, creusant un trou vicieux dans son ventre, et c'est sans réfléchir qu'il se mit à courir. Chose stupide, erreur aberrante, qu'il n'avait plus commise depuis des années. Alors que les crépitements se muaient en craquements sinistres, ses poumons semblèrent se remplir d'acide. Le souffle court, la gorge en feu, il continuait à avancer, chaque inspiration le lacérant comme autant de coups de poignard.

Quand le choc violent le fit basculer sur le tapis de feuilles mortes, il ne sut pas ce qui le meurtrit davantage : la perte de son souffle ou l'étau monstrueux qui lui déchira le ventre. Il ne put crier. L'air le fuyait et seul un long râle lui échappa. Il sentit son sang chaud noyer la douceur du feuillage. La bête grogna contre lui. Il mourait. Et une seule idée l'obsédait : depuis quand n'avait-il pas dit à ses parents qu'il les aimait ?

GOING WILDDes histoires addictives. Découvrez maintenant