🌟CHAPITRE 1🌟

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Je me réveille suite à la lumière qui arrive à s'infiltrer dans l'immeuble détérioré qui me sert d'abri, à moi et à mon petit frère ; Caleb. Je grognes et frottes rapidement mes yeux pour pouvoir prendre la montre salie de boue posée près de moi. C'est étonnant que la moitié de l'humanité soit détruite, mais que cette toute petite horloge arrive encore à nous donner l'heure correctement. Enfin bref, je constate donc qu'il est 8 heures du matin. Je secoue doucement par le bras de mon petit frère, pour le réveiller. Chaque matin, Caleb et moi, nous partons de l'endroit où nous avons passé la nuit. Je ne sais pas trop pourquoi, peut-être pour avoir l'espérance de tomber, un jour, sur un terrain gardé qui n'a pas encore été démoli par les humains. Ou peut-être pour toujours être en mouvement, pour que les traqueurs aient du mal à suivre notre piste. Ou peut-être les deux. Depuis la mort de mes parents, je m'occupe avec responsabilité de mon petit frère. Je suis la seule personne qui lui reste ; et vice-versa.
Caleb ouvre avec difficulté les yeux et puis s'étire.

"- Coucou mon ange, dis-je d'une voix calme. "

Il ne me répond rien et me fais un câlin. Surprise, je restes une seconde sans bouger, et puis je décide finalement à enrouler mes bras autours de sa minuscule taille. C'est souvent dans ces moments-là que j'ai envie de pleurer, m'effondrer ; car ils me rappellent souvent pourquoi on s'enlacent, parce qu'il ne reste plus que nous, et que le Monde est mort. Nous sommes peut-être les derniers humains sur Terre, après tout. Je me sépare des bras de Caleb et réunit le peu d'affaires que nous avons. Je donne son sac à Caleb, et mets le mien sur mes épaules. Nous quittons le lieu où nous avons dormis cette nuit, sans au revoir, sans adieu, sans à bientôt. On sors de l'immeuble, main dans la main, sans un mot. Puis j'entends un gargouillement.
Je me retournes vivement, et vois à quelques mètres de Caleb et moi une personne, courant vers nous, avec des cheveux visiblement arrachés, des yeux injectés de sang et sa bouche est recouverte d'un liquide jaunâtre. Il a le virus. Je serres plus fort la main de mon petit frère, pour le rassurer, tout en cherchant mon revolver planqué dans mon sac. Je le trouves finalement, et alors que le contaminé s'apprête à nous sauter dessus, je lui tire une balle dans la tête.

L'humain tombe à terre, avec un glapissement, et je constate qu'un filet de sang sort de sa bouche. Répugnée, je mets mes mains devant les yeux de Caleb, pour ne pas l'obliger à voir des horreurs pareilles. Ce n'est pas la première fois que ce genre de choses arrive, mais chaque fois, c'est comme un coup de couteau dans le cœur, et bien plus pour lui que pour moi. Le virus nous a fait grandir trop vite, pas d'enfance, pas de joie, ni de sourires. Sans bruit, je range mon pistolet et je fermes les yeux cinq secondes pour visualiser la scène de moi, en train de tuer un homme. J'ai tuée un humain. Un des survivants. J'ai tuée une vie. Je suis une meurtrière. Je repousse ma vision dans un coin de ma tête et fais un signe discret de tête à Caleb pour lui dire qu'on doit y aller avant que les Traqueurs arrivent, attirés par le bruit. Je prends sa main et y dépose un doux baiser du bout de mes lèvres, effleurant sa peau veloutée. Finalement, sans un regard de plus en arrière, nous marchons tout droit.

Au bout de deux heures sans pause, Caleb commence à se plaindre.

"- Jane, on arrives quand ? Hein, on arrive quand ? Jane, j'ai mal. Jane, j'ai soif. JANE J'AI FAIM !!

- Caleb, on arrêtera de marcher lorsqu'on aura trouver un refuge ou dormir. "

Il soupire et je peux sentir son souffle accéléré et son coeur qui bat même si je ne suis pas collée à lui. Mais il faut continuer, on ne peut pas se permettre de s'arrêter à pleine vue des Traqueurs. Désolé Caleb, mais si je te forces à ne pas te stopper dans ton parcours, à ne pas abandonner même quand tu souffres, c'est par ce que j'y suis obligée. Je suis désolé Caleb, pour le virus. Je suis désolé Caleb, pour ce que les humains ont foutus. Je suis désolé Caleb, pour tout.

Une heure plus tard, mon petit frère ralentit le pas, et finit par s'arrêter dans son chemin. Je retournes en arrière pour le rejoindre en soupirant, et lui chuchotes :

"- Caleb, on arrives bientôt, ne t'inquiètes pas, et surtout, ne te décourage pas.

- J'ai mal aux jambes, et j'ai un point de côté Jane... Même nounours a mal, se plaint-il en me mettant la peluche juste sous le nez.

- Je sais, pardonnes moi, Caleb. Tiens, tu veux un peu d'eau ? "

À l'entente de mes paroles, ses doux yeux s'illuminent et il crie de joie. D'habitude, on ne boit pas avant d'être arrivés, ça nous permet de garder le plus possible d'eau. Mais il y a des fois ou c'est impossible, et on cède à la soif. Je lui tend la bouteille qu'il me prend des mains, pour boire le quart. Il aurait pu tout finir si je ne l'avais pas arrêté.

"- C'est bon, tu n'as plus soif ? On y va ?

- Oui, merci, me murmures t'il en me faisant un bisous poisseux sur la joue."

Je souris intérieurement et replace la bouteille d'eau dans mon sac. Je lui prends la main et on recommence à marcher. La " balade " dure environ une demie-heure, avant que mon petit frère tombe à terre. Rapidement, je le prends dans mes bras , stressée :

"- Caleb, ça va ? Répond-moi ?"

Il lâche un son rauque, et ses yeux se ferment. Je prends en vitesse la bouteille et l'asperge d'eau, mais il ne se réveille pas. Je laisse dégouliner le liquide transparent dans sa bouche, mais rien n'y fait. Une larme commence à dégouliner sur ma joue, puis deux, puis trois. Caleb est tout ce qu'il me reste, Dieu, ne me le retire pas, je t'en pris. Je commence à hurler inconsciemment, sans penser autour qu'il y ait des traqueurs. Je donne contre mon gré une claque à mon frère pour le réveiller, mais sans succès. Bordel, c'est ma faute. On aurait du s'arrêter plus longtemps, un peu plus boire, manger un casse-croute. Je pleures sur mon petit-frère, qui est placé au creux de mes bras. Cet instant de solitude totale doit durer entre vingt et trentes secondes, jusqu'à que j'entendes des voix au loin.

"- Tu es sur d'avoir entendu un cri ? Demande une voix sépulcrale.

- Je te dis que oui ! Grouilles avant que la personne se casse ! T'as entendu ce qu'a dit le chef, Didier ! "

Je me relèves rapidement, gardant toujours dans mes bras l'être qui m'a tenu compagnie plus de six ans, sous la pluie, sous le soleil, sous le vent ou sous la neige. Je prends les deux sacs posés à terre, renverse la bouteille au sol, faisant dégouliner l'eau. Quel gâchis. Je ne m'attarde pas devant ce spectacle et commence à courir du mieux que je peux avec mon frère et deux sacs assez lourds dans les bras. Et je peux vous assurer que ce n'est pas très confortable. Malgré le vent qui siffle dans mes oreilles, j'arrive à entendre les hurlements se rapprocher. Je jettes un regard en arrière et vois deux hommes avec des mitraillettes dans les mains, habillés à la façon militaire, courir après moi. J'ai aperçue beaucoup de Traqueurs dans ma vie, mais eux ne me voyaient jamais, et encore moins me poursuivaient. J'accélère un peu mon allure, et je fermes les yeux dans mon effort pour mieux me concentrer. Et je percutes quelque chose. Ou plutôt quelqu'un.

Fuck.Des histoires addictives. Découvrez maintenant