Miss Diamond Lil'

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 Voilà comment j'ai rencontré Miss Diamond Lil'. Des cheveux roux, bouclés, abondants; voilà ce que j'ai vu avant de constater qu'ils encadraient un visage. Elle était belle, et n'avait à priori rien à faire ici, avec les fantômes qui occupaient ce bar et cette ville. Pourtant, elle se tenait derrière le bar, comme si elle était chez elle. La surprise m'a fait balbutier :

« Euh... je, je me demandais si vous serviez à manger.

- Oui, j'ai un ragoût sur le feu si vous voulez.

- Ce sera parfait, j'vous remercie m'dame. »

C'était une anomalie, elle me parlait avec assurance et décontraction, comme si je n'étais pas le seul étranger qui n'était pas un ouvrier du Rail à pousser les portes de ce Saloon depuis longtemps, mais comme si j'étais un vieil ami qui rentrait à la maison. Je me suis retourné et ai remarqué que les autres âmes présentent me regardaient; l'un d'entre eux avait de la cendre de cigarette qui tombait sur son pantalon, ils restaient tous immobiles, attendaient de voir la suite du spectacle que je donnais, l'étranger gauche intimidé par la jolie barmaid. Miss Diamond avait disparu dans une salle derrière le bar, où devaient se trouver le réchaud. Sa voix me parvint, étouffée mais toujours aussi timbrée :

« Vous avez l'air de venir de loin, vous devez sûrement avoir soif aussi. »

Ce n'était pas une question. Elle a posé une assiette de ragout et un verre de whisky sur le comptoir.

« Vous travaillez ici?

- Haha ! Ouais, si on veux! » J'ai entendu quelques gloussements derrière moi, « Ce Saloon m'appartient et ce depuis qu'il s'est dressé ici, à Thunder Mesa; c'est à dire le jour où je l'ai fait construire.

- Mais.. Comment?

- Comment ça comment? Comment est-ce que n'importe quel Saloon se fait construire? Qu'est-ce qui vous étonne? »

Je me sentais terriblement honteux. J'imagine que l'on vit dans une ville où une femme sans bague au doigt peut faire construire un Saloon et le faire tenir même lorsque la ville où il se trouve devient déserte. J'avais peur d'avoir insulté la jeune femme. Je me suis tu et ai pris une cuillère de ragout - qui était délicieux par ailleurs. Tout le monde s'est remis à rire, même les cheminots qui jusqu'ici se montraient indifférent à notre échange.

« Elle a eu comme qui dirait un petit coup de pouce. » Je me suis retourné pour voir qu'un des fermiers me parlait.

« Presque vingt ans ils ont miné la montagne jusqu'à l'os...

- Jamais ils ont trouvé une pépite aussi grosse que celle que Miss Diamond a trouvé dans la rivière.

- Et par hasard ! »

Ils parlaient les uns après les autres, comme si après avoir fièrement raconté cette histoire de nombreuses fois, elle était devenue une chanson bien orchestrée. J'étais impressionné. Non pas par leur performance, mais par l'histoire surréaliste de cette femme.

« Je l'ai emmenée à la banque et ait gagné assez d'argent pour construire le Lucky, mais pas avant d'avoir eu le temps d'en faire une réplique. »

Elle s'est écartée et j'ai pu effectivement voir, exposé fièrement entre les bouteilles d'alcool, sous une cloche en verre, et mise en valeur par un éclairage spécial, une immense pépite d'or, plus grosse que ma tête, qui avait l'air plus vraie que nature. Si elle n'était pas en or, la réplique seule devait néanmoins avoir beaucoup de valeur.

« C'est... impressionnant M'dame.

- On le dit. Vous savez, j'ai eu d'la chance, ça personne peut le nier, mais j'ai travaillé dur pour en être ici. »

Ça aussi c'était indéniable. N'importe qui aurait pu toucher le gros lot et ouvrir un saloon, mais le Nucky Nugget avait de la classe, du goût, une attention portée au détail. Miss Diamond Lil était quelqu'un de talentueux qui a obtenu les bons outils.

« Mais vous alors, vous êtes qui? On voit pas beaucoup d'étrangers par ici.

- Oh oui, pardon, je suis Mr. Baxter, le..

- Le nouveau maréchal ferrant? Mais vous êtes en avance, le vieux Richie partira pas avant deux mois.

- Oui, je sais, mais...

- Parce que sa maison vous reviendra pas avant ça c'est sûr, il y habite toujours!

- Oui, justement...

- Bon, je devrais pouvoir vous donner un toi au Saloon en attendant. Vous avez de quoi payer votre nourriture pendant deux mois?

- Ben je pe...

- Ça fait rien, vous me rembourserez plus tard, vous allez voir que maréchal ferrant, à Thunder Mesa, c'est un boulot assez prolifique.

- Ah, merci, c'est...

- Bon, arrêtez de me supplier, j'ai déjà dis oui ! Allez je vous montre votre chambre! » Elle commença à monter l'escalier en bois jusqu'à l'étage. J'ai du me forcer à fermer la bouche avant qu'une mouche n'entre dedans. « Vous venez? »

Souvenirs de Thunder MesaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant