Nous avons beaucoup parlé, pendant longtemps, de tout et de rien. Et j'ai découvert une autre Lil' que celle qui n'existe que par sa ville. J'ai appris que c'était aussi une personne fatiguée, et terrifiée, pleine d'angoisse et d'insécurité, comme tout le monde. Et je l'apprécie plus maintenant ! Faut-il que les gens soient malheureux pour qu'on les accepte. Peut-être suis-je seulement rassuré de savoir que je m'adresse à une personne, et pas simplement à un guide touristique. Néanmoins nous parlions depuis un moment, j'avais quelque chose de bien plus intéressant à faire ce soir là. J'ai déduis que, le rendez-vous avec « A » se déroulant à minuit à l'autre bout de la ville, il valait mieux le garder secret. J'ai donc prétendu à une balade nocturne en solitaire, fini mon verre - mauvaise idée car ce n'était pas le premier et que je n'étais plus exactement frais -, et pris congé de Miss Diamond Lil'.
La nuit était douce, et calme. Alors que j'avançais tranquillement, je me souvenais de ce que j'allais faire. Aller à un rendez-vous secret, avec une personne que je ne connaissais pas, qui elle me connaissait mieux que personne en ville. Je devins nerveux, j'avais dix minutes devant moi, alors je ralentis le pas. Soudainement je n'avais plus vraiment hâte. Mais j'avais besoin d'aide, et je voulais des réponses, je voulais en savoir plus. Je regardais sur ma droite, le Thunder Mesa Mercantile, authentique et meilleur - car le seul - tailleur de la ville. Il marchait toujours bien car les cheminots abîmaient souvent leurs habits, et il proposait des uniformes du rail standards. J'aurais bientôt besoin de m'y rendre. Tout était si silencieux. Pour rejoindre la grange, il fallait traverser la grande artère principale et la suivre jusqu'au bout. On arrivait à la zone où se trouvait la gare qui, à cette heure-ci, était complètement déserte. Cet itinéraire permettait de voir tous les lieux importants de la ville, plus ou moins. Cette grande rue était le coeur économique de la ville, puisqu'on y trouvait, évidemment, la zone d'embarquement pour la mine, mais aussi beaucoup de restaurants et de commerces. Avoir un telle vue de la ville, vide, silencieuse, calme, fantomatique, comme je la voyais en ce moment était certainement impossible par le passé, même à cette heure-ci. Je ne me sentais pas vraiment privilégié pour autant. De toute manière, je n'étais pas ici pour observer « Thunder Mesa by night ».
Je suis arrivé plus vite que je ne le voulais à la grange, immense silhouette sombre dans la nuit. J'avais cinq minutes de retard et pourtant, personne à l'horizon. Je commençais à être déçu, malgré mon appréhension, j'attendais beaucoup de cette rencontre. Peut-être n'étais-ce qu'une plaisanterie, ce mot, ce rendez-vous, peut-être que « A » avait déjà raconté à tout le monde ce qu'elle avait lu dans ce journal et que j'étais la risée de la ville. Je remuais ces pensées lorsque j'ai entendu une voix, féminine, depuis l'intérieur de la grande :
« Mr. Baxter?
- Oui?
- Rejoignez-moi à l'intérieur. La porte est verrouillée. »
- J'ai soulevé la pierre, près de la porte, sous laquelle était cachée la clé, ai déverrouillé la porte et suis entré.
« J'avais peur que vous ne viendriez pas.
- Je suis là. »
C'était une femme. Blonde, elle se tenait très droite et était propre sur elle. Elle avait dû appartenir à la haute bourgeoisie de Thunder Mesa.
« Donc, heu...
- Partez.
- Pardon?
- Vous devez quitter la ville.
- Je croyais que je devais laisser une chance à la ville, et à ses habitants. Essayer de m'intégrer, tout ça. C'est une plaisanterie, c'est ça? Vous voulez pas d'étranger dans votre précieuse Thunder Mesa?
- Wow, du calme. Je suis votre alliée ici, ne soyez pas ridicule. Et croyez moi quand je vous dit que le meilleur moyen de vous aider est de vous convaincre de partir d'ici.
- Mais qu'est-ce que ça veux dire? Cet endroit m'inquiète mais je n'ai pas de raison concrète de fuir.
- Non, vous ne comprenez pas. Vous croyez que ce sont des peurs irrationnelles. Vous êtes en réalité très loin de la vérité : vous êtres en danger à Thunder Mesa.
- En danger? Pourquoi? Parce qu'on m'accueille? Que j'ai un boulot assuré, ou parce qu'on me loge et me nourrit gratuitement en attendant?
- Je me doutais que vous diriez ça. Vous savez que les prisonniers sont aussi logés et nourris à l'oeil, n'est-ce pas?
- Prisonnier? C'est absurde, je peux partir d'ici quand je veux.
- Alors, faites le !
- Non ! Je ne veux pas fuir.
- ...Je ne pourrais pas vous convaincre, n'est-ce pas? »
Je n'ai pas répondu, j'ai seulement baissé les yeux. Elle s'est assise à une chaise dans un soupir, me faisant remarquer l'étrange aménagement des lieux. L'endroit était rempli de tables rondes avec des chaises, à part un grand espace carré laissé vide, au bout duquel se trouvait une estrade. Je compris que cet endroit devait servir pour des fêtes par le passé, avec danse et musiciens. Je me suis assis en face d'elle.
« Je ne veux pas me battre avec vous, dit elle en me jetant son regard gris, perçant. Je veux vraiment vous aider.
- Je sais.
- Bon. Dans ce cas, la seule chose que je puisse faire, c'est rendre ça le moins douloureux possible pour vous.
- Moins douloureux? »
En parlant, elle avait rassemble la poussière qui se trouvait sur la table en un petit tas, avant d'attraper le tout avec un mouchoir en tissu. Tout ceci d'une manière méthodique, probablement sans même y penser, avec des gestes très précis et maîtrisés. J'ai repensé à se posture et me suis dit qu'elle était sûrement plutôt une domestique qu'une bourgeoise.
« Si vous ne partez pas, et j'ai bien compris que vous n'allez pas le faire, vous allez souffrir, c'est inévitable. Je peux essayer de rendre ça supportable.
- Mais, je ne comprends pas, pourquoi suis-je en danger?
- Cet endroit n'est pas sain pour vous.
- Oui, j'ai bien compris, mais qu'est ce que ça veux dire, concrètement?
- Je ne peux pas vous le dire.
- Quoi?
- Ce serait suicidaire pour moi de trop vous en dire.
- Quoi? Mais, je croyais que vous étiez-là pour m'aider, j'en ai marre des énigmes.
- Je me met en grand danger, rien qu'à vous parler. Encore une fois je veux vous aider, mais je ne peux pas tout vous révéler.
- Ah, seigneur... bon, mais qui êtes vous? Ou ça non plus vous ne pouvez pas me le dire?
- ...
- Super. Et à la fin de votre lettre vous disiez « J'aimerais que ce soit plus facile cette fois », qu'est ce que ça veux dire?
- ...S'il vous plaît, Baxter.
- Bon, j'en ai assez entendu. »
Alors que je marchais vers la porte, elle me dit :
« Pourquoi je vous attendais à l'intérieur d'une grange fermée, tout à l'heure?
- Je...je ne sais pas.
- Aucune importance. La vraie question c'est : comment êtes-vous entré? »
Je réfléchis une seconde.
« Vous m'avez dit de prendre la clé sous la pierre.
- Non. Je vous ai dit que la porte était verrouillée, c'est tout. Comment saviez vous où se trouvait la clé?
- Je... quoi? »
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Souvenirs de Thunder Mesa
Mystery / ThrillerBaxter quitte son passé tumultueux pour une nouvelle vie à Thunder Mesa. La ville, autrefois prospère, est aujourd'hui presque déserte, et offrira au jeune homme le calme qu'il recherche pour pouvoir tourner la page. Ou, du moins, c'est ce qu'il cr...