Quand je me réveillais enfin de mon évanouissement, je me sentais affreusement vaseuse et une sensation de saleté me collait à la peau. J'avais la sensation d'avoir nagé dans l'eau d'un marais et d'avoir avalé un litre de boue, tellement ma bouche me semblait pâteuse.
Je tentais de me relever en m'appuyant sur la porte pour garder un semblant d'équilibre. La tête me tournait et j'avais la sensation que le sol allait se dérober à tout moment sous mes pieds. De toute ma vie je n'avais jamais autant conscience que la Terre tournait. Tout mon corps tremblait, et je me sentais pathétiquement faible avec en prime, une profonde nausée qui menaçait à tout moment de franchir la barrière de mes lèvres. Je me demandais si je devais aller à l'hôpital, mais je n'arrivais tout simplement pas à baisser les yeux sur ma blessure pour prendre pleinement conscience des dégâts. J'avais trop peur de rendre le contenu de mon estomac sur le carrelage blanc du cagibi.
J'avais encore un peu mal mais je pris cela comme une bonne nouvelle, ça voulait dire que mes nerfs n'avaient pas été sectionné. Et les tendons et ligaments semblaient aussi en assez bon état puisque mon bras était toujours attaché à mon corps et que je pouvais encore bouger les doigts doucement. Je n'osais pas plier le coude ou serrer le poing, par peur de la douleur et aussi par crainte d'aggraver ma blessure.
Le premier pas fut une véritable épreuve. Au deuxième, ma nausée fut tel que je crus vraiment vomir. Je pouvais sentir le goût amer de la bile dans ma gorge comme une menace ou un avertissement de mon corps. Au troisième pas, ma vue se brouilla et je dus m'appuyer contre le mur pour ne pas m'effondrer sur le sol et me réévanouir. Je finis par m'en servir pour garder un ancrage dans la réalité et ne pas retomber dans les ténèbres qui semblaient m'attirer à elles comme un aimant. Je me trainais dans les escaliers et j'atteignis la salle de bain presque en rampant.
Toujours sans accorder un regard à mon membre mutilé, j'ouvris le robinet et fis couler un mince filet d'eau tiède. Je passai lentement ma blessure sous le jet en serrant fortement les dents et en fixant mon reflet dans le miroir pour ne pas baisser les yeux. Au passage, je constatais que j'avais une tête horrible, un vrai zombie fraîchement déterré. Ce petit lavage fut beaucoup moins douloureux que ce à quoi je m'attendais. Mais je n'osais toujours pas regarder. Rien que l'idée de la vision de mon membre déchiqueté par les monstrueux crocs des loups me terrorisait. Je sentais que l'eau était beaucoup trop poisseuse pour n'être composé que de l'hydrogène et de l'oxygène habituels. Combiens de sang avais-je perdu ? Un litre ? Un demi-litre ? Et pendant que j'étais dans les vapes ? Je n'allai quand même pas mourir d'une hémorragie à cause de ça ? Il n'y avait qu'une seule façon de le savoir. Vérifier par moi-même. J'essayai d'inspirer lentement en me préparant psychologiquement au spectacle qui allait suivre. J'avalais ma salive en baissant les yeux.
C'était... vraiment moins pire que ce à quoi je m'attendais. Mais n'empêche que mon bras était tout de même salement amoché. Ma peau était encore recouverte de croûte rouge brunâtre de sang séché, quelques morceaux de peau pendaient autour des diverses plaies larges mais déjà légèrement coagulées qui ornait désormais mon bras. Si je devais la décrire, je pourrais dire que mon avant-bras était comme percé. Les marques des dents des loups était profondément imprimé dans ma chair. Je tremblais à l'idée que j'aurais pu me casser un os sous les tenailles qui leur servaient de mâchoire ou bien tout simplement perdre un bras.
L'eau coulait encore sur ma plaie, ramollissant le sang séché et nettoyant mon avant-bras souillé. Les contours de mes plaies devenaient plus nets me permettant de mieux évaluer les dégâts. Bon au moins...mon os n'était pas cassé et n'était pas visible sous les quelques pans de chair encore en place. Cependant, cette histoire me laissera probablement une belle cicatrice. Je poussai un gros soupire à cette idée. Les marques de guerre c'était pas forcément mon truc. Mais bon, ça me fera une belle leçon de vie. Ne jamais sortir de sa maison quand deux loups de la taille d'un bison se battent sur votre pelouse. Je crois bien être la seule humaine sur Terre à avoir pu expérimenter cette leçon de vie. Et en revenir vivant.
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Transformation
ParanormalAprès la mort de sa mère, Faye se retrouve seule et livrée à elle-même. Pour échapper à la famille d'accueil, elle s'enfuit au Canada et s'installe dans l'ancienne maison de son grand-père décédé dans la petite ville de White Fang . Étonnamment, el...
