Morsure

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Le lendemain, Kaleb ne vint pas me voir. Et il ne répondit pas non plus à mes appels pourtant insistants. Mais comme je ne pouvais pas me permettre de gaspiller mon crédit téléphonique en appels inutiles, je cessai de m'acharner contre les touches de mon clavier. Mais en même temps, je n'étais pas sûre de vouloir le revoir. 

Car malgré le degré de folie toujours aussi élevé de mon hypothèse que j'essayais chaque fois de chasser de mon esprit mais qui revenait sans cesse à la charge, je commençais à beaucoup trop accepter l'idée et à me convaincre que c'était vrai. On dit que le cerveau humain est doté d'une capacité d'auto persuasion exceptionnelle, et que c'est comme ça que l'on arrive à se convaincre de quelque chose d'invraisemblable ou bien s'imaginer que quelque chose s'est passé d'une certaine façon et non d'une autre. Et j'étais vraiment en train de me demander si ce n'était pas exactement ce qui m'arrivait. Je m'auto persuadai de quelque chose d'impossible. Pourquoi ? Me bercer d'illusions n'était pourtant absolument pas mon genre, j'étais au contraire, quelqu'un que je qualifierais pour ma part de particulièrement réaliste, sans arrogance. Les rêves qui se réalisent, les vœux, les marraines la bonne fée et tout le toutim je n'y croyais plus depuis longtemps. Et pourtant qu'est-ce que j'aurais aimé avoir des rêves utopistes sur le grand amour ou mon métier de rêve comme la quasi-totalité des filles de mon âge. Mais je peux vous dire qu'avec une mère toxico à s'occuper à la maison, la féerie de votre vie devient vite très limitée.

Mais bon bref, je me sentais seule soudainement dans cette grande maison vide. Peut-être que je n'aurais pas dû agacer Kaleb avec cette histoire de Meute. Des loups-garous et puis quoi encore ? Des vampires ? Des sorcières aux doigts crochus et des petites fées avec des ailes ? 

Pfff... Même moi, je me trouvais pathétique, mais sur le moment, ça m'avait semblé tellement simple, tellement...évident. Je poussais un gros soupire et me frottai le visage, un geste que j'avais pris l'habitude de faire quand j'étais très fatiguée, ennuyée ou juste lasse de quelque chose. Généralement de ma mère.

Maman... je me demande quelle aurait pu être notre vie ensemble si j'avais découvert cette maison plus tôt. Peut-être que tu t'en serais remise ? Peut-être que tu aurais pu remonter la pente et revenir comme avant ? Cette femme chaleureuse qui me faisait des crêpes en chantant à tue-tête et pas du tout en rythme ses chansons Disney préférées avec mon père qui battait la mesure en décalé en se bouchant les oreilles, avec moi sur les genoux qui hurlais de rire à deux doigts de m'étrangler avec ma propre salive.

Et toi papa... pourquoi as-tu disparu ? Pourquoi n'es-tu pas revenu comme tu nous l'avais promis avant de partir à ce...à ce quoi déjà ? Pourquoi mon père était-il parti ce jour-là ? Il allait quelque part ? Où ça ? Et pourquoi je ne m'en souvenais plus ? J'avais quand même quatorze ans à l'époque, c'était pas comme si j'avais deux ans et donc une bonne excuse pour ne pas me souvenir pourquoi mon père avait quitté la maison le jour de sa mort ?

Pourquoi était-il parti ? La question tournait en boucle dans mon esprit, chassant pendant un moment les images de Kaleb, Niko et Shelly et de leur soi-disant alter ego lupin.

Alors que j'étais, quelques instants auparavant, étalée de tout mon long sur le canapé tel un morse sur son iceberg ou sa berge, j'avais retrouvé une position plus civilisée et surtout plus adaptée à la concentration. Les rouages de mon petit cerveau (qui était beaucoup trop utilisé ses derniers temps) tournaient à plein régime tandis que je fouillai ma mémoire dans le but de déterminé ce qui s'était passé ce jour-là. Il y a quelques mois, j'aurais évité la chose, car cela m'aurait fait souffrir en me rappelant une époque révolue, mais maintenant, j'étais curieuse. Je devais savoir.

Donc si je me souvenais bien, mon père était parti un matin avec une valise et un autre homme (souriant et sympathique d'après mes souvenirs anormalement flous) et embrassant tendrement ma mère qui lui disait d'être prudent et de revenir vite. Et puis, je me souvenais que je boudais un peu parce qu'il ne pouvait pas rester pour fêter avec nous ma super note en mathématique (la matière dans laquelle j'avais le plus de difficultés à l'époque). Il avait ri en voyant ma tête renfrognée et m'avait promis qu'il me rapporterait un cadeau pour me féliciter. Mais un cadeau d'où ? Il était allé où bon sang ! J'avais quand même pas pu oublier ça, si ? Et puis, cet homme que j'avais juste entrevu mais qui m'avait regardé (j'en étais sûr) avec un sourire chaleureux, qui était-il ?

TransformationOù les histoires vivent. Découvrez maintenant