Luka

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Je pleurai pendant un long moment avant de me relever en hoquetant encore un peu. Je me sentais perdue, j'avais peur et je ne savais pas quoi faire. Ce secret me semblait peser une tonne et demie.

Un loup-garou.

Voilà ce que j'étais maintenant. Enfin, plutôt une louve. Mais qu'est-ce que j'aillai faire maintenant ? Hein ? Quoi ? Et puis, est-ce que je devais le dire à quelqu'un ou garder ça pour moi ? Et puis, si je me confiais, est-ce que cette personne appellerait le zoo ? La police ? Les pompiers ? Autre chose que je préférai ne pas savoir ? Soudainement les raisons de l'air coupable du loup tacheté de la disparition mystérieuse de Kaleb ainsi que l'impression triste et désolée de Niko me devinrent brusquement limpides. Je frottai machinalement mon bras miraculeusement guéri et frissonnai en pensant à tout ce que cette guérison signifiait.

J'en pouvais plus, j'avais besoin de le voir.

Lui, mon beau loup aux yeux violets. Je ne savais pas depuis quand je m'étais habituée à lui ou à le voir quand j'étais dans la...les problèmes. Mais c'était...tellement simple. Comme un réflexe. Et là, ce réflexe me criait de me blottir dans sa fourrure pour essayer pendant quelques secondes d'oublier ce qui m'arrivait. Par sa faute. À 50%. Je ne m'arrêtai pas à ce détail (quasiment) sans importance, et me précipitai dans le jardin.

Il n'était pas là.

L'étendue d'herbe rase de mon jardin me sembla l'endroit le plus inaccueillant du monde sans sa présence que j'avais fini par trouver relativement rassurante. Je restai plantée là, à espérer qu'il apparaisse comme par magie devant moi pour me consoler et m'encourager de sa manière silencieuse. Je me sentais un peu abandonnée alors que je n'en avais aucune raison. Après tout, rien ne le rattachait à moi à part cette morsure accidentelle.

Mais rien. Aucun craquement de brindille me signalant une présence proche, aucune respiration autre que la mienne et celle du vent qui agitait les branches des arbres. Ça sonnait comme une musique douce mais triste. J'avais un peu envie de pleurer alors que ce n'était absolument pas le moment pour s'abandonner au désespoir. Je finis par m'asseoir par terre. Je remontais mes genoux sous mon menton et entourai le tout de mes bras pour conserver un maximum de ma chaleur corporelle. La brise froide faisait voltiger gentiment mes longs cheveux noirs et effleurait ma peau comme une caresse. Je fermais les yeux pour mieux écouter les sons de la nature. Je me laissais bercer par cette douce mélopée et m'allongeai complètement sur le sol en chien de fusil, une oreille collée au sol terreux et dur de mon jardin. J'avais l'impression d'entendre des légères vibrations mais je devais rêver. Et ensuite, je crois bien que je me suis endormie, abattue par la fatigue, la tristesse et l'angoisse.

OxoxOxoxOxoxO

J'ai été réveillée par une caresse.

Pas par celles du vent. Non, non. Le vent n'est pas aussi chaud que ça. En fait, ça ressemblait beaucoup à une main humaine. Chaude et douce, elle m'effleurait doucement la joue comme si elle avait été faite de cristal. Je sentais des doigts fins et agiles tracer un chemin de mes tempes jusqu'au bout de mon nez, puis redessiner les contours de ma bouche, pour ensuite descendre le long de la courbe de ma gorge, chatouiller doucement ma clavicule et puis remonter doucement en une douce caresse qui me fit frissonner. La mystérieuse personne (qui avait visiblement confortablement installé ma tête sur ses cuisses pendant que je dormais) sembla s'en apercevoir car elle s'arrêta un instant. Je grognais suite à cet arrêt et il me sembla entendre un léger pouffement. Je souris faiblement à l'entente de ce son et lovai ma joue contre la paume chaude et douce de cette main. Laquelle reprit ses caresses. J'étais bien là. Au chaud. Je ressentais un intense sentiment de sécurité, comme je n'en avais jamais ressenti après la disparition de mon père. J'aurais donné n'importe quoi pour pouvoir rester ainsi éternellement. Mais même si ça allait peut-être casser l'ambiance, je demandai :

TransformationOù les histoires vivent. Découvrez maintenant