Jakob

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Le lendemain, je me réveillais seule.

La fenêtre était grande ouverte, et la place à côté de moi, vide et froide, prouvant que Luka était parti depuis un moment déjà. En revanche, la couverture bleue sur laquelle je m'étais assoupie hier soir sans m'en recouvrir, était maintenant remontée jusqu'à mon menton. Je souris devant cette attention de sa part que je trouvais particulièrement touchante et me redressai pour fermer la fenêtre.

Un petit bouquet de romarin se trouvait posé sur le rebord, accompagné de quelques anémones blanches.

Je ramassais les plantes et fermai la fenêtre en souriant bêtement. Je l'avais toujours en main quand je descendis les marches d'escaliers avec la nouvelle discrétion qui commençait à devenir de plus en plus normale pour moi. Avant cette morsure fatidique, que je fasse du bruit ou non, je m'en moquais complètement. Maintenant, j'avais remarqué que je marchais plus délicatement, plus silencieusement aussi. Mes pas étaient plus souples, plus assurés désormais, presque félins. J'imagine que c'est parce que le loup est un prédateur et que tout bon prédateur se doit d'être naturel discret et silencieux comme une ombre. Pour pouvoir à tout instant bondir sur sa proie. D'ailleurs, en parlant de proies...

J'avais faim.

Quand cette constatation atteignit pleinement mon cerveau encore endormi, ça me fit l'effet d'une brusque douche froide. Je repensai immédiatement à la douleur et l'insatisfaction horrible que j'avais ressenti quand ma faim s'était faite plus forte. La nuit de cauchemar que j'avais passé, il y a quelques temps, et qui s'était fini par une orgie sanglante se rejoua pendant un instant derrière mes prunelles et mon cœur s'emballa. Je ne voulais pas revivre ça, c'était beaucoup trop terrifiant. Je me demandai ce qui se serait passé si Leo ne m'avait pas apporté ce quartier de viande que j'avais englouti en quelques minutes seulement. Est-ce que j'aurai attaqué quelqu'un ? Est-ce que mon instinct aurait totalement pris le contrôle de mon corps et de mon esprit pour partir en chasse ? Cette image me fit frissonner d'effroi et je me dirigeai vers ce qui devait être une cuisine vu l'odeur (très alléchante) qui s'en dégageait dans l'espoir de me changer les idées dans un petit-déjeuner bien mérité. Je songeai brièvement que je n'avais toujours pas nettoyé le sol de la mienne, et m'engageai dans le couloir qui menait à cette porte vernie.

Je m'arrêtai juste devant en sentant quelque chose d'étrange.

Une odeur, ou plutôt une Aura, qui ne m'était pas familière émanait à travers le bois.

Je me figeai juste devant le panneau, hésitant sur l'attitude à adopter. Entrer directement ? Attendre que cette personne soit partie ? Frapper avant d'entrer ? Mon instinct aussi semblait hésiter, alors qu'il était habituellement si déterminé.

Pour en savoir plus, je déposais le bouquet que je tenais dans la main sur le premier support venu (à savoir, une table basse) et tendis l'oreille sans oser m'approcher trop près de la porte, de peur de me faire repérer (si ce n'était pas déjà fait) par Edwin. Je pouvais sentir son Aura familière et rassurante à travers le mince panneau de bois qui nous séparait moi, lui et cette autre personne. Donc, je me concentrai pour essayer de capter les chuchotements que j'entendais très légèrement à travers la porte. J'essayai d'isoler les bruits parasites comme ceux de la ventilation, des légers sons de déplacement de l'un des deux occupants de la pièce (probablement Edwin) ainsi que le bruit de ma propre respiration. Je me concentrai avec tellement d'intensité que doucement les chuchotements devinrent des voix de plus en plus distinctes, tellement que si je n'avais pas eu la porte bien fermée devant moi, j'aurai cru me trouver dans la pièce avec eux. Mais il n'y avait pas que les sons, il y avait aussi les odeurs. Si précises qu'elles me semblaient presque avoir un goût. Je pouvais même sentir les vibrations dans l'air produites par leurs voix, leurs gestes. Tout cela formait un amas d'informations énorme qui arrivaient toutes en même temps sans que j'aie le temps de comprendre la première avant de recevoir la suivante. Je titubais, mes oreilles bourdonnaient comme une nuée d'abeilles et la tête me tournait horriblement. A deux doigts de perdre l'équilibre, je me raccrochais à la première chose que je trouvais.

TransformationOù les histoires vivent. Découvrez maintenant