Triste fin, mais fin

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Aldric, étendu par terre, relevé sur les coudes, regardait Meredith. Tous deux avaient la respiration hachée. Ils se toisaient , se jugeaient, s'examinaient, un mélange d'admiration, de joie, de frustration et de tension dans leurs yeux.

Aldric décrocha, non sans difficulté, du regard passionné de Meredith, pour chercher des yeux son épée, à deux mètres de lui. Il se leva, le corps tremblant de fatigue, pris son épée, s'habilla de ses vêtements, la mine égarée, dévala les marches sous le regard médusé des combattants, et disparu du bâtiment. Laissant Med plantée là, un sourire autant qu'un espoir gravé dans le cœur.

-Il est... Il s'en est allé, comme cela, sans rien déclarer ? bégaya le Big Boss, confus.

-Je le crains, maître des lieux, observa Meredith avec intelligence, perplexe mais comprenant tout simultanément.

Elle secoua la tête, chassant les pensées qui s'insinuaient en elle. Puis, alors qu'elle revêtait ses habits, ses forces déclinèrent drastiquement. Comme Aldric avant elle, la jeune gagnante traversa la salle, lança que le Boss pouvait garder les cent gonos, et rentra chez elle.

Celui-ci, comme tous les autres belligérants d'ailleurs, la suivit des yeux jusqu'à ce qu'elle ne soit plus dans leur champ de vue. Un silence pesant (mais étrangement léger) s'était installé dans la pièce.

On entendit un homme se gratter la barbe.

-Boss... murmura une voix qui réveilla l'assemblée.

-Euh... ouais, Manos ?

-Le gars a laissé son armure. Il va revenir.

Le Big Boss lança un dernier regard à la porte close, une lueur de malice éclairant ses yeux.

-Je le savais Manos.

...

Le jeune homme observa le coutelas qu'il avait entre les mains. Il tenait la pointe de l'arme entre son pouce et le majeur de son autre main. Il fit tourner le redoutable fer lentement, doucement, comme on fait tournoyer une femme aimée. Sauf qu'il n'avait jamais aimé une femme. Pour ce qui était des armes...disons qu'elles étaient sa spécialité.

Aldric redressa la tête et observa son père.

-Merci. C'est un magnifique ouvrage.

-Ce fut un plaisir que de la commander au forgeron, s'expliqua-t-il, avant de lui faire un clin d'oeil.

Aldric baissa les yeux sur le coutelas, sur sa poignée noire, sur les arabesques travaillées et sur la courbe tranchante. Effectivement, magnifique.

-Père ?

L'homme se retourna.

-Oui, mon fils ?

Aldric garda un instant ses yeux sur l'arme finement faite. Puis il releva des yeux troublés vers lui.

-Avez-vous déjà été amoureux avant ma défunte mère ? Et après sa mort ? N'avez-vous eu point d'autres amantes ?

Les sourcils de l'homme se froncèrent.

-Pourquoi cette question ?

Aldric posa le coutelas sur la table de chevet à sa gauche, ne le quittant pas des yeux. Il fit une pause. Expira. Respira. Puis tourna la tête vers son père, l'air vraiment perdu :

-Je suis amoureux.

...

Son père resta figé à peu près six secondes. Ses yeux rivés sur sa fille, il ne savait quoi dire.

-Mais... Je ne l'ai jamais rencontré ?

Meredith se leva brusquement, fis les cent pas dans la petite chaumière, passa devant son père ahuri. S'arrêta. Ouvrit la bouche. Observa le plancher. Intéressant ce plancher. Recommença la marche de plus belle.

-Il m'a battue, père !

-Quoi ?! Il a osé te...

-Non ! le coupa Meredith, Bien sûr que non, pas dans ce sens-là... J'ai essuyé ma première défaite, tout simplement.

Le paternel croisa les bras, semblant toujours loin d'être convaincu.

-Il t'a quand même touché... Il aurait pu te blesser gravement, Meredith.

Il s'approcha de notre protagoniste et lui déplaça une mèche, laissant découvrir une énorme bosse violacée sur son front. Il toucha légèrement la proéminence. Meredith grimaça et se retira de l'inquiétude de son père. Ce dernier eut un sourire triste.

-Je suis capable de m'occuper de ma propre personne !

L'homme sourit doucement et lui répondit avec simplicité :

-Alors pourquoi viens-tu me déclarer tout ça ?

Meredith se retourna vers son père, l'air vraiment perdue :

-Je suis tombée amoureuse.

...

La lune éclairait le ciel parsemé d'étoiles. Étoiles qui, elles, scintillaient comme milles bougies, faisant flamboyer les armures rutilantes des guerriers.

...

Peu importe la fin de l'histoire. Meredith et Aldrick ont une panoplie de possibilités face à eux. Un mariage rocambolesque désiré par les deux paternels, une fuite de deux enfants éperdus, un tournoi incessant entre deux amants dissimulés, une amitié durable entre deux amis qui savaient que leur intérêt n'était pas versé en amour. Peu importe, oui, car toutes ses vies finiront par connaître la joie au fil de leur lame.

Peu importe la fin de l'histoire. Les étoiles sont belles ce soir.

Entre deux lamesDes histoires addictives. Découvrez maintenant