Élément Perturbateur

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Aux côtés de Matt, les jours semblaient se passer beaucoup plus vite que d'habitude. Il nous suffisait d'un rien pour nous amuser, et nous nous rendions compte que nous avions tous les deux à peu près la même façon de penser. Nous aimions refaire le monde, la nuit, la tête par la fenêtre pour échapper à la chaleur étouffante de la fin de l'été. Nous étions devenus amis. Il ne restait plus que trois jours avant la rentrée, et désormais presque tous les élèves étaient arrivés, mais toujours pas un qui était venu dire bonjour à Matt. J'avais voulu lui demander pourquoi de nombreuses fois, mais j'avais peur de faire un faux pas, et de le vexer. Je ne m'étais pas vraiment présenté à d'autres garçons, préoccupé par le fait que la plupart d'entre eux semblaient avoir une dent contre l'énergumène aux cheveux bleus avec qui je partageais ma chambre. La situation devenait de plus en plus oppressante.
Après avoir, comme tous les matins, fait un tour du parc avec Matt, puis être rentrés dans le réfectoire pour aller manger avec les autres, je lui dis enfin :
"Matt, j'ai une question à te poser.
-Ask away, my friend !
-J'ai remarqué que plusieurs personnes nous regardaient, et je me demandais si il y avait une raison particulière ? Son visage se renfrogna un peu, et je regrettai immédiatement d'avoir abordé le sujet. En tentant de revenir en arrière, je lui dis :
-Mais c'est pas grave si tu veux pas m'en parler, hein, je comprendrai si c'est trop privé !" J'aurai pu continuer à rétropédaler ainsi pendant de longues minutes, mais un garçon, plus agé que nous et qui était assi pas trop loin, me coupa dans mon élan.
"Bah oui Matt, pourquoi est ce que tout le monde te regarde ?" Dit-il. Il avait un air malfaisant, et un rictus insupportable sur les lèvres. Il continua :
"Raconte à ton copain ce qu'il s'est passé l'année dernière !"
Une petite dizaine de jeunes s'amassa autour de notre table, tous chuchotant les uns aux autres, le regard fixé sur mon ami. Ses dents du bonheur, d'habitude continuellement dévoilées par un sourire lumineux, étaient cachées derrière une expression grave, et ses cernes me paraissaient plus creusées que jamais. Étrangement, même le bleu de ses cheveux semblait être devenu plus terne. Je lui pris le poignet par dessus la table, pour lui signifier qu'on pouvait partir si il le voulait, mais tout le monde sembla s'énerver de plus belle, s'agitant autour de nous comme des guêpes autour de leur nid. Matt retira sa main, en me lançant un regard froid. Je ne comprenais pas ce qu'il se passait. Le garçon de tout à l'heure, maintenant penché contre mon oreille, me dit à voix haute :
"Ton pote là, il est pédé. On l'a surpris dans les toilettes en train de rouler des pelles à un autre gars." Je ne fus pas repoussé par cette nouvelle, au contraire. J'étais intrigué, j'avais envie d'en savoir plus. Par contre, j'étais complètement enragé par le comportement des autres élèves, et je voulus emmener mon ami loin d'eux pour pouvoir en parler tranquillement. En lui reprenant le bras, je lui dis de venir avec moi. Il retira sa main encore plus violemment, et les yeux pleins de rage et de larmes, il s'écria :
"Vous voulez savoir un truc sur Charles ?!" Tout le monde se tut. Je m'immobilisai, piqué à vif par ces paroles. J'avais soudain peur de celui que, quelques minutes plus tôt, j'appellais mon ami. Son regard ne quittait pas le mien. Il y avait en lui une telle violence et une telle fureur que j'en eus presque la nausée. Il était transformé, devenu quasiment plus bête qu'humain.
"Charles..." Commença-t-il. De mes yeux, je lui priai de ne rien dire. Peu importe ce qu'il pouvait savoir, ça ne pouvait rien être de bon. Alors que je sentais ma tête s'enfoncer dans mes épaules, Matt, lui, semblait de plus en plus destructeur. Tout en soutenant mon regard, il dit, d'une traite :
"Charles c'est même pas un vrai mec. Il prend de la testostérone pour faire genre, mais c'est une fille en fait. J'ai vu les seringues dans sa trousse de toilette."
Je sentis mon corps s'effondrer sur lui même. J'avais l'impression d'avoir perdu tout ce que j'avais. Alors que des cris moqueurs s'élevaient autour de nous, et que je sentais les larmes inonder mes yeux, je vis Matthew se détendre soudainement, et, sans lâcher mon regard, commencer à avoir l'air de plus en plus paniqué. Il s'était rendu compte de ce qu'il avait fait. Ne pouvant plus supporter son air perdu, encore plus horrible à mon goût que les moqueries des autres garçons, je me mis à marcher, les pas pressés, vers la sortie du réfectoire. Je bouillonnais intérieurement. Rapidement, il me rattrapa. Je le sentais derrière moi, mais ne lui accordais aucune attention. Je pouvais deviner l'expression qu'il avait sur le visage : il avait pitié. Cette image finit de m'enrager. Il posa sa main sur mon épaule, et j'explosais mes phalanges dans sa gueule d'ange.

Charles DumetDes histoires addictives. Découvrez maintenant