Chapitre 5 : Dernier Souvenir

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Le fait de me retrouver dans les bras d'Angèle m'avait apporté entre autres deux choses. La première étant incontestablement, le répit de ne plus avoir à camoufler ma douleur comme je le faisais depuis la fâcheuse situation. Je pouvais enfin me montrer telle que j'étais. C'est-à-dire faible et immensément blessée!

La deuxième étant le soulagement d'avoir une telle amie à mes côtés. Je savais déjà que les liens de l'amitié étaient plus qu'incroyables, mais avec ce soutien, je n'avais pas de mots pour caractériser ma gratitude. Je ne pouvais que savourer ces instants.

Après cela, nous sommes rentrées immédiatement. Nous avions cours d'histoire à la première heure. Je craignais un peu ce jour contrairement à tous les autres car j'allais de nouveau me retrouver avec celui que je voulais éviter au maximum !

En effet, Floriano et moi faisions parties du club d'histoire du lycée. Ceci étant, l'une de nos activités de club était d'animer les 5 premières minutes du cours en présentant un événement historique ayant marqué le monde.

Nous nous accordions plus tôt en consultant un recueil de faits historiques que nous avions conçu expressément. Et malheureusement, c'était notre tour de présenter !

Je savais qu'il viendrait malgré tout (à une salle qui nous était dédiée). Je demandai donc à Angèle de m'y accompagner pour éviter tout moment solitaire avec lui.

Comme je m'y attendais, il était là. J'étais un peu gênée de l'avoir laissé en planque le matin, et je pense bien que les yeux avec lesquels il me regardait discrètement, étaient autant perplexes qu'interrogateurs. J'avais mal, mais je ne pouvais assouvir ce désir. Et donc, je persistai à ignorer complètement.

Finalement, nous avions fait les 5 minutes, durant lesquelles, j'appréciai amèrement l'avant goût nostalgique de son absence. C'était sûrement notre dernière présentation ensemble !

Je me souviens avoir retenu, malgré moi, les larmes de couler. C'était vraiment un moment difficile pour une fille assez fleur bleue que je suis.

Nous partîmes nous rasseoir après la présentation laissant place au cours. J'étais assise juste au même niveau que lui mais à sa rangée de gauche qui donnait sur la fenêtre.

Ce faisant, nous étions plutôt près l'un de l'autre. Et ce mardi-là, ainsi que tous les autres jours qui ont suivi avant son départ, il ne cessait de me regarder, silencieux et parfois avec tant de tendresse, si bien que même lorsque mes yeux étaient rivés ailleurs, ceci dans l'unique but de l'éviter à tout prix, il m'était possible de le ressentir.

C'était à la fois très gênant et si mignon que, mon corps tout entier était partagé entre la chair de poule qui m'envahissait, et mes joues qui rougissaient sans nul effort.

Il m'était vraiment pénible de continuer à résister de cette manière. Pourtant, je ne pouvais faire autrement. Ce, malgré une volonté qui naissait peu à peu.

J'avais l'impression que mon corps n'agissait désormais qu'à sa guise et qu'il voulait surtout, de manière instinctive, le tenir loin de moi.

De temps en temps, il me semblait même ignorer les petits messages que Manuel, un autre ami, très proche à Floriano, me faisait en faveur de son meilleur ami. J'imagine qu'il avait dû remarqué mon changement bizarre et grotesque.

Mais je ne pouvais que faire ! Mon instinct d'auto-protection s'était activé et il considérait désormais Floriano Masachi comme un ennemi à tenir loin, assez loin de moi. Cela me rendait plus mal mais, je ne pouvais que l'endurer en silence...

Toute la journée, j'avais maintenue cette distance. Et même le soir, après les cours, alors que nous étions allés au terrain de foot du lycée pour encourager Manuel qui avait joué sans son ami ce jour-là. Ma rancoeur était toujours présente.

Ô comme j'avais mal de ce triste sort qui nous était désormais attaché !

Maintes fois cette semaine, il n'avait cessé de se rapprocher de moi. Mais moi, je ne trouvai toujours pas assez de force pour lui donner cette opportunité.

D'ailleurs, j'avais manqué à tous nos autres rendez-vous habituels de la semaine : la bibliothèque du coin, la statut du Christ ou alors l'observation du pain de sucre, une montagne que nous aimions tant! J'avais lâchement tout abandonné.

Non parce que je ne voulais pas, au contraire ! Mais simplement parce que je n'avais plus de motifs de persister dans ça : il allait partir bientôt et je voulais au maximum, éviter toute autre situation qui me le rappelerait !

Finalement, arriva le samedi soir où il devait s'en aller. Il n'avait eu de cesse de m'appeler sur mon portable et s'était même présenté à la maison en matinée.

J'étais descendue pour le voir et alors que nous étions seuls tous les deux, et que je m'apprêtais à entendre quelque chose de plus appréciable, juste près du jardin de fleurs qui recouvrait la partie supérieure de la cour, il était silencieux, muet et sans voix!

Le comble étant que je ne fis rien pour arranger la situation. C'étaient juste le calme et lui qui me regardait timidement et avec tant de persistance.

Nous étions plutôt proches physiquement cette matinée-là. Lui avec une chemise déboutonnée au dessus d'un t-shirt et une culotte, moi avec une robette démembrée et les cheveux au vent, sans oublier, le magnifique soleil doux et doré du matin.

L'ambiance était vraiment...Sans mot pour décrire. J'étais sur le point de prendre congé de lui quand je sentis sa douce main droite saisir la mienne par l'arrière.

J'eus l'impression subite que toute ma colère se dissipait et j'eus surtout une forte envie de me retourner face à lui.

Mais ma lâcheté maladive, couronnée à ma timidité innée, m'en empêchèrent. Du coup, je figeai sur place !

Il me retint ainsi pendant plusieurs tierces. Et lorsqu'il réalisa que je ne réagissais pas, il se plaça devant moi cette fois. Puis, se courbant juste assez pour atteindre mon front, il me fit une bise.

J'étais perdue entre sa réaction et son doux parfum. Et alors que je pensais que c'était tout, il se pencha sur mon oreille et murmurera chaleureusement :
"Ne m'oublie pas Paula ! Reste forte !"

Il partit aussitôt, se dirigeant d'abord vers ma nourrice pour lui dire au revoir, pour ensuite remonter sur son vélo et s'en aller sans plus regarder en arrière.

J'étais sans voix! Et cette fois, seul son souvenir était resté attaché à moi. Je courus près de la rue pour le voir s'en aller. Et à mesure qu'il s'éloignait à mesure je sentais se créer en moi, un fossé.

J'avais encore la magnifique sensation de ses lèvres posées sur mon front et de sa douce voix dont l'écho résonnait encore au-dedans de moi. Sans nul doute, c'était encore plus difficile de le voir partir pour de bon cette fois, sans avoir pu lui parler normalement une dernière fois.

C'est alors que je réalisai ma monumentale erreur. Celle de n'avoir pas su profiter des derniers jours avec lui.

Sur le coup, en plus de la douleur de le perdre, venait s'ajouter un sentiment de remord : Qu'est-ce que j'avais fait?!

CE VIDE QUE JE RESSENS...Des histoires addictives. Découvrez maintenant