Le Marteau avançait au milieu d'une immense plaine de glace s'étendant à perte de vue. La banquise était si épaisse que des équipes de joraenings marchaient devant le navire pour briser la glace à coup de hache.
Ce travail harassant et fastidieux se poursuivait jour et nuit, les soldats se relayant sans arrêt. Le Glaesil participait lui-même au travail, insufflant ainsi espoir et courage aux autres. Sous le vent coupant, sa barbe se perçait de morceaux de givre ; chaque coup de hache lui arrachait l'épaule comme si les muscles se tassaient dans la glace, et son souffle sortait en panaches brûlants qui gelaient aussitôt au col de sa fourrure.
Le froid était glacial et rares étaient les courageux qui sortaient des ponts inférieurs quand ils n'en avaient pas le besoin. Seul le Glaesil passait plus de temps sur le pont qu'à se reposer. Ses doigts perdaient par instants la sensation du bois de l'outil ; il les ranimait en les frappant l'un contre l'autre jusqu'à la douleur, puis reprenait, le visage fouetté par des aiguilles de glace. Il fallait que plusieurs joraenings ne lui demande avec insistance pour qu'il accepte de se mettre à l'abri quelques minutes.
Après une semaine de voyage, la flotte passa entre deux îles et les premières désertions furent enregistrées, bien que, selon les savants de l'expédition, survivre sur ces terres était encore plus improbable que leur succès.
Mais pour le Glaesil, nul n'était contraint de le suivre et ceux qui souhaitaient l'abandonner pouvaient le faire et ainsi laisser leurs parts de vivres aux autres.
Leur détermination sembla payer au dixième jour où la température devint plus supportable, la banquise plus fine et plus fragile, jusqu'à disparaître progressivement.
Les marins du Marteau entamèrent un joyeux chant de réjouissance quand le navire quitta la proximité de la glace pour s'engager sur la mer.
Derrière le Marteau, le Jora s'engagea à son tour, dans la mer. Il se rangea aux côtés de son prédécesseur assez près pour que le Glaesil puisse s'adresser au capitaine :
« Drisa, prenez la tête de la colonne tribord.
-Tout de suite. »
Le Jora se plaça à une centaine de mètres au sud du Marteau tandis que les autres navires rejoignaient chacun leur colonne. Drisa achevait la manœuvre quand une petite voix intervint :
« Maman, Einar et Drak se battent encore.
-Chéri ! s'écria Drisa d'une voix tout sauf aimante. Prends la barre, je reviens ! »
Arioval sortit du château arrière et, sans poser de questions, obéit. Drisa suivit la petite fille au pont inférieur où deux garçons se chamaillaient plus qu'ils ne se battaient réellement. cependant, au vu des traces de griffures sur les bras de chacun d'eux, il était évident qu'ils en étaient venus aux mains :
« Ça suffit ! Commença Drisa avec une voix si forte que tous les occupants du vaisseau voisin purent l'entendre. Je vous ai demandé d'obéir à votre sœur ! Venez passer une heure sur le pont pour la peine ! »
Elle donna une gifle à chacun et se retourna vers sa fille :
« Seha, profites-en pour te reposer un peu. »
La jeune fille répondit par un sourire timide puis s'allongea dans un hamac. La toile rêche était tiède au contact de sa cape, mais l'air restait mordant ; ses doigts engourdis piquaient de froid et ses lèvres collaient, salées de givre fondu, tandis que son souffle formait de petits nuages qui dérivaient sous la charpente. Drak et Einar suivirent Drisa en se lançant des regards furieux. Une fois sur le pont, ils s'assirent derrière la barre, se réchauffant entre eux comme ils le pouvaient :
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L'odyssée des Joraenings
Fantasi1174 - Suite à une série d'hivers extrêmement rigoureux, les joraenings sont un peuple décimé dans lequel ne reste que quelques milliers d'habitants affamés. Leur dernier espoir est de construire une flotte suffisamment importante pour embarquer les...
