- A lire en écoutant Easy by Son Lux -
Martini
Ce soir, je me rends à un cocktail. Mon meilleur ami fête la sortie de son premier roman « Depuis nous». Son autobiographie nous a révélé des fragments jusqu'alors inconnus pour nous tous. Des éclats de bonheur, des pages de souffrance, d'étouffement, de vérité. De tous ce qu'une vie cache. Il nous dévoile et nous partage ses secrets. Avant la sortie nationale, il nous avait édité à chacun un exemplaire. Nous, les premiers à redécouvrir sa vie. Les premiers à réapprendre notre ami. Les premiers à le voir entier.
Ce soir, le cocktail se tient dans un bar, loué pour l'occasion. Tous le monde porte des tenues conséquentes, pour honorer notre nouvel écrivain. Sans être « trop classe » non plus, nous a-t-il précisé.
J'ai donc opté pour une chemise blanche et un pantalon beige.
En arrivant devant le bâtiment, j'aperçois de suite notre star de la soirée. J'y vais, lui fait la bise, et discute avec quelques personnes. La salle se remplit assez vite, les invités commencent à faire le pire des vacarmes. C'est alors l'heure pour mon ami de monter sur la scène, fabriquée pour l'occasion.
Pendant son introduction, je me dirige vers le comptoir. La chaleur étouffante créée par cette foule me donne une soif terrible. Je commande un Blue Lagoon, ma boisson habituelle depuis que l'alcool m'est autorisé. J'entame ce délicieux breuvage. Inlassable, transportant. Ce mélange au dosage parfait me met toujours de bonne humeur.
C'est alors qu'une odeur, un parfum, plane dans l'air. Ce parfum. Cette essence. Divine. Familière. Douloureuse.
Je prends une deuxième gorgée. Comme pour me noyer dans ce lagon, disparaître sous cette eau, oublier les senteurs, couler et retrouver mon instant de bonheur précédent.
- Un martini s'il vous plaît.
Maintenant l'ouïe. Je veux devenir sourd, n'entendre que mes pensées, perdre cette voix et le sens de ces mots qu'elle vient de prononcer. Mais ma vue ne m'obéit pas. Mon regard se tourne alors vers ce son délicieux que je ne connais que trop bien.
Juliette. Ses cheveux raides, tirés en arrière, sa frange se terminant dans ses yeux, deux billes bleues magnifiques.
Je suis alors de nouveau frappé. Frappé par le passé, frappé par nous, frappé par elle.
Elle, me fixe, son martini habituel l'attendant sur le comptoir. Son martini.
Symbole de notre première rencontre.
C'était il y a quatre ans. Paris et ses nuits animées. Nous nous étions rencontrés dans un bar, comme aujourd'hui. Nous fêtions alors l'anniversaire d'une amie, quand j'étais allé commander ma boisson favorite, mon Blue Lagoon. Une femme était accoudée au comptoir. Un martini s'il vous plaît, avait-elle dit. Sa voix, sa frange, ses yeux. Tout, comme ce soir, m'avait fasciné en la voyant.
Cela avait duré trois ans. Trois ans de bonheur, de passion, de folie. Trois années merveilleuses, se terminant sur la pire des notes, l'amour d'un autre. Elle est partie. M'aimant toujours mais moins qu'un autre. Le drame de ma petite et minable vie.
Je prends mon verre, quitte le comptoir, et me dirige vers la foule, encerclant notre orateur. J'écoute. Ne retient rien. Perdu dans mes pensées, mon passé, mon amour, toujours présent, jamais oublier. Cette torture perpétuelle du souvenir.
Dans mon cou, un chuchotement. Une mélodie. Un pardon.
Elle se tient juste derrière moi. Je me retourne, je ressens les mêmes décharges qu'autrefois. Nous les ressentons, tous les deux, je le sais. A son regard. Elle est belle. Merveilleuse. Envoûtante.
Mais par peur, je redirige mon regard vers la scène.
Je la sens prendre mon bras. Le serrer. Mon cœur tambourine, près à mourir au prochain geste de Juliette. Nous restons dans cette position jusqu'à la fin du discours. Puis place à la musique.
La nuée d'invités se disperse dans la salle. Je la sens lâcher mon bras. Par surprise, je me retourne. La voit traverser la salle. Se diriger vers la sortie. Vers la conclusion de ce moment. De cette retrouvaille, si l'on peut appeler cela ainsi.
Mais je ne veux pas. Je ne peux pas penser à cette fin. Je veux la rattraper. Rattraper cette dernière année sans elle. Rattraper notre bonheur, nos envies, nos folies, notre amour.
J'accélère le pas. Cours.
Je la retiens par le bras. Elle se retourne, me dévoile ses yeux brillants, de fines marques de larmes, ayant coulées sur ses joues rosées. Mais aussi un léger sourire. Un sourire de soulagement.
Alors, pour ne plus perdre de temps. Pour ne plus pleurer. Pour être ensemble. Je dis simplement :
- On danse ?
FIN
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