J'avais tant hésité avant d'entrer, me voila sur le pas de la porte, je suis là à me demander si j'ai vraiment bien fait d'entrer. L'extérieur me semblait si paisible, je me sentais dans mon élément, la vérité est elle juste « traîner un boulet au pied, et voir la misère se consumer »?
En rentrant chez moi, je crois n'avoir jamais autant pleuré de ma vie. J'étais juste là sans vraiment l'être. Comme morte dans un corps vivant. Avant « l'accident », parce que c'est comme ça que j'ai décidé de l'appeler, j'étais cette personne joyeuse qui se sentait vivre, qui vivait comme une bien vivante et qui aimait profondément la vie comme elle était même si parfois elle était dure. J'ai eu un haut le cœur, je dis que ma vie était parfois dure, mais elle n'a jamais été aussi dure qu'elle l'est aujourd'hui. Je rêvais d'être actrice, de faire passer des messages à travers un jeu, mais j'étais serveuse dans un café. Je rêvais d'être une femme libre et aujourd'hui je ne me sens même plus moi, dans mon propre corps... Je ne sais pas ce qui est le plus dur entre « être obligée d'accepter » ou « vivre avec ça ». Parfois je me vois le haut d'un pont, je me demande pourquoi avoir été aussi heureuse tout le long de la vie et m'avoir livré un combat si dur, je ne sais plus si je vis un combat contre moi même ou celui qui m'a salie.
Quand je suis rentrée, je pense mettre pris une claque, une claque qui voulait dire « Maylis, tu es maintenant une femme violée, tu ne t'appartiens plus. ». J'ai vu des femmes rire, mais est ce qu'elle riait pour ne pas pleurer ou est ce qu'elle riait parce que ça l'est faisait vraiment rire ? Je ne peux plus m'empêcher d'analyser les comportements. Quand je vois quelqu'un triste, je me fais un film sur sa vie, je me disais avant que je pouvais le sauver, maintenant je comprends juste.
Je vois ces femmes, on dirait qu'elles ont reprit leur vie, qu'elles ont reprit possession d'elles même.
Je fais une rétrospective sur moi même, et je me rends finalement compte que je suis faible, cette chose facile que les hommes auront toujours à l'usure. Je me rends compte que je n'irais plus jamais en soirée l'esprit tranquille. Je serais toujours en train de me méfier des mains de tout le monde, ça a créé un déséquilibre en moi, j'ai l'impression que plus rien ne rime à rien dans ma vie, que je suis vide et leste de sentiments. Mes émotions sont morbides. Elles sont comme empoisonnées. J'ai décidé de me faire aider. Sûrement pas de la bonne façon, mais qui ne tente rien n'a rien. Je me suis présentée à l'accueil, j'avais envie de dire « ne m'appelez pas par mon nom, je ne suis plus rien. » mais j'ai simplement donné mon nom et regardé les flyers disposés bien adroitement sur le comptoir. La dame d'un air sage m'a montré doucement de la main la salle d'attente et m'a demandé d'attendre la gérante pour expliquer ce qui me faisait venir ici. Timidement, à pas de chat apeuré, je suis partie m'asseoir et j'ai mordillé le bas de mes manches le temps qu'elle puisse me recevoir. J'avais l'impression de jouer ma vie sur cette rencontre, qu'on me prenne pour influençable alors que je n'ai rien à voir avec ces femmes là. J'étais une femme avec des convictions et me voilà maintenant dans le même panier que ce type de personne. Je ne veux pas qu'on me juge mais je juge celle qui me seront peut être solidaire. Parfois je me dégoûte, c'est même pas parfois, c'est à chaque fois que je croise mon reflet.
J'ai l'impression d'être une femme qui est partie aux oubliettes, une femme qui fera la honte de sa famille, de ses amis et de toutes les personnes qui croiseront mon chemin. La planète se meurt et moi avec. Je me noie, j'aimerai mourir dans le delta de fleuves. J'aimerai succombé aux vagues ou m'immoler.
Prise par « l'envie » de m'en sortir, je ne veux plus laisser le temps s'épuiser. Je ne veux plus me laisser abattre, je ne veux plus être cette femme fragile que je décris tant, je ne veux plus parler au passé, je veux me retrouver. Je ne veux plus être rongée de mille sensibilités, je suis dans un désarroi total, mais je vais m'en sortir. J'ai un esprit autodestructeur, j'ai sans cesse envie de mourir. Ça m'arrivera de temps en temps mais je ne dois pas laisser dépasser par les pressentiments. Ce ne sont pas mes démons qui vont gagner. Je continue ma quête pour moi même, mon pèlerinage pour me retrouver. Je revendique mon état, j'ai envie d'être celle d'avant, enterré mon accident et laisser échapper les diablotins qui me hantent le fond de l'âme et rendent mon visage si vide d'émotion.
Le fardeau que je porte sur les épaules est si immense que je veux en faire une prévention nationale, je serais peut être la honte de la France mais j'ai envie d'avancer et de dire « La vie n'est faite que de combats, mais une fois achevée, si belle elle est ». J'ai envie de m'en sortir, je recommence une marche effrénée en mon honneur. Les psychologues vont m'aider, je ne suis pas ces gens fermés d'esprit qui pensent que ce sont des charlatans aux belles paroles. Je vais me faire aider, je cherche dans les rues une adresse. Je marche comme si je me vengeais de Cedrick. Je suis peut être morte de vie, mais j'ai la volonté de remonter une pente, que dis-je, une montagne ! Une montagne de blocages qui marqueront ma vie à jamais. Avec un peu d'acharnement je pense que je peux arriver à dépasser ce que je suis aujourd'hui.
Je m'arrête, les plaques en or scintillent comme une lueur d'espoir aux quelques mètres d'elles-même. J'aimerai me faire encourager et agir pour une lutte contre ce harpie qui me fait sortir de mes gonds.
J'entame une course pour sauver des milliers de femmes comme moi, je ne veux plus renier ce qu'il m'arrive ni en faire une fierté.
Je suis à trente centimètres de ma résurrection. Et croyez moi, je vais y arriver.
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Passé.
General FictionMaylis, jeune femme déterminée enchaîne les péripéties. Lorsqu'elle pense rentrer chez elle et continuer sa vie tranquillement, le pire se produit. Une raison étonnante remontant à plusieurs années n'a pas finit d'étonner notre Maylis. Une route lon...
