Je le regarde droit dans les yeux, ma bouche est sèche et mon esprit un peu brumeux, mais je cligne des yeux pour reprendre une mine présentable.
— On t'as jamais expliqué la fonction principale des écouteurs? Répondis-je d'un air qui se voulait cassant.
— Je te disais que c'était malpoli de laisser les gens en plant au milieu d'un couloir, ajouta-t-il cette fois amusé, surtout quand ils veulent juste faire connaissance. Et te souhaité la bienvenue.
Son beau visage me scrutait de haut. Les manches du blouson de sport qu'il portait, aux couleurs du lycée, sont retroussées jusqu'au milieu de ses avant-bras. Les veines parfaitement bien dessinées sur l'avant bras qu'il avait écrasé sur la table me firent tilté un instant. Il me regarde et sourit légèrement. Je reste silencieuse attendant s'il voulait ajouter quelque chose, devant mon silence, il penche la tête.
— Tu m'as ...entendu ? Dit-il lentement, confus.
— Oui, lui répondis-je dans le plus grand des calmes.
Il me fixe, ébahi, la mine sévère. L'instant d'après il éclata dans un rire sonore, dévoilant toutes ses dents et jetant sa tête vers l'arrière. La classe quasi pleine nous fixe en même temps comme une seule personne. Et après avoir tendu les mains comme pour le faire taire. Ces dernières retombe et balance d'une part et d'autre de ma chaise.
Je suis abattue par la honte.
— Quoi ? Tu m'as posé une question et j'ai répondu, arrête de hurler à la mort. Lui marmonnai-je en panique.
Ses épaules larges et d'apparence fortes pour son âge vibrent au rythme de son rire. Il reprend son souffle en arrangeant la bandoulière de son sac à dos sur sa veste bleu royale marqué de lignes blanches au poignet au col et d'une lettre « C. ». Brodée sur son torse.
— Je sens qu'on va bien s'amuser, dit-il avant de s'asseoir sur la chaise à côté de la mienne.
Il est dans mon cours ? On va s'amuser ? J'ai l'air d'une personne amusante ? J'ai l'air de vouloir m'amuser ? C'est une sorte de blague ? Je lève les yeux au ciel, suivit d'un soupir à faire voler des montagnes et pousse la chaise jusqu'à l'autre bout de la table.
Noah aussi était présent, assit avec une fille dans un autre rang, et ils font signe à Carter, et le vampire sourit, amusé, en me voyant avec lui. Le prof de math entre et commence à déballer ses chiffres et ses lettres, les maths n'ont jamais été mon fort. Les minutes passent lentement, la présence de Carter ne me dérange pas, en revanche tous les regards braqués sur nous dès que le prof se tourne, c'est atrocement chiant, c'est intéressant à ce point ? Qu'est-ce qui ne va pas dans ce lycée ? Ne me poussez pas à bout, j'agis étrangement quand je ne sais plus où me mettre.
Ayant oublié de mettre mon téléphone sur vibreur je reçois un appel de je ne sais qui, certainement ma mère et la chanson « Paint it, black. » des Rolling Stones résonne dans la classe et je le tire rapidement de ma poche. Le prof à l'allure sévère relève la tête.
— Les téléphones sont strictement interdits dans mon cours, souffle-t-il en redressant ses lunettes, à qui appartient-il? Hausse-t-il un peu plus le ton, je suis catégorique sur ça depuis le début de l'année.
Le téléphone entre mes mains sous la table, je n'ai pas le temps de réagir qu'une grosse main s'abat sur le combiné et me l'arrache des mains. Carter vient de prendre mon téléphone et le lève en l'air, son autre main est levé paume face au prof comme signe d'excuse.
— Désolé Monsieur, ça ne se reproduira pas, fini-t-il tandis que j'apercevais l'envie qui était pourtant évidente de confisquer le téléphone ou de punir le responsable, baisser à vue d'œil.
Je vois...les sportifs privilégiés, ça ne change nulle part par contre. Il dévisage Carter et lance un regard confus à la classe.
— J'avais oublié de le mettre sur silencieux, je m'excuse. Ajoute Carter en le foutant dans sa poche et en ricanant.
Il est à l'aise, il prend de la place. Il n'a pas peur d'être là et d'impressionner, et les multiples regards sur lui ne semblent pas le déranger le moins du monde, au contraire j'ai comme le sentiment que ça le stimule, mais il est trop tôt pour juger catégoriquement. Je me demande si je voudrais avoir une telle assurance ?
— Que ça ne se reproduise plus dans mon cours Monsieur McColt.
Le prof tourne les talons et continue les quelques minutes de cours qui lui restent.
Il se lève au moment où j'allais lui parler, et sort de la salle sans un regard derrière lui, l'apparence pressée, et s'engouffre comme un ouragan dans le couloir bondé, ce qui m'arrache un soupir. Comment peut-on être bête à ce point ? Tu n'oublies rien ? Mon téléphone peut-être ? Imbécile !
Comme si l'univers s'acharnait contre moi, quand je ne veux voir personne. Tout le monde me tombait dessus. Maintenant que je veux voir ce Carter, je ne le trouve nul part et il n'est dans aucun de mes cours suivants de la journée, ni lui, ni Noah. Ça m'agace au plus haut point qu'il ai pris mon téléphone, mais en réalité ce n'est pas tant ça qui me dérange, je survivrai jusqu'à demain. Ce qui me dérange c'est tout le reste, son intervention héroïque, que je n'ai en aucun cas demandé. Je connais ce genre de services. Il veut que je lui soit redevable. Et ça ne se passera pas comme ça.
Plus tard dans la journée les délégués de classe (parmi eux le binoclard que j'avais vu à mon arrivée) sont passés nous remettre le planning pour ce truc qu'ils organisent. Apparemment c'est un événement attendu ici. Peut-être qu'avec le temps je partagerai leur joie. En bonne petite habitante de HillsDale. Vu que je suis nouvelle je n'ai pas encore été affectée à un atelier, à mon plus grand bonheur. Dès demain, je devrais en choisir un ou voir si quelqu'un a besoin de plus mains.
— Hey ! Salut.
Cette voix basse au timbre léger me rappelle tout de suite quelqu'un, et en me retournant je revis ce visage toujours frais dans ma mémoire.
— Hey Dean, salut, lui souris-je.
— Ravis de te voir, comment tu vas ?
— Super merci, à part ce truc bizarre que vous préparez, soufflais-je un rire, tout va bien. C'est légal de faire travailler des ados ?
Il fronce un peu les sourcils, puis semble comprendre. Je ne suis pas aussi douée que je le pensais.
— Ah oui ! Le tournoi ? Rit-il légèrement en ajustant son sac sur son épaule, non mais c'est innommable de nous faire faire ça. Rétorque-t-il ce qui allège la pression sur ma poitrine.
— Ça à l'air d'être important ici.
— Oui dans ce lycée on accorde beaucoup d'importance au sport, et aux sportifs en général.
— Rien de bien surprenant, haussais-je un sourcille.
— J'te l'fais pas dire, sourit-il, mais on doit bien traverser la période du lycée, on s'en sortira, rit-il.
Décidément ce mec est une délicatesse personnifié. Je crois qu'il serait possible que je l'apprécie.
— T'es dans quel atelier d'ailleurs ?
— Oh, je ne sais pas encore, vu que je suis nouvelle je n'ai pas été affectée.
— Ah je vois, passes nous voir en atelier peinture si ça t'intéresse, me sourit-il révélant ses pommettes rosés, nous ne sommes pas beaucoup et je te présenterais quelques amis.
— Ah, c'est possible que je m'incruste effectivement.
Tant qu'à faire autant que ca soit avec une personne dans l'équipe que j'apprécie.
— No problemo, on sera au gymnase, pile en face de l'entrée, tu pourras pas nous rater .
— Parfait, merci c'est gentil.
— C'est normal, bon excuse moi mais, je dois y aller, on se dit à bientôt.
— Oui, à la prochaine, bonne fin de journée .
Il me sourit une dernière fois avant de tourner les talons et de partir, je lance un regard circulaire, bon bah je vais y aller moi, je rentre.
Je sors du bahut vers la grande cour et me dirige vers le portail extérieur, en fixant mes écouteurs. Je soupire comme un trôle en me rappelant...je n'ai pas mon téléphone. Je retire ce que j'ai dis, la c'est chiant. Je continue d'avancer, le morale dans les chaussettes, j'ai absolument rien demandé et depuis que j'ai mis les pieds ici lui et son pote veulent faire amis amis, ça m'a l'air limite malsain tout ça.
Perdu dans ma réflexion, mes yeux se posent un instant sur le parking. Si on pouvait appeler ça comme ça. Un coin circulaire sur la gauche du bâtiment. Une aile de la grande cour cimentée qui entourait le bâtiment. Je ne m'attendais pas à poser les yeux sur une vision des plus érotiques. Un corp masculain et élancé assis sur une putain de Harley davidson V-rod, noir. Bordel elle est tellement belle. Customisée et entretenue. Une merveille. La petite fille fan de moto en moi se pissse dessus actuellement, au milieu d'une flopée de bécanes, elle fait quand même la différence. Je me rince les yeux sur tous les différents modèles. Bande de chanceux. Mon sourire retombe lorsque je vois le propriétaire de V-rod se de profil et le reconnu...
Carter McColt.
Il allait partir en moto en fin de journée sans chercher à me rendre mon téléphone ? Il jouait sur mon dernier nerf.
Je respire un bon coup et troque le ciment contre la poussière du parking. Une fois à la hauteur de son dos, je contourne sa moto. Je me plante face à lui. Il avait déjà enfilé son casque.
— Ecoute, je ne veux pas de problèmes. Commençais-je pour aller droit au but et le maintenir à un seul endroit.
Il pose sur moi un regard froid, las. Mais surtout étonné. Ses sourcils se froncent sous le casque au petit vitrage ouvert.
— Je te remercie pour ton intervention, que je n'ai pas demandée.
Je suis consciente que les discussions que j'avais entendu avec sa bande sont arrêtées à mon arrivée. Ça m'est égal, je vais lui mettre une limite maintenant. Ces petits jeux de pouvoir m'ennuient. Il semble comprendre que c'était sérieux, il entama de retirer son casque.
— Pour mettre d'entrée de jeu les choses au clair, rend le moi et je ne veux pas de discours qui sous-entendent que je te suis redevable. C'était sympa, mais pas nécessaire.
Il se redressa, calant le casque sur sa cuisse et posa sur moi un regard perplexe
— Pardon? Souffle-t-il d'une voix grave
Pourquoi prenait-il ce ton ? Cette voix ? Je suis sur le point de rire, il se donne un style face à ces types autour ou je rêve ?
— Mais...c'est étourdissant à quel point t'es diplômé en foutage de gueule ? Faut être débile pour agir comme ça à ton âge, j'espère que tu le sais. Balançai-je excédée par son air innocent. Tu commences sérieusement à me taper sur les nerfs.
Il hausse les sourcils haut sur son front. Des sifflements d'étonnement retentissent de la part des présents. Et des grimaces décorent leurs visages.
Il ouvre la bouche pour répondre mais je le coupe.
— Non non, dis-je en levant les mains en l'air et en reculant d'un pas, je te remercie, rends moi mon téléphone, et passons à autre chose. S'il te plait, merci.
Il se passa une main dans les cheveux pour chasser des mèches tombées à travers son visage. Je n'avais pas remarqué qu'ils étaient aussi long ce matin.Mes yeux glisse sur autre chose. Un tatouage ? Il avait un tatouage.
Deux triangles minimalistes et simples emboîtés l'un dans l'autre. Il prenait tout l'intérieur de son poignet. Sur les veines principales. Il semble y avoir un mot inscrit au centre. Débordant horizontalement. Je n'ai pas eu le temps de lire.
— Je dois y aller, donne. Conclus-je en tendant la peau pendant qu' un drôle de doute me poussait à analyser cette personne en face de moi.
Les cheveux, la posture, le regard. Je regarde rapidement autour de moi, c'était captivant pour les présents, ils étaient tous concentrés. Quelque chose clochait...
— Okdalina ? M'interpelle une voix que je reconnais mais que mon esprit refuse d'assimiler.
Je me retourne à la vitesse de la lumière, je crois même que je me suis craquée le cou avec ce geste, et à ce moment précis, j'ai cru que ma tête allait exploser quand j'ai posé les yeux sur lui. Oui effectivement, c'était bien lui.
La même voix. Les yeux pétillants de malice. Et evidemment, le meme putain de blouson bleu royale de l'equipe du lycée.
Et merde. C'était lui, Carter McColt, le Carter de ce matin. Mais si c'est vraiment lui alors...J'avais les yeux hors de leurs orbites et le sourire inversé le plus long que je n'avais jamais tiré.
Pourquoi il y en avait deux ?
Je me retourne vers le type très clairement agacé, en blouson en cuire qui arque un sourcil en voyant mon expression. Je réalisais doucement comment la honte mordillait ma peau.
— Qu'est ce qui se passe ici ? Demande le Carter de ce matin
Il passait un regard mauvais entre moi et sa copie conforme.
— Mais, je, tu, dis-je en les regardant à tour de rôle, je croyais...
Je suis complètement perdue. Je regarde autour de moi mais les types en blousons étaient tous tournés vers Carter. Le toisant comme des fauves.
— Ah je vois! Commence-t-il dans un soupir clairement haineux mais toujours avec son air joueur. Okdalina, je te présente Cameron.
Puis d'un air blasé, loin d'être ravi il ajoute :
— Cameron McColt. Précise-t-il.
Par. Tous. Les. Cieux.
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Vos promesses : Hésitation
Teen FictionTout le monde ici savait, tous, étaient liés par cette histoire, ce passé, ce secret, chacun sa version et chacun sa vision, tous, sauf elle . Okdalina ne se doute pas que son arrivée dans cette nouvelle ville va tant la changée, tant lui a...
