5 :

2.5K 160 9
                                        

Respire Okdalina, il ne va pas te manger.

Je lève les yeux, lentement, maudissant d'avoir pris cette table. Je les pose encore une fois sur cette perfection de la nature. C'était indéniable, je suis du genre à voir la beauté partout. Mais l'esthétique de son visage est juste parfaite.
    En le regardant le plus que je pouvais, je me rendis compte de mon erreur. Il n'y a pas un monde où on puisse confondre les deux. C'est étourdissant car la base est la même. Les traits, la forme du visage, ce regard tiré vers le haut suivi par des sourcils fournis. Mais ce regard, ce regard qui n'inspire pas vraiment confiance, neutre et plat n'a absolument rien à voir avec celui de Carter.
— Alors, retentit sa voix grave et contrôlée.
    Il retire ses gants en cuire d'un marron sombre aux coutures parfaitement bien finies, de chaque doigt, lentement l'un après l'autre, les jettent près du plateau sans retirer ses yeux de moi. Je suis morte de honte. Il me dévisage de longues secondes, je profite de ce moment pour poser les yeux sur chaque recoin de son visage. La table est dans un silence complet, l'angoisse est à son apogée, même l'énergumène sur ma droite s'est calmé pensant certainement à la bourde qu'il avait peut être engendré.
— J'ai fais quoi cette fois?
    Cette simple phrase déclenche de nouveaux rires  sonores  dans la table. Les mecs éclatent dans un rire collectif, je suis gênée  à l'extrême mais je ne peux pas m'empêcher de
sourire. Je respire à nouveau, saisissant l'humour subtil. Il m'a eu. Je m'attendais à pire comme réaction. Comme par exemple que ces mecs me retiennent de force pendant que Cameron retire mes globes oculaires avec sa fourchette, pour les accrocher ensuite à sa moto comme trophée et symbole d'intimidation. Mais finalement non.
    Apparemment, c'est tellement rare que quelqu'un s'en prenne à lui que ce que j'ai fais hier est un acte historique. Pas près d'être oublié, à mon grand désespoir. Il soulève légèrement le côté de ses lèvres dans ce qui ressemble à l'ombre d'un micro sourire.
— Je tenais à m'excuser pour hier, je me suis trompée, ton frère, enfin ton jumeaux, je veux dire Carter quoi.  Il m'a...enfin c'était lui la cible, je savais pas que...
— Je sais. Dit-il en me coupant et en commençant à manger le contenu garni de son plateau.
    Sans un regard de plus, ils se jettent tous sur leurs plateaux comme des bêtes et se lancent dans des débats en parlant (non en hurlant). A propos de tout et de rien. Cameron mangeait comme si sa vie en dépendait semblait suivre les différentes conversations d'un regard semi-attentif.
    Je regarde autour de moi, tout le monde m'ignore, je regarde mon plateau. Bon et bien, si ça dérange personne...je vais manger aussi ?Sans cesse de parler et sautillant sur place, le fou a ma droite raconte des histoires et anime la table avec le vocabulaire le plus fleuri que j'ai entendu. Je me retrouve à écouter aussi ses blablatages.
— Je te jure mec, elle fait  un bruit bizarre. T'as vraiment tout vérifie ? Intervient un mec tatoué avec pleins de piercings à l'intention du maigrichon aux cheveux gras à côté de moi.
— J'ai vérifié, y'a même pas une semaine, elle est impec'.
— Alors comment t'explique le bruit?
— Tu as déjà pensé en essayé une autre ?
Le maigrichons ris comme si c'était la blague de l'année.
— C'est une putain de Harley Davidson Dyna switchback, c'est mon bijou. Elle n'a pas à s'expliquer, je resterai toujours fidèle.
— Si tu avait cette mentalité avec les meufs tu serai pas célibataire depuis la naissance. Le casse Colt tandis que je serrai les joue pour ne pas rire.
— Ça provient peut- être des disques de freinages? Propose le blond de tout à l'heure en participant à la discussion.
— Je suis pas un novice. Je les ai remis la semaine dernière. Argumente le maigrichon. Je vous l'ai dit, roule-t-il des yeux, y'a rien...
— Tu n'as pas d'ABS,  le coupai-je.
La phrase est sortie sans que j'y fasse attention, dans l'excitation de m'être souvenu d'un détail et avec mon amour pour la gagne, j'ai balancé ma théorie comme si on jouait à un jeu de société. J'aspire mes lèvres à l'intérieur de ma bouche en me rendant compte qu'ils étaient tous en train de me fixer .
— Quoi ? Crache le maigrichon.
— J'ai...j'ai dis que si c'est bien la Harley Dyna switchback que j'ai vu hier. Elle n'avait  pas d'ABS. Déglutis-je bruyamment, c'est de là que provient le bruit, les roues n'ont pas d'appuis.
Cameron qui lui ne me regardait pas au départ, relève la tête.
— Et qu'est-ce t'en sais toi? Me lance le tatoué sans utiliser un ton méchant, mais un peu moins amusé quand même.
— Disons que j'ai de maigres connaissances, justifiai-je en jouant avec ma salade. Je dis juste que tes amis ont raison, c'est assez dangereux avec ce genre de motos, enfin je suggère c'est tout.
— Ah parce-que tu crois connaître plus de choses que moi? Lance le maigrichon apparemment vexé, en rapprochant son visage vers le mien alors qu'il agrippe le rebord de ma chaise derrière mon dos.
— Non je ...
— Écoute ma jolie, me coupe-t-il la parole, sans vouloir te vexer je pense pas que t'ai grand chose à m'apprendre.
Il me toise, sa main agrippée au rebord de ma chaise.
— Et l'utilité du shampoing et du dentifrice alors? Lançais-je en toisant ses cheveux gras d'un air dégoûté. Recule toi de ma chaise avant que tu ne me coupes définitivement l'appétit.
    Les présents explosèrent de rire. Le blond crache même le contenu de sa bouche, le tatoué faillit tomber de sa chaise tant il riait. Ils ont font toujours un peu trop, c'est peut-être leur façon d'être au finale.  Je me sentais super fière de mon coup. Et à ma grande surprise même Cameron sourit légèrement. La première réponse qui m'est venue est sortie. Et je dois avouer que c'est agréable.
J'en avais besoin.
— Te marre pas toi, dit le maigrichon en jetant au tatoué un foulard qu'il portait pendouillant à sa ceinture, à la gueule.
— Elle t'as tué mec, je m'y attendais pas. Répondit-il entre deux rires en réceptionnant le foulard sur la tronche.
— Je conduis sans casque ces derniers jours c'est pour ça que mes cheveux sont gras, ils prennent le vent! Se justifie le petit con d'une petite voix en se frottant les cheveux.
— Bon et bien, merci, pour votre " hospitalité", grimacais-je sarcastique.
— Ah ! Elle m'a refait mon aprem' merci la nouvelle, lance le tatoué toujours plonger dans l'euphorie.
Je souris, sincèrement face à son rire et tourne les talons.
— Hey petite, m'interpelle une voix grave qui ne manquera certainement jamais de me faire peur.
Je m'immobilise à quelques pas de la table, et pivote la tête. Il relève un regard plat vers moi.
— La prochaine fois, trouve toi une autre table.
    Il me fixe sans l'ombre d'une émotion, et mon petit nuage qui commençait à se former s'éclate violemment, bien-sûr que je savais qu'ils n'avaient fait que me tolérer. Élitistes à la con. Bien qu'un peu déçue malgré moi, j'avais l'impression (à voir la réaction des autres) qu'il aurait pu me faire une scène et honnêtement je lui suis un peu reconnaissante de m'avoir laisser finir mon plat. Avant de mettre en garde.
— Je sais, lançai-je en partant.
    En me retournant je vois beaucoup de regards braqués sur moi, en particulier, celui de Carter. Sourcils froncés, il suit la trajectoire de mes pas du regard vers la table de son frère, il venait d'arriver à la cafétéria.  Je crois qu'il vaudrait mieux que je m'éclipse. Je sors à toute vitesse de là, et pars à la recherche d'un endroit calme,  pour remettre mes idées en place.

Vos promesses : HésitationDes histoires addictives. Découvrez maintenant