Introduction

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J'étais sur le point de gagner un duel de regard avec une vieille dame. Elle assistait à notre emménagement à travers ses rideaux, elle se pensait discrète. Je voulais gagner avant  que quelqu'un s'en rende compte. C'est peut-être mal polie mais j'ai laissé mes bonnes manières dans mon ancienne chambre, que je n'avais pas quitté de tout l'été.

— Regarde-moi ce quartier qui pue l'argent, on va s'ennuyer à mourir ! Se plaint une voix sur ma gauche.

    Je m'étais préparé à cette éventualité. Après tous les discours de ma mère sur les nouveaux départs et l'envie de repartir à zéro...ce n'était qu'une question de temps avant qu'elle se décide à rejoindre son nouveau mari. Je m'y attendais. Ma petite sœur, en revanche, ne l'a pas encore bien digéré. Elle à laissé son collège, ses amis et je soupçonne même un éventuel petit copain, si on peut appeler ça ainsi à cet âge.

— Tire pas la tronche Jenna. Regarde le quartier est pas mal.
— C'est pour ça que tu assassines déjà la voisine du regard ?
Je souris. J'oublie à quel point c'est une miniature de moi.

    C'est triste à dire mais, moi ça m'est complètement égal. Ici ou là-bas, dans cette petite ville du nom de HillsDales ou au fin fond de l'Amazonie. Je n'avais de toute façon plus aucun repère. Ce que je savais de la vie s'est cristallisé avant de s'envoler en éclat devant mes yeux. L'endroit où je suis ne change rien. Je tentai donc tant bien que mal, de la rassurer.

— Elle à commencer, c'est pas pareil.
J'inspire profondément, humant l'odeur de cette rue vide.
— C'est super silencieux. Se plaint la voix à ma gauche.
— C'est tranquille, la corrigeais-je, et on s'est promis de faire un effort. Tu te souviens ?
— Besoin d'un coup de main les filles ? Résonne la voix de Max, le mari de ma mère alors qu'il se tenait dans l'embrasure de la porte.
— Non, non, je crois que c'était le dernier, dis-je en montrant d'un léger geste le carton dans mes bras.
— Super ! Dépêchez-vous, je vous montre vos chambres !

Il semblait ravi.

Nous avançons Jenna et moi dans la petite entrée verdâtre qui menait au ponton boisé. Et nous posons l'une après l'autre, les pieds dans cette nouvelle maison. Notre nouvelle maison. Mes pas furent timides, je suivais max dans son rapide tour, n'écoutant que d'une oreille. Sauf au moment où nous avons emprunté l'escalier en bois en face de la porte, et que nous sommes montés à l'étage pour y trouver ma chambre.

— Tu penses qu'il y a des beaux gosses dans cette ville?

Je relève les yeux vers l'élément ayant le plus de potentiel dans cette pièce. Le fauteuil en cuire marron sombre sous la fenêtre, juste en face du lit. A notre arrivée, il baignait dans la douce lumière du couché de soleil,actuellement la lumière blanchâtre de la lune avait pris le relais. Cette chambre ne me déplaisait vraiment pas.

    Le mélange de tons marrons et beiges accordait le grand lit double aux murs et aux autres fournitures présentes. Un bureau sur ma gauche, au-dessus duquel des petites étagères ne demandent qu'à être remplies. Une petite commode près de mon lit, et une énorme corbeille à linge prêt de la porte sur la droite (ma toute première salle de bain individuelle.)
    La fenêtre en face de l'entrée donnant sur la rue d'en face. Ce n'est qu'une fois au centre de la pièce que j'avais remarqué que le placard était encastré et partageait le même mur que la porte par laquelle j'étais arrivée.

Je pivote la tête vers ma petite sœur, nous sommes allongées sur mon lit à papoter après avoir mangé à ne plus pouvoir tenir debout.


— Je sais pas. Tu devrais te soucier de choses plus importantes, comme tes études par exemple.
— Rabat joie, tu es pire que grand-mère Susie et ses discours sur la prévention contre le vieillissement.
Elle se mit debout sur le lit.
— Tu mets de la crème Okdalina ? Commence-t-elle en imitant la voix aiguë de la bonne dame en question, tu ne te soucie pas de ta peau Okdalina ? Tu vas faner à 40 ans, tu ne ressembleras plus à rien.
— Ne me traite jamais de grand-mère Susie. Dis-je un rire dans la voix face à son petit spectacle.
    Elle tira la langue et je chope aussitôt le coussin à ma gauche. Je lui l'envoie en pleine face. Elle ouvrit grand ses yeux verts,  identiques à ceux de notre mère.
— Aïe ! Couine-t-elle en recevant le coup, t'as signé ton arrêt de mort !

Elle se jette sur l'autre coussin et contre-attaque. Les rires continuent jusqu'aux larmes. On profitait de tout cet espace. Demain c'est la rentrée, du moins pour nous deux.
    Je savais que nous partagions silencieusement la même crainte, cette peur que cette soirée prenne fin. Que tout ça devienne réel. J'en étais même persuadée, car ce soir-là, Jenna s'endroma avec moi.
 
Et ce n'était pas arrivé depuis des années.

Vos promesses : HésitationDes histoires addictives. Découvrez maintenant