Episode 1 : Des livres à éviter (5/6)

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Amy, aventurière intérimaire

Je dévalai les marches à toute allure pour suivre Andrew Bennett. Il traversa la salle du carnage à toute allure. Je le suivais de près et sortit du bâtiment.

Plusieurs policiers en faction derrière le ruban jaune me firent signe. Ils pointaient du doigt la direction des marches de la Croix Rousse. Je compris que le monstre avait filé par là (et que le mystérieux inspecteur avait suivi).

Des débris de verre jonchaient l'entrée et des trainées de sang brunâtres pointaient vers les marches mais je n'y prêtai pas attention.

Je traversai une petite place en courant et, au croisement, je heurtai un jeune homme qui chuta violemment.

— Désolé ! Criai-je sans me retourner.

Je courais dans la côte menant aux mythiques volées de marches du quartier de la Croix Rousse. À presque cent mètres devant moi je voyais Andrew Bennett cavaler. Comment diable ce vieillard pouvait-il courir aussi vite ?

Je le vis faire une pause pour reprendre son souffle.

Une porte jaillit du sol à côté de lui.

"Nom de nom!" jurai-je silencieusement dans ma tête.

Le vieux Andrew Bennett rentra dans la porte qui se referma et disparut.

Pour un moment seulement. Elle réapparut cinquante mètres plus loin, après le croisement suivant. La porte s'ouvrit et Andrew Bennett en sortit en courant.

Tu m'étonnes que ce vieillard filait plus vite que moi ! Il pouvait se téléporter.

Et devant lui, courant à quatre pattes, une sorte de loup-garou avalait la côte avec une facilité déconcertante.

Je pensais être bonne en sprint. Je pratiquais la course depuis l'adolescence. Et je connaissais les rues lyonnaises comme personne. Mais j'avais beau m'imposer de respirer pour garder le rythme, je voyais que je me faisais distancer. Je n'ose même pas imaginer si j'étais venue avec un gilet pare-balles ou une armure.

Une voiture pila et klaxonna lorsque je traversai une rue perpendiculaire sans m'arrêter.

Je gardai les yeux rivés sur mes fuyards.

Andrew Bennett avançait lentement mais, tous les trente mètres, il faisait apparaître sa porte et la téléportai plus loin. À sa place je me serais TP directement à côté du monstre pour le finir mais j'ignorais si sa porte avait des limitations. Tout ce qui est magique répond à un ensemble de lois bizarres mais cohérentes.

Nous avions fini la côté et atteint les marches de la Croix-Rousse. Une volée de marches blanches qui reliait le quartier des terraux au quartier de la Croix Rousse, du quatrième arrondissement.

Des jardins encadraient de part et d'autre l'escalier.

Je vis avec un certain soulagement que des agents de police avaient pris position sur les marches. Une brigade équipée contre la magie : je voyais d'ici les pentacles sur les boucliers.

Cela aurait pu être utile mais le loup-garou décida de les éviter. Au lieu de prendre les marches il passa par les jardins sur les côtés. La bête avait une détente monstrueuse. Elle pouvait sauter à plus de deux mètres sans même ralentir.

Andrew Bennett prit aussi le chemin parallèle par les jardins. Mais ce vieil homme ne risquait pas de sauter. Il se précipita vers un mur et...

Sa porte surgit du sol et le propulsa à l'étage supérieur.

Pardon!

Sa porte avait surgi du sol alors qu'il se tenait au-dessus et l'avait envoyé au niveau suivant sans même qu'il rentre dedans.

Il me faut une porte comme ça ! Pensais-je. C'est vraiment pratique pour les poursuites en environnement urbain.

Au milieu des passants terrorisés par le passage du monstre, je vis quelques policiers tenter quelques coups de feu — avec des balles en argent — mais la cible bougeait trop vite.

Et Andrew Bennett continuait sa poursuite en faisant apparaître sa porte à chaque niveau.

Je commençais à peiner. J'avais atteint l'orée de l'escalier et attaquait les premières marches.

Le loup-garou prit une balle en argent et roula dans les buissons. Il avait cessé sa course folle. Andrew Bennett n'était plus qu'à trois étages de lui. Deux.

Pendant que les balles en argent pleuvaient, le monstre essayait de se terrer dans la végétation mais il en ressortit rapidement pour attaquer un policier. Je ne doute pas qu'un seul coup des griffes monstrueuses aurait pu arracher la tête du jeune homme si la mystérieuse porte n'était pas apparue devant lui.

Le loup-garou frappa l'artefact et j'entendis le bruit d'un raclement strident. Comme des ongles sur un tableau. Multiplié par mille.

Le monstre recula en grognant et se tourna vers Andrew.

La porte disparut.

Andrew arriva un étage en dessous. Il fit une pause. Je le voyais rouge et haletant. Le poids des années le ralentissait. Le loup-garou le fixa de ses yeux jaunes.

J'accélérai encore mais je doutais d'arriver à temps.

Le monstre sauta en visant Andrew Bennett, quelques mètres en-dessous.

Je doutais que les quelques policiers encore dissimulés dans les escaliers puissent toucher le monstre à cette distance. Je le vis piquer sur le vieil homme en une fraction de seconde. Le carnivore de cent cinquante kilos fondit comme un aigle sur un oisillon en découvrant sa gueule garnie de crocs. Au bout de son bras poilu et musclé ses griffes acrérées de vingt centimètres renvoyèrent un éclat de lumière.

Le choc fut terrible. À mi-chemin entre le gong de Fort Boyard et l'écrasement d'un corps contre une voiture: Andrew Bennett avait fait apparaître sa porte devant lui à l'ultime moment. Le monstre l'avait percuté de plein fouet et... selon toute invraisemblance... la Porte avait mieux résisté que le loup-garou.

Le lycanthrope gisait au sol, sonné.

Quand les policiers s'approchèrent pour l'achever, Andrew Bennett leur fit un geste d'apaisement. Il sortit un petit couteau à la lame de fer et la planta dans le sol, trois fois. En m'approchant je vis qu'il n'avait pas touché le loup mais son ombre. Andrew utilisait un vieux rituel breton pour délivrer un humain de la malédiction lycanthropique. D'où tenait-il un savoir aussi vaste ?

Le monstre commença à retrouver forme humaine. Ses canines rétrécirent. Ses oreilles s'aplatirent pour retrouver une forme ronde. Sa toison velue disparut peu à peu. Sa masse musculaire fondit. Ses articulations retrouvèrent leur configuration normale dans un enchainement de craquements insupportables.

Le vieil Andrew Bennett sortit son mouchoir et s'épongea le front:

— Je suis trop vieux pour toutes ces bêtises.

Il posa un regard rude sur l'homme nu, à terre, qui commençait à émerger :

— Avant de laisser les violences policières s'exprimer tu vas me dire quel livre tu as utilisé et où il se trouve !

Deux portes valent mieux qu'une [Andrew Bennett]Stories to obsess over. Discover now