Amy, aventurière intérimaire
Après avoir écarté quelques fausses pistes, j'avais fini par identifier un suspect crédible. Prénom « Lorenzo ». Surnom « Arcadio ». Lointain descendant d'un célèbre alchimiste lyonnais. Hautement diplomé. Master de lettres anciennes. Avait séjourné au Japon. Pas de travail déclaré. Vivait de revenus non-identifiés. Il occupait un appartement dans le quartier Saint-Jean. Ce n'était pas « proche » des incidents mais pas franchement éloigné non plus.
J'étais venue préparée. Je portais ma tenue de protection magique couverte de symboles. Mon épée buveuse d'âmes ceignait ma taille. J'avais emporté la collection classique : gousses d'ail, eau bénite et sel.
Étant donné mon expérience au combat je pouvais neutraliser un humain ordinaire en quelques secondes.
J'avais dérobé un pass de facteur pour rentrer dans les immeubles lyonnais. J'atteignis rapidement l'appartement de mon suspect et sonnais.
Les parties communes de l'immeuble ne payaient pas de mine. Les Lyonnais aménageaient souvent de façon très confortable l'intérieur des appartements mais le reste des immeubles restait souvent dans un état dégradé.
Je sonnais à nouveau. C'était le genre de vieille cloche mécanique dont on entend le bruit depuis le couloir.
Une étiquette avec le nom presque effacé ornait la porte d'un vieux rouge usé. On lisait à peine la dernière syllabe « ...Dio ». Une voix me parvint à travers la cloison :
— Qui est-ce ?
— Bonjour ! Aventurière Amy, répondis-je en plaquant mon badge sur l'oeil de boeuf. J'enquête dans le voisinage.
— Intéressant, dit seulement la voix sur un ton distant.
J'entendis la clé tourner dans la serrure et la porte s'ouvrit en un grondement peu rassurant.
Un couloir non éclairé menait à la pièce principale mais je ne vis personne, comme si un fantôme avait ouvert la porte. J'avançai.
— Venez, je vous en prie.
Des bibliothèques pleines à craquer décoraient le séjour. Les livres d'histoire cotoyaient les manuscrits. Je reconnaissais les éditions dédiées à l'ésotérisme. Certains de ses ouvrages comptaient aussi dans ma collection. Plus surprenant des mangas occupaient les rayons les plus bas. Je trouvais étrange de rencontrer les Death Note et les Jojo's Bizarre Adventure dans la même bibilothèque que les écrits de Miyamoto Musashi ou d'Ikujiro Nonaka.
Mon regard parcourut le reste de la pièce. Je devinais un ordinateur éteint sur le bureau. Une table basse et deux chaises meublaient la pièce. Un miroir géant d'un mètre sur deux occupait le mur du fond.
Un jeune homme, assis sur l'une des chaises, me tournait le dos. Il tenait distraitement un livre ouvert en appuyant son pouce sur la tranche intérieure.
Malgré la pénombre je devinais sa silhouette. Sa chevelure souillée tombait en lourdes boucles autour de sa figure pâle. Ses épaules avachies et ses bras délicats pendaient sans force à ses côtés. Un costume taché et déchiré complétait le tout. Craignant une mauvaise surprise magique je m'approchai pour l'ausculter. Un tatouage d'étoile proche de la nuque. Rien de particulier.
En regardant le reflet dans le miroir, au fond de la pièce, je vis qu'il m'avait vu.
— Bravo jeune aventurière ! Vous m'avez trouvé mais j'ai une mauvaise nouvelle pour vous et votre amie Douceline.
J'eus à peine le temps d'éprouver la satisfaction de la victoire que l'angoisse me saisit :
— Comment la connaissez-vous?
— Je crois savoir qu'elle vit de sa passion pour la lecture et qu'elle accepte de chroniquer tous les exemplaires gratuits qu'on lui envoie. Ce serait vraiment terrible si une personne mal intentionnée lui avait envoyé un livre maudit.
Pendant un quart de seconde j'avais supposé que mon suspect allait tout avouer et se rendre mais au lieu de ça il enchaînait directement sur les menaces. Il allait comprendre sa douleur. Je tirais mon épée de son fourreau. Elle rugit d'un cri métallique d'outremonde. Je sentis la colère et la faim de mon épée maudite m'envahir.
— Jeune homme je vous laisse deux secondes pour vous rendre. Je tiens une épée buveuse d'âmes. Une arme formellement interdite aux quatre coins du monde. Elle est dotée d'une volonté propre et pourrait décider de vous tuer avant même que j'y songe. Je fais déjà des efforts pour le retenir. Et la mort ne sera pas votre pire problème. Si cette lame vous touche elle boiera votre âme et vous serez piégé pour l'éternité.
Quand je fis part à mon suspect de ce qu'il risquait, il éclata de rire : la tête rejetée en arrière, il donna libre cours à une tonitruante hilarité, alors que tout humain normal aurait fait pâle figure. Arcadio referma son livre et le posa sur la table basse. Il se leva lentement, sans geste brusque, et se retourna pour me faire face.
Physiquement il ne semblait pas dangereux. Maigre. Maladivement maigre. Et trop blanc. Je supposais un instant qu'il laissait son appartement dans l'obscurité car il craignait la lumière comme nombre de créatures maléfiques.
— J'ai une contre-proposition. Joignez-vous à moi. Visiblement les arts occultes ne vous dégoutent pas. Vous partagez une certaine familiarité avec la noirceur. Je peux vous donner accès à des pouvoirs que vous ne soupçonnez pas.
Son ton froid et distant m'hypnotisait. Comment un homme si frêle pouvait avoir une voix si grave ?
— Pas intéressée.
— Quel dommage. Je vais être obligé de vous supprimer.
— Ridicule. Vous avez conscience que d'autres sont déjà sur vos traces. Si je vous ai trouvé en vingt-quatre heures, n'importe qui vous trouvera.
— Ah oui... le vieil homme à la porte qui a arrêté et libéré mon serviteur lycanthrope... Je n'avais pas prévu cela. Toutefois il est déjà trop tard pour lui comme pour vous... et votre amie.
J'avais déjà commis des erreurs par le passé : j'avais laissé filer des monstres en me laissant attendrir mais — là — mon intuition me criait de passer à l'action. Sans avertissement je me fendis et plongeai ma lame dans la poitrine du sorcier.
— Aïe, dit-il avec ironie.
Erreur. J'avais enfoncé ma lame dans un miroir. La surface fracturée me renvoyait plusieurs fois mon reflet dans la pénombre.
Mon suspect s'adossait au grand miroir, au fond de la pièce. Je tirai sur la poignée de mon arme mais j'avais enfoncé la lame trop profondément. De ma main gauche je cherchai vite mon petit couteau de jet, cachée derrière mes reins.
— Bravo. Je devrais vous féliciter. Vous avez failli m'arrêter.
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Deux portes valent mieux qu'une [Andrew Bennett]
Fiksi PenggemarFanfiction cross-over, de Laurent Pendarias, entre l'univers d'Andrew Bennett (SuperflammeStory) et celui des aventurières intérimaires. Amy, l'héroïne lyonnaise, est appelée pour enquêter sur une succession de crimes surnaturels et croise le chemin...
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