Episode 2 : Recherche de livres maudits (3/9)

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Jeune Andrew Bennett

Le soleil se couchait et le vent agitait les feuillages des arbres qui bordaient le cimetière lorsque j'atteignis l'enceinte. À cette heure avancée l'accès au public était interdit toutefois la grille ne posa pas de problème.

Le souvenir de la matinée troublait mes pensées. La Porte m'avait amené, sans raison apparente, dans le quartier des Terraux de la ville de Lyon. À peine sorti une jeune femme, au look de métalleuse, m'avait percuté et avait fui sans s'excuser. J'avais essayé de la suivre pour lui faire savoir ma façon de penser et j'avais assisté à la scène la plus improbable qui soit : un loup-garou courait en plein jour dans les pentes de la Croix Rousse et un vieil homme l'avait poursuivi en utilisant une Porte comme la mienne.

C'était très étrange, même pour moi.

Le soleil rasant allongeait les ombres des tombes. J'avançai vers le monument aux morts situé au centre du cimetière de la Doua. Les rapports de police faisaient état de sépultures éventrées de l'intérieur. Et en temps normal les morts ne sortent pas de leur tombe. Cela commençait à faire beaucoup d'anomalies surnaturelles.

La notification faisait mention de seulement quelques tombes. Pas de quoi paniquer : on était loin des hordes de la série Walking Dead.

J'esquissai un sourire en pensant à la neuvième saison que j'avais terminé ce week-end.

Les stèles de l'allée portaient des symboles mystiques. Inhabituel pour un cimetière militaire. Toutefois j'avais fait mes devoirs : depuis Rabelais la ville de Lyon accueillait des sociétés d'alchimistes. Plusieurs personnalités liées à l'occulte reposaient dans le coin.

Tandis que j'approchais de la première tombe éventrée, je vis avancer un homme. Pendant un court instant j'eus le sentiment de me voir dans un miroir. Peut-être était-ce un reflet ? Non : l'inconnu marchait plus lentement que moi et portait un costume different. Un joli costume cravate, parfaitement ajusté, aux teintes oranges.

— Ca par exemple ! M'exclamai-je.

— Hé oui ! C'est moi, répondit mon sosie plus âgé.

Nous marquâmes une pause, laissant une bourrasque de vent chasser la poussière accumulée sur les tombes. J'examinai mon double à contre-jour.

Il comptait plus de rides que moi et une cicatrice lui barrait le sourcil gauche mais l'homme avait exactement la même taille. Les mêmes mimiques. Le même regard.

— C'est un tour de magie que je n'ai jamais rencontré, conclus-je.

Le vieux esquissa un demi-sourire :

— Que tu n'as pas encore rencontré, corrigea-t-il. Mais ça viendra avec l'affaire du tueur polymorphe... enfin bref, je ne devrais pas parler de ça, on risque d'abîmer le flux temporel.

— Laisse-moi deviner ! Tu vas prétendre être mon moi du futur.

— Exactement ! Andrew. Je suis moi. Ou plutôt toi. D'une époque différente.

J'avais lu suffisamment de livres de science-fiction pour comprendre le concept. Et je savais aussi que les grandes sagas hollywoodiennes en manque d'imagination ressortaient régulièrement le "voyage dans le temps" comme un deus ex machina. Généralement incohérent, car truffé de paradoxes temporels.

— Et on ne risque pas un paradoxe temporel à se rencontrer ainsi ?

Le vieux propriétaire de la porte haussa les épaules.

— Si tu savais... ils ont fait 12 films Terminator... alors je crois que plus personne ne comprend les paradoxes temporels. Je pense juste que je suis censé ne rien te dévoiler de ton avenir pour ne pas altérer mon passé.

Je fronçai les sourcils. J'avais croisé suffisamment de magie et de phénomènes surnaturels pour ne pas me laisser berner. Ce prétendu « double du futur » pouvait être un fantôme ou une sorcière ou Dieu-sait-quoi-d'autre.

— Bon écoute, dit le vieux. Nous devons traquer un tueur et le temps nous est compté donc on va essayer de passer rapidement la scène où tu ne me crois pas car j'ai déjà vécu cette scène. Tu vas me demander un détail que toi seul connais pour vérifier mon identité. Je vais te raconter comment tu as découvert la Porte la première fois avec le mendiant qui dormait dans le hall d'accueil, comment tu as accepté la mission, comment tu as vécu les premiers jours avec la Porte, comment tu as recueilli un enfant qui...

— Stop !

— Et après t'avoir raconté tout ça, tu vas me dire que n'importe qui venant du futur ou avec de bons renseignements pourrait savoir ça et tu vas me demander de te montrer ma porte.

Le vieux Andrew Bennett claqua des doigts et sa porte surgit du sol.

Une sensation familière m'envahit. La prétendue porte du futur ressemblait exactement à la mienne. Elle n'avait pas une craquelure de différence.

— Elle n'a pas vieilli.

— Non. Je pense que l'univers de la Porte existe en-dehors de l'espace-temps tel que le conçoivent les humains. C'est peut-être pour ça que nous pouvons nous croiser.

Mon vieux sosie claqua des doigts et la porte s'ouvrit. Je fronçai les sourcils :

— Elle ne fait pas ça avec moi.

— Tu ne connais pas encore tous les secrets de la porte.

De l'embrasure s'échappait une douce lumière bleutée. Le vieux Andrew Bennett avait aménagé le hall de façon relativement sympathique et accueillante. En avançant tout droit on arrivait à la porte principale du "Bureau".

Je suivis mon alter ego. La seconde porte s'ouvrit sur une pièce que je connaissais par coeur mais l'étonnement me saisit.

D'abord parce que mon prétendu double du futur avait accroché une voiture, une Deux-Chevaux, à l'horizontal sur son mur, et ensuite parce les rayons de la bibliothèque croulaient sous les ouvrages. Grimoires, volumes, incunables, cahiers et albums de toutes les formes et de toutes les couleurs s'alignaient sur des mètres, non, des dizaines de mètres.

— Et à quoi sert la voiture accrochée au mur ?

— Décoration. Je me suis pris de passion pour l'art contemporain français de ton époque. Il faut dire que l'art à mon époque ne ressemble plus à rien...

— D'accord... répondis-je, peu convaincu.

Mon regard balaya les étagères.

— Je constate que j'ai bien fait mon travail. J'ai... enfin nous... avons récupéré un paquet de livres maléfiques. Je n'imaginais pas qu'il y en avait tant.

— J'ai parcouru le monde pendant des décennies.

— Par contre, je ne suis pas sûr pour la déco..., dis-je en jetant un oeil à la voiture accrochée au mur, comme si elle défiait la logique de la gravité.

— Ca... c'est parce que tu n'as pas encore vu l'épisode de Doctor Who dans lequel il installe une piscine dans son TARDIS.

***

Deux portes valent mieux qu'une [Andrew Bennett]Stories to obsess over. Discover now