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monsieur rose

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Sur l'écran de la télévision, un vieillard au charme intact se tient face au fauteuil d'un présentateur télévisé en vogue. Ils détonnent : l'un dans son costume impeccable, l'autre dans sa chemise pailletée et son pantalon fluide. Le visage de la jeunesse et l'icône d'une génération. Le public est en extase, beaucoup de fans de la première heure se sont immédiatement jeté sur l'occasion. Certains vieillards ont emmené leurs petits enfants et leur désigne la légende d'un doigt discret. "C'était lui le roi de la chanson, à mon époque. Ta grand-mère en était folle." Les rumeurs vont bon train sur son compte, pas toujours les plus flatteuses. Entre sa relation prétendue avec la princesse d'Angleterre et sa collaboration secrète avec Freddy Mercury, sa réputation le précède. C'était le garçon fiché sur tous les posters des jeunes filles en fleurs des années 70, celui dont les vinyles se revendent à prix d'or, mêmes rayés. Les enchères grimpent furieusement lorsqu'on vend des meubles, des vêtements, des objets lui ayant prétendument appartenu. Sa tête défile dans le feed Instagram des adolescentes nostalgiques de cette époque, toujours cette même expression en légende : "young Allen Rose".

- Allen Rose, vous êtes une véritable légende du rock n' roll, commence le présentateur, enfoncé dans son fauteuil bleu marine, ses fiches entre ses doigts. Roi du Billboard, ami des plus grands, on vous reconnaît de nombreux talents mais vous vous dites écrivain avant quoique ce soit d'autre. Aujourd'hui vous avez remporté un prix exceptionnel pour vos mémoires "Les enfants de minuit". C'est un honneur de vous accueillir sur notre plateau.

Le visage d'Allen s'illumine d'un petit sourire qui fait faire plisser le coin de ses yeux marqués de rides. Aussitôt les applaudissements et les sifflements fusent.

- Merci de me recevoir, dit-il humblement, posant son chapeau près de la tasse à l'effigie du logo de l'émission.
- Dans ce livre, vous évoquez vos débuts, l'amour que vous portiez à votre mère, ce frère que vous n'avez jamais eu... Mais vous faites aussi des déclarations étonnantes : vous avouez avoir écrit de nombreuses chansons pour un groupe de musique sans en avoir jamais touché aucun droit. Vous vous décrivez aussi comme grand timide.

Le journaliste s'arrête pour lui sourire.

- On vous sait calme, mais vous restez pourtant un très grand entertainer sur scène. D'ailleurs beaucoup d'artistes ont prit de vos mimiques, ce sont inspirés de vous.

Allen se redresse sur son siège.

- À l'époque, j'étais très réservé, il m'était difficile de me faire des amis avant de débarquer à New York.
- Justement, vous nous parlez de ce grand changement, de ce coup de tête magistral et nous dressez un portrait de cette génération des années 60. Une génération de tous les possibles ?
- Oui, tout à fait. C'était assez différent de notre époque actuelle. Je dirais qu'il y avait une liberté qu'on respectait. À l'époque, on pouvait dire presque tout ce qu'on voulait, même si ce n'était pas toujours pour le mieux, évidemment.

Il rit.

- Mais c'était un genre d'engouement, les filles sortaient de l'école, retiraient leurs collants et s'élancaient dans cette ville d'adulte, pleines d'enthousiasme. Enfin, on avait moins peur aussi.
- Mais ça vous en parlez très bien dans le livre. Je voulais également aborder le sujet que tout le monde attend.

Le public retient son souffle et des murmures retentissent dans l'audience.

- Je veux bien entendu parler de Louie Grace Moreau, votre premier amour. On lui doit beaucoup de vos chansons. Savez-vous ce qu'il est advenu d'elle ?

Le vieil homme reste un instant silencieux, avant de désigner le livre entre eux.

- Non.

Il est tenté de couper court à la question du journaliste, lâcher qu'il n'y a plus rien à dire. Il sait qu'il ne l'embêtera pas, il changera de sujet. Mais c'est bien malgré lui qu'il ajoute :

- C'est sans aucun doute mon plus grand regret.

les enfants de minuitDes histoires addictives. Découvrez maintenant