"le lendemain de l'orage
les rues avaient ton visage
et quelque chose me disait
dans l'air opaque et embué
que j'y laisserai plus que des mots"
J'ai posé mon stylo près d'un carnet fraîchement acquis. Ou plutôt fraîchement dérobé puisqu'il traînait vide, tentant, sur le banc d'un abribus. Deux amis en pleine dispute me faisaient face, à coups de grands geste et de répliques acerbes. L'un d'entre eux s'est soudain arrêté, une ombre passant sur son visage, avant de se lever calmement et de jeter une poignée de mitraille sur la table sans un regard pour l'autre. Les pièces ont ricoché par terre dans un tintement glaçant, l'une d'elle heurtant ma chaussure. Celui qui était resté assit s'est soudain levé à son tour, comme désemparé. Mais ses mots ont rencontré l'écho des conversations alentours, et ses excuses ont heurté le vide : son ami ne s'est pas retourné.
- Salut !
Une voix féminine a retentit près de moi et j'ai levé les yeux, la mine renfrognée. Louie se tenait devant moi, vêtue d'une salopette jaune, un foulard noué autour du cou. Elle a retiré ses gigantesques lunettes de soleil, qui lui donnait l'air d'une mouche adorable et m'a sourit.
- Tu es bien Allen ?
- Hum.
J'ai hoché la tête, trop perturbé à l'idée qu'elle connaisse mon nom pour lui répondre. Mais elle a prit mon manque de réaction pour de la froideur, et son sourire s'est un peu fané.
- Désolée, je ne voulais pas te déranger.
- Non, tu ne me déranges pas du tout ! Je me suis exclamé avec un peu trop de véhémence.
Elle a retenu un rire puis s'est de nouveau adressé à moi.
- Je travaille dans la boutique de disques au bout de la rue.
Elle m'a désigné le trottoir adjacent à travers la vitrine.
- Je te vois faire des aller-retours parfois.
J'ai essayé de ne pas trop imaginer la scène.
- C'est pas trop lourd de te trimbaler ce truc-là, tout le temps ?
Son regard s'est posé sur ma machine.
- Ça va, j'ai l'habitude, je lui ai assuré en souriant.
Le sien s'est agrandit.
- On pourrait déjeuner ensemble des fois, je suis toujours toute seule à midi. Ça me déprime tellement que ça me coupe l'appétit.
- Tu ne manges pas ? Je me suis inquiété.
- Non.
- Dans ce cas, je voudrais pas que tu dépérisses.
J'ai essayé de le dire en plaisantant mais je suis aperçu que j'avais l'air de la draguer. Elle a haussé les sourcils une seconde puis a repris son expression initiale.
- Okay, c'est chouette alors.
- Je reprends le service dans une heure si tu as du temps, je lui ai proposé.
Mes joues étaient tièdes, sûrement toutes roses à l'idée qu'elle ai pu me soupçonner de flirter.
- Parfait, il n'est pas encore midi mais on peut faire un tour en attendant si tu veux ?
J'ai accepté bien volontiers et me suis débarrassé de tout mon attirail, en prenant soin de ranger ma machine dans l'arrière-boutique. J'ai salué mon patron et mes collègues, et nous avons franchit la porte de l'établissement juste à temps pour épargner à Louie la vision de l'un d'entre eux derrière le comptoir, qui s'amusait à mimer une situation intime. Nous avons traversé la rue tranquillement et j'ai fait de mon mieux pour ralentir le pas. Non seulement j'avais les jambes deux fois plus grandes que celles de Louie, mais j'étais si guilleret à l'idée de passer du temps avec elle que j'avais l'impression d'avoir des ressorts dans les tibias. J'avais assez d'énergie pour faire décoller une fusée. En l'observant dans ses vêtements jaunes, je me suis fait la réflexion qu'elle ressemblait à un adorable tournesol grandeur nature.
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les enfants de minuit
General Fictionc'était la décennie de la révolution sexuelle, des petites culottes et de bob dylan. 1968 semblait l'année propice aux fugues des adolescents vers la Grande Ville. le chelsea hotel était encore envahi de poètes et de stars du rock n'roll qui payaien...
