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tiny dancer

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(gimme some lovin - the spencer davis group)


Ce dont je me souviens, ce sont des pneus de la Ford Falcon qui dérapent sur la route verglacée. J'ai vingt ans à peine, je serre contre moi mon maigre sac de voyage. Je suis épuisé, mais n'ose pas clore les paupières. On m'a pris deux ou trois fois pour un gigolo depuis que j'agite mon pouce en l'air avec mon carton déchiré. C'est vrai que j'étais frêle pour un garçon, avec mes traits délicats un peu féminins qui feraient jacqueter la presse quelques années plus tard, mais ça ne m'était encore jamais arrivé avant de prendre la route.

Le chauffeur n'était pas bavard, ce qui m'arrangeait, et plutôt conciliant avec ça, puisqu'il m'a désigné la radio d'un geste amical. Je ne me suis pas fait prié et j'ai changé de station jusqu'à ce que la voix nasillarde de Bob Dylan résonne. Après quelques secondes de silence, la voix enroué de mon camarade de route a retentit.

- Ça c'est de la vrai musique, mon garçon.

Je me suis contenté d'hocher la tête avec conviction. L'habitacle sentait le tabac et la nourriture, c'était une voiture d'homme célibataire. Dehors, la cime des arbres défilait à une vitesse vertigineuse, noire et blanche comme dans un film de la Nouvelle Vague. Je pensais à ma mère, que j'avais laissé un peu plus tôt devant la gare de ma commune. Elle pleurait à chaudes larmes en caressant mon visage imberbe.

- Come mothers and fathers throughout the land, and don't criticize what you can't understand, me suis-je mit à fredonner.

J'avais eut peur de la laisser toute seule dans notre petite maison vide. Je l'ai imaginé cuisinant un ragoût pour une seule personne, triste, et j'ai été tenté de faire demi-tour aussi sec. Je savais qu'il y avait une place pour moi, un feu bien chaud, un siège à l'église et même un travail. Tout le monde aimait ma mère, je n'aurais eu aucun soucis à rentrer au service du notaire du coin. Mais cette seule idée me dégoûtait. J'aurais finit par me tuer, je le savais bien. Je me suis dit que ma mère préférerait sûrement un fils à l'autre bout du pays plutôt qu'un fils mort. D'ailleurs elle en avait déjà un.

- Your sons and your daughters are beyond your command, a fredonné  le conducteur. Your old road is rapidly aging.

Bientôt, nos deux voix ont emplit la voiture.

- Please get out of the new one if you can't lend your hand, for the times they are a-changin'.

C'est pour ça que j'aimais et que j'aime la musique. J'aime ce sentiment de n'être qu'un. La musique est universelle, elle fait danser les femmes au foyer dans leurs cuisine, chanter les jeunes filles amoureuses, c'est le gagne-pain des errants, des clochards et des fous. Elle rassemble les foules, les pauvres et les riches, les gens du monde entier se retrouvent dans les bars le samedi soir pour danser et écouter, se mélanger et n'être plus qu'une nation unie. Elle relie les gens les uns aux autres.


☆☆☆


- Hé, le beatnik!

J'ai émergé lentement.

- On est arrivés à destination.

Je me suis redressé difficilement, et j'ai massé mes côtes endolories. J'avais l'impression d'être cassé. La bouche pâteuse, je suis parvenu à articuler un petit "merci" et suis sorti de la voiture après avoir fait un signe de la main au conducteur qui s'éloignait déjà dans un nuage de fumée odorante. La lumière vive me piquait les yeux. J'ai baillé et je me suis emparé de mon sac de voyage avant de réaliser.

les enfants de minuitDes histoires addictives. Découvrez maintenant