- Tu en prends un pour moi, j'en prends un pour toi.
Louie m'a sourie malicieusement au bout de l'allée, et j'ai hoché la tête en guise d'approbation, entamant ma chasse au trésor entre les bacs remplis de disques. Ça faisait quelques jours que je déjeunais avec Louie, et nous avions tous les deux congé cet après-midi là. Nous nous sommes donc retrouvés dans la boutique dans laquelle elle travaillait, flânant agréablement. Elle portait un gros bandeau noir, à la française, comme cette fille dans le film de la Nouvelle Vague dont Stuart m'avait montré l'affiche. Ses cheveux chatoyaient derrière la vitrine ensoleillée, leur couleur m'échappait. "Strawberry Blonde" m'avait-elle dit une fois.
J'ai songé aux boules de papier que j'avais laissé près du guéridon, incapable d'écrire quoique ce soit d'acceptable. Il me fallait quelque chose, une anecdote peut-être, qui rende la lettre tangible. Mes yeux se sont arrêtés sur la lettre "M", et j'ai décidé de fureter dans le bac en croisant les doigts. Bientôt, la solution m'est apparue sous la forme d'une guitariste blonde.
- Tu as déjà trouvé ?
Mon cœur a raté un battement.
- Non, celui-là est pour moi.
- Hum...
Elle m'a souri avant de retourner à sa besogne, et j'ai essuyé mes mains moites sur mon pantalon.
- Moi j'ai trouvé en tout cas, m'a-t-elle averti.
- Qu'est-ce que c'est ?
J'ai coincé mon acquisition son mon bras et me suis approché, curieux.
- C'est un chanteur français.
Sur la pochette, le regard d'un jeune homme moustachu se perdait vers le hors-champs, lui donnant une allure mélancolique.
- Aline, ai-je lu.
Elle m'a sourit avant de me reprendre dans un français parfait.
- Ça ne fait que quelques années que je vis ici, s'est-elle justifiée devant ma mine curieuse.
Ruby Tuesday a retenti dehors, reprit par un groupe itinérant dans la rue. Je me suis dit que ce serait le parfait titre pour marquer cet instant et ai donc entreprit d'en chercher le disque à travers les rayons.
Nous nous sommes échangé les disques à la sortie du magasin, et Louie s'est arrêté un instant pour écouter les musiciens. Un rayon du soleil de fin d'après-midi a frappé sa chevelure, métamorphosant son blond étrange en roux.
- La musique Allen, c'est la plus belle chose au monde. Elle tue la solitude, elle nourrit l'esprit.
Elle a fermé les yeux, je l'ai imité. Le soleil réchauffait nos paupières lorsqu'elle m'a prit la main.
- Les gens qui font de la musique sont des magiciens.
☆☆☆
Lorsque je suis arrivé chez Dwayne, personne ne se trouvait à l'appartement, pour mon plus grand bonheur. J'ai décidé de profiter de cet instant de répit pour mettre un peu d'ordre dans l'appartement, et plus particulièrement dans la chambre où il me fallait écrire. J'avais besoin d'un peu de calme si je voulais me concentrer. Je voulais faire les choses bien car tant qu'à faire, autant écrire la plus belle lettre d'amour possible à Louie. Au moins, j'espérais qu'elle serai heureuse en la lisant, en imaginant que quelqu'un pense à elle. Même si ce quelqu'un était moi. Une fois la pièce débarrassée des déchets et objets qui encombraient le sol, je me suis posté près du tourne-disque et posé délicatement le vinyle sur la plateforme. Il fallait que je trouve une chanson. Ou plutôt quelque chose de vrai dans une chanson, un petit bout de vérité quelque part. Il fallait rendre crédible le souvenir de la rencontre. J'ai vérifié la date sur la pochette : "1966 Live". Juste une année avant leur rencontre, le répertoire de Mitchell ne devait donc pas être très différent à ce moment-là.
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les enfants de minuit
Fiction Généralec'était la décennie de la révolution sexuelle, des petites culottes et de bob dylan. 1968 semblait l'année propice aux fugues des adolescents vers la Grande Ville. le chelsea hotel était encore envahi de poètes et de stars du rock n'roll qui payaien...
