4/ La grande section

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Guillaume avait passé deux ans et demi en maternelle. Il avait grandi, il savait maintenant écrire son prénom et la date, compter sur ses doigts jusqu'à dix, en même temps, il ne pouvait pas aller au dessus avec. Il était en grande section maintenant, et avait un chambre, sa grande soeur était partit de la maison. Ils n'étaient plus que sept. Quand il grimpait sur le bureau il pouvait apercevoir par la fenêtre les passants et les voitures. En fouillant dans les affaires qui étaient restées, Guillaume avait trouvé un "Dictionnaire et lexique des noms propres", il ne savait pas ce que voulait dire le titre, mais avait trouvé son nom dans les feuilles à plusieurs reprises et s'amusait à les compter jusqu'à dix. Son lit et sa tente avait juste bougé d'endroit et Mr.Lapin régnait toujours dans le monde des doudous. Il n'y avait que de nouveau, le bureau avec la lampe de chevet, la chaise et une petite commode pour ses affaires. Finis le salon. Maintenant il pouvait fermer la porte pour avoir des secrets, allumer la lumière quand il voulait, et personne pour le réveiller en plein milieu de la nuit en traversant la pièce pour aller dans la cuisine.

Ce changement si infime soit-il, avait permis une grande avancée dans l'amitié de Guillaume et du corbeau. Guillaume pouvait enfin jouer avec lui, sans que Maman ou sa fratrie ne viennent le chasser. Guillaume ne parlait pas vraiment à sa famille, et ils n'essayaient pas non plus de créer des liens avec leur petit frère. Cela convenait parfaitement à Guillaume qui pouvait jouer avec quelqu'un qu'il appréciait vraiment, même s'il n'avait pas totalement conscience de la distance qui les séparait, lui et sa famille. Il ne savait pas que ça pouvait être différent. Il avait bien remarqué que c'était les mamans qui venaient chercher leur petits à la fin des cours, qu'elles les embrassaient forts, et leur disaient des mots doux avant de les tenir par la mains pour rentrer, mais il ne faisait pas encore le lien. Le corbeau était une personne bien plus plaisante pour jouer que Maman de toute façon.

L'animal ailé le suivait comme son ombre, il était toujours là pour les récréations ou la cantine à l'école, et il arrivait un peu après Guillaume à la maison l'après midi. Pour que le corbeau puisse rentrer, Guillaume laissait continuellement la fenêtre ouverte, si bien qu'il faisait toujours froid dans la chambre de l'enfant. Mais ça ne dérangeait pas Guillaume, qui s'amusait follement avec son ami, et Mr. Lapin venait souvent les voir. Le corbeau avait semblé être intéressé par le dictionnaire. Un jour, il avait arraché un petit bout d'une page, et s'était envolé avec. Guillaume n'a jamais revu le petit bout mais il s'en fichait un petit peu, Maman ou les autres ne lisaient jamais le gros livre et ne viendraient pas le gronder pour ça. L'oiseau noir tapait aussi avec son bec sur le bois du bureau en rythme, et Guillaume jouait des maracas et chantait à tue tête, horriblement faux il faut le dire, des contines apprises à la maternelle. Des fois le corbeau se contentait juste de regarder Guillaume dessiner avec des crayons de couleurs, achetés à sa rentrée de moyenne section, sur les pages du dictionnaire. D'autre fois il jouait à diverses jeux inventés par Guillaume et Mr. Lapin. Guillaume poursuivait aussi simplement l'oiseau de jais dans la petite chambre; il volait si haut que Guillaume ne l'atteignait jamais.

Il riait beaucoup, tout seul dans sa chambre, pensaient ses frères et soeur, ou sûrement avec un ami imaginaire, mais il n'en était rien. Guillaume ne parlait pas non plus avec les enfants de la maternelle, il n'avait pas réellement d'ami et était distant de tout ses camarades. Mais ça ne le dérangeait pas plus que la distance avec sa famille, car il était bien tout seul. Les autres ne venaient pas l'embêter ou le voir, et s'en portait à merveille. Guillaume avait, peut être, un peu peur qu'ils s'en prennent au corbeau comme Maman ou sa fratrie l'avait fait jusque là.

Un jour, peu avant les vacances d'hiver, au moment de la récréation, où Guillaume jouait tranquillement comme à son habitude à ses jeux avec le corbeau, des enfants remarquèrent son petit manège avec l'oiseau. Ce n'était encore rien de grave, ils avaient juste remarqué que Guillaume poursuivait gaiement un oiseau noir. Ils le laissèrent tranquille continuant de jouer en interaction avec d'autre être humain.

GuillaumeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant