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  Par Merlin, je veux un Retourneur de Temps.
  Juste pour revenir une heure plus tôt.
  Juste pour retarder ce portail en fer forgé de s'ouvrir sur Dobby.
  L'Elfe m'avait manqué.
  Le manoir et mes parents, non.
  Son regard craintif est à en briser un cœur. Son dos, toujours si affaissé, m'offre l'habituelle grimace pour moi qui danse le classique.
  Drago passe devant lui sans le voir, Maman remonte le menton d'un air méprisant. La seule information que j'ai retenu de tout son contenu de paroles tragiques sur le fait de ne pas m'avoir vu à Noël, c'est que Père avait un surplus de travail l'obligeant à demeurer enfermé dans son bureau.
  Parlons-en de cela, d'ailleurs, de ce moyen pour lui d'asservir son autorité sur le manoir entier et ses habitants ! Son outil premier : son bureau aussi grand que le living-room.
  Si je le craignais avant, aujourd'hui, grâce aux jumeaux et à Amy, grâce au périple de la Pierre Philosophale, je me sens différente.
  Je suis différente.

- Merci pour le portail, Dobby, le remercié-je.

  Nous nous sourions mutuellement. Quel ange ! Malgré toutes les menaces de mon père, il est toujours gai.

- Quel bonheur que tu sois là, Mélody, avoir fêté Noël sans toi a été tellement dur, ma Chérie... réitère Mère.

  Drago lâche une exclamation ironique tandis que je tente le plus beau de mes sourires forcés.

- Oui, je sais... J'en suis désolée, Mère.

  Autrefois, je n'aurais pas été crédible. Mais mon regard planté dans le sien semble la contenter car elle étire son éternel sourire à la chaleur incomparable à celle de Tantine. Je perds le mien dès lors qu'elle m'étreinte contre elle.

- Mère, je... j'ai compris, balbutié-je, perturbée de ce contact physique.

- Tu ne peux pas m'en vouloir, ma Chérie, tu m'as tellement manqué...

- Je sais mais...

- Mais c'est une armoire à glace ! argue Drago. D'ailleurs, Pansy, Crabbe et Goyle vont venir à la maison le week-end prochain. J'espère que l'on a encore du caviar, Dobby !

- Oui, Maître, il y en a toujours pour vos amis, Maître. Quels seraient les désirs de Maître pour ce week-end si précieux ?

- Que tu te bouges de l'entrée, d'abord !

- T-toutes mes excuses, Maître... Dobby est un idiot, Maître...

  Il lui ouvre la porte.
  Drago passe sans le gratifier.
  Plus je m'approche du manoir, plus l'immense bâtisse me surplombe de son ombre vertigineuse. Haut de trois étages, les rumeurs courent au plus grand et luxueux manoir du tout le Wiltshire.
  Construit dans l'art typique Londonien, ces si nombreuses pièces en font l'impossibilité d'un décompte. Pareil à son jardin, dont les végétaux si impressionnants sont également disposés spécifiquement afin que sa traversée sur dalles soit agréable, en compagnie de majestueux paons Albinos - l'orgueil de Père après ses fiertés habituelles. Dans le fond du parc, se situe un court lac artificiel, doté d'un kiosque d'été â la structure grecque et au dôme en verre...
  Cela n'est rien de plus que des simagrées, une prison dorée, qui me ramènera constamment enchaînée à mes parents.
  Mère est la première à rentrer.
  À peine ai-je foulé le pas de l'entrée, que je suis étouffée sous une masse de luxe angoissant. Le bois recouvrant les murs est assombrit par l'éclairage, faisant de l'ombre au parquet noir. Un grand tapis mène jusqu'à l'énorme escalier et les colonnes qui soutiennent l'étage. Pendu au milieu du plafond, les cristaux du grand et magnifique lustre scintillent comme mille éclats de bijoux, s'harmonisant aux bibelots luxueux des guéridons victoriens...
  Ce serait me traiter de Pinocchio si je prétendais avoir manqué cet endroit. Le summum est ce langage soutenu que l'on doit avoir entre ces murs.
  Évidemment, car avoir une famille de bourgeois aristocrates impose énormément de règles, notamment un langage correct avec phrase, sujet, complément et verbe. Avec interdiction aux insultes ou autres grossiertés indignes de notre rang.

Elementum {Tome 2}Où les histoires vivent. Découvrez maintenant