Cette nuit-là, et les nuits qui ont suivis, je me retrouve assaillie de cauchemars en tout genres et de retour dans le passé. Kristine obnubilant mes pensées, trois semaines plus tard, j'en guette encore la fenêtre pour la vingtième fois aujourd'hui. Pourtant, je devrais être rassurée ; Mère m'a expliqué que Père n'avait réagi que par la colère, que m'envoyer en France serait inutile pour deux mois et que Kristine aurait préféré me garder plus longtemps.
Cette énonciation me glace encore le sang.
J'angoisse, je fais les mille pas, je tire, retire, tire le rideau... Est-ce que je psychote ? Sans aucun doute. Est-ce que je passe mon temps à espérer qu'un sommeil de plus changera la donne ? Carrément.
Me vider la tête en jouant quelques airs à la flûte de pan est une fausse bonne idée, et ne fait que renforcer l'aspect claustrophobique de ma situation.
Seulement, de l'autre côté, on pourrait dire que c'est un ennuie mortel, ce que je vis. Je n'ai rien à faire, rien si ce ne serait-ce que dessiner, jouer de mes instruments de musique et regarder un point invisible en chantonnant quelques airs pour attendre que le temps passe. Parce que le temps... Ça, c'est loin d'aller aussi vite que je l'aimerai !
Trois semaines se sont écoulées depuis l'explosion des fenêtres au rez-de-chaussée. Une enfant normale jouerait dans le grand parc, s'aérerait l'esprit sous le soleil de juillet...
J'aimerai bien pouvoir faire ça ; être normale. Mais c'est comme si une force extérieure m'empêchait de l'être, normale.
J'ouvre ma porte de chambre ? Ça attire Drago et ses quolibets. Je me rends au dîner, seul repas où je ne parviens qu'à boire du lait chaud... et c'est déjà là un immense effort face aux piques de Père ou à ses regards écoeurés. Et si je reste dans ma chambre, c'est Mère qui va et vient dans l'espoir de me faire changer d'avis.
Mais elle perd son temps.
Je resterais ici, cloîtrée, à arpenter les tunnels du manoir malgré ma claustrophie, jusqu'à la rentrée !
Toc, toc, toc.
- Mélody ?
C'est comme un souffle, un murmure de regret venant traverser mon air de musique. Je n'en lâche pas mon thème du Joueur de Flûte.
- Peux-tu ouvrir cette porte ? Cesse de rester enfermer...
Plutôt mourir que de sortir.
- Le temps arrange tout, Mélody, alors ouvre cette porte, je te prie !
Son agacement me fait dérailler à la flûte.
- Va-te-faire-cuire-une-bouse-de-dragon ! articulé-je sèchement.
Sauf que... Trois... Deux... Un...
- Je t'en prie, prends le temps de m'écouter ! ordonne-t-elle, plus autoritaire. Ouvre-moi cette porte, tu ne peux pas rester enfermer de la sorte.
Sur le moment, elle remplace les jours où mon père m'agresse d'ordres que je n'exécute jamais. Une fois ou deux, ça lui est arrivé de me menacer de faire venir Kristine.
J'ai fait le mur à ce moment-là.
Mais par je-ne-sais-quel-moyen, ils m'ont retrouvé par l'intermédiaire des Aurors. J'aurai pu croiser ma tante !... si seulement ils m'auraient laissé la voir. Ne serait-ce que quelques minutes !
Sauf que comme d'habitude, Père et Mère se sont arrangés pour qu'elle ne soit pas au courant, j'en suis certaine !
- Qui te dis que j'ai envie de l'ouvrir ? argué-je. Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même et à Père !
- Mélody, tu sais pertinemment pourquoi vous ne vous êtes pas vues ; ta tante a toujours privilégié son travail à tout le reste, c'est même elle qui-
- Ton nez s'allonge ! Quand on lance un mensonge, mieux vaut que ça soit crédible ! Alors reste autant que tu veux devant cette fichue porte, je ne t'ouvrierais pas !
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Elementum {Tome 2}
Fiksi PenggemarAltercations acerbes avec sa famille, retrouvaille inoubliable avec ses meilleurs amis, rentrée fracassante en voiture volante, et tout un concours de circonstances bien intrigantes, cette deuxième année ne sera pas moins de tout repos pour Mélody...
